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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 18:44
La faiblesse de l'occident, par Claude Bourrinet


Si l'émotion est une réaction humaine, la pensée l'est aussi. Si la première se manifeste dans l'immédiateté et la sensibilité, la seconde répugne à se mêler d'affectivité. Or, ce qu'il est convenu d'appeler la « toile » véhicule un vaste réseau mouvant et effervescent de réactions pathétiques. Dans la société de masse où nous nous situons, où les cloisons qui délimitaient les domaines d'expression de l'humain ont sauté, elles valent comme pensées. Je souffre, je suis anxieux, je hurle, je hais, j'adore, donc je cogite, donc le suis.
On trouvera, dans ce flux d'adrénaline, tout ce qu'il faut, pour tous les goûts. Des messages d'amour destinés à la communauté musulmane, forcément innocente, comme aurait pu dire Marguerite Duras, jusqu'aux diatribes haineuses contre l'Islam, pour n'évoquer que les deux pôles d'un spectre bariolé de nuances émotionnelles. A partir de ces pulsions, on induit des analyses : les terroristes ne sont qu'une minorité, les Mahométans étant tout aussi victimes que les « mécréants », ou bien la France est minée par un islamisme rampant qui, comme jadis le marxisme, sape les fondements de l'Occident.
La complexité du monde se conjugue difficilement avec la simplicité du sentiment. Toute mère verra son enfant comme le plus beau des bébés, même si ce n'est pas vrai. En tant qu'homme, j'éprouve de la pitié, une immense compassion pour les victimes d'un terrorisme atroce, tout en me souvenant que toutes les « civilisations », même les plus « avancées », sont en mesure de tomber dans la barbarie.
Quoi qu'il en soit, il faut bien essayer de chercher les raisons qui nous livrent, comme des moutons promis à l'égorgement, au couteau du bourreau. Il est nécessaire de savoir pourquoi l'arbre est pourri par un parasite qui le destine au délabrement, puis à la mort.
Et ce n'est pas l'Islam, que je vois alors, comme unique responsable, mais notre faiblesse, notre jouissance mortifère à nous abandonner aux plaisirs les plus vulgaires, notre lâche capitulation devant les facilités bêtes et sales de la société matérialiste et marchande. L'âme nous fait défaut, l' « anima », la vie. Comme s'interrogeait déjà Soljenitsyne, en 1970 : « Les forces du Mal ont commencé leur offensive décisive. Vous sentez déjà la pression qu’elles exercent, et pourtant, vos écrans et vos écrits sont pleins de sourires sur commande et de verres levés. Pourquoi toute cette joie ? » J'ignore si c'était le mot « joie » qui traduisait le mot russe, utilisé lors de la remise du prix Nobel au dissident orthodoxe. Peut-il s'agirait-il plutôt de griserie, d'ivresse, voire de rigolade. De divertissement, disait Pascal. Toujours est-il que la comédie vaine et sotte doit cesser, quand viennent les Visiteurs du soir.

 

Claude Bourrinet

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Published by Alain Benajam
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