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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 15:58

La méthode,  lien manquant entre enthalpie et néguentropie au sein du chaos humain.

 

A la mémoire d'Yves Lecerf mon professeur d'ethnométhodologie à Paris 8 .

https://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Lecerf

 

 

Harold Garfinkel fondateur de l'ethnométhodologie

https://fr.wikipedia.org/wiki/Harold_Garfinkel

 

Je vais ici tenter de démontrer que la science expérimentale qui est La Science peut devenir un obstacle dans la compréhension du monde et que seule la logique, ou la philosophie peut permettre des avancées dans cette compréhension. C'est l'histoire de la méthode qui à mes yeux représente le lien entre l'enthalpie et la néguentropie deux phénomènes qui ne possèdent pas (encore) de formules mathématiques les reliant.

J'ai écrit dans une série d'articles dont le sujet était l'organisation spécifique de l'humanité, ce qui lui était ontologique, où j'affirmais alors que c'était la possession d'outils et leur usage qui devenait de véritables prolongements de l'être biologique. Évidemment, seuls, nus et sans aucun outil à notre disposition, vous et moi n'aurions que peu de temps à vivre.

http://www.alain-benajam.com/2015/07/cogito-ergo-sum.html

http://www.alain-benajam.com/article-l-etre-le-neant-et-la-methode-119391136.html

Depuis que les archéologues découvrirent les premiers hominidés, comme l'homo habilis, ils mirent à jour, à côté des squelettes, les outils dont se servaient ces premiers hommes. Pour l'homo habilis de simples silex cassés dont il utilisait le tranchant pour découper de la viande.

Puis, avec le temps se rapprochant de nous, les archéologues constatèrent que les outils utilisés devenaient de plus en plus complexes à confectionner et que dans le même temps l'homo habilis, seulement habile, devenait homo sapiens pensant et pourvu d'une cavité cérébrale agrandie. Il est simple de conclure que l'usage d'outils, mais surtout leur fabrication auraient entraîné chez l'homme des capacités intellectuelles accrues. Pour les paléontologues, la découverte de restes humains va toujours de paire avec les artefacts qui les environnent.

L'artefact est le propre de l'homme.

A cette observation, on peut se poser la question du rapport entre l'homme, ses artefacts, leur utilisation à fin d'efficacité, et surtout de leur élaboration.

Pourtant, on constate que certains animaux utilisent des outils, comme les singes ou les oiseaux corvidés, qu'ils sont capables de grande intelligence pour résoudre des problèmes complexes comme les pieuvres mais que leurs méthodes n'évoluent pas de générations en générations.

On peut alors, par comparaison de ce qui distingue l'homme parfois stupide d'un animal parfois plus intelligent, tirer la conclusion de ce qui est spécifique à l'être humain.

Ce n'est pas tant l'outil qu'il utilise ou les artefacts fabriqués mais la complexité en accroissement de génération en générations de ces outils et artefacts qui sont précisément la caractéristique même de l'humanité.

Ainsi l'homme est capable de transmettre des savoir faire de générations en générations alors que que l'animal intelligent ne les transmet seulement qu'à sa propre génération..

Ces savoir faire transmissibles et cumulables sont également appelés méthodes.

Mais cet article n'est pas destiné  seulement à disserter sur la méthode, j'en ai déjà longuement parlé, mais je veux évoquer le potentiel et  rapprocher la physique pure, en l’occurrence la thermodynamique de ce qu'on peut appeler les sciences sociales ou mieux la philosophie.

Je cherche depuis longtemps à mettre en avant la philosophie comme instrument scientifique de savoir, pourquoi.

Je pose une question dont je subodore seulement la réponse: comment la méthode va se trouver au cœur de la complexification c'est à dire de la néguentropie mais également devenir similaire au potentiel, c 'est à dire de l'enthalpie, comment puis je y répondre sans le moyen de la science classique ?


Mon propos ici est de montrer que la complexification (néguentropie) chez l'homme va de paire avec l'accroissement de son potentiel, (enthalpie)


La science est par essence limitée en tant que moyen pour appréhender le monde, car le propre de la science est d'être expérimentale et pour pouvoir expérimenter, il y a obligation de parcelliser le problème à résoudre. Cette parcellisation fut l'idée de Pierre Abélard au 12ème siècle et bien sure de Descartes décrit dans le Discours de la Méthode, mais la parcellisation empêche de répondre à des interrogations globales et complexes et pour y parvenir il faut un autre outil de compréhension que l'on peut appeler philosophie. La Science a rendu bien des services à l'homme mais a surtout servi la technologie et sans cette technologie, il me serait impossible de diffuser cet article. Science et philosophie allant de paire, était également l'idée de Descartes car il a partagé son maître ouvrage Le Discours de la Méthode en deux parties. Une réflexion philosophique sur la Méthode suivi d'un traité d'optique.

 

 

 

Je pose aujourd'hui un problème à la fois scientifique et philosophique, celui du potentiel.

 

Le potentiel s'exprime en thermodynamique par le terme enthalpie. L'enthalpie est une accumulation d'énergie non dissipée, une énergie accumulée qui ne travaille pas encore et qui attend un signal événement pour travailler, se dissiper et entrer ainsi en entropie. Mais l'entropie n'est pas seulement une perte d'énergie comme une tasse de thé qui se refroidit par exemple, c'est également une perte de complexification, une perte de néguentropie pour parler thermodynamique.

Si on voit aisément que l'entropie est l'opposé, à la fois de la néguentropie; un château qui s'écroule, un homme qui meurt donc une perte de complexité, mais également l'inverse de l'enthalpie, un barrage qui se vide, une tasse de thé qui se refroidit.

L'entropie est donc opposée à deux notions différentes de la thermodynamique nous verrons plus loin comment..

 

Pour parler complexification il faut se tourner vers l'homme dont c'est la spécialité.

 

Si nous étudions les artefacts humains depuis le premier hominidé, nous constatons leurs complexification à première vue, mais sans pouvoir quantifier cette complexification et transformer ce paramètre en valeur mathématique.
Un char de l'antiquité semble moins complexe que mon automobile. Il serait intéressant de quantifier l'ensemble et ainsi de pouvoir mesurer la complexification entre le char antique et mon automobile.

Harold Garfinkel, le fondateur de la discipline qu'il a appelé l'ethnométhodologie a démontré qu'une galaxie était identique à la méthode pour la découvrir. Par exemple la galaxie d'Andromède est définie par ses coordonnées spatiales M30 MGC 224. Mais ce n'est pas tout, pour la "voir" il faut disposer d'un télescope d'une puissance donnée et il faut que ce télescope soit placé à un endroit sans pollution lumineuse et atmosphérique, c'est à dire en altitude.
Pour voir Andromède il y a donc une méthode, une procédure bien particulière on peut dire en langage philosophique, pour l'objectiver. Bien entendu Andromède existe depuis des milliards d'années terrestres mais ce n'est que récemment que l'homme prit connaissance de son existence.

Harold Garfinkel fondateur de l'ethnométhodologie montre que l'artefact objectivé est égale à la méthode pour y parvenir.

 

(La description en ethnométhodologie, paire de Lebenswelt http://vadeker.net/corpus/pfem/2-6_description_ethnomethodologie.html)

(Un concept qui ressort du travail de Garfinkel sur les sciences est celui de la "paire lebenswelt" ou la paire consistant à la fois en concepts et en "stratégies" scientifiques. Garfinkel explique le concept de la paire lebenswelt dans la manière suivante (Sociétés, n° 5, p. 37) :

Le programme de théorèmes et preuves formulé par Gödel doit être lu comme des instructions et réglé de manière hiérarchique. Entre les mains du praticien, in situ, les instructions deviennent une description du travail effectué pour le mettre en oeuvre. Dans un lieu de travail donné, le programme de théorèmes et preuves, parmi les détails, inévitablement et irrémédiablement applicables à ce lieu et en tant que tels, de la poursuite du programme, devient précisément une description du travail qui représente sa mise en ceuvre. Pour vous donner une caractérisation descriptive et métaphorique, le programme est "attaché" à la tâche de sa mise en oeuvre, sans remède ni alternative, c'est-à-dire "inexorablement".

Une paire de segments constitutifs spécifient le théorème de Gödel en tant que travail vécu de sa démonstration. La paire consiste en un premier segment qui englobe le programme de théorèmes et en les exposés de leurs preuves. Les "Eléments d'Euclide" sont un compendium des premiers segments. De même, dans l'état actuel des choses, les traités de mathématiques se présentent comme des catalogues de premiers segments.)

 

Dans ce cas précis la méthode est rapportable aisément, il s'agit d'une description de ce qu'il faut accomplir pour parvenir à cette objectivation, sans oublier bien entendu la description des outils et moyens dont il faut disposer.
Nous voyons que cette méthode peut être quantifiée par le nombre de bits nécessaires pour la rapporter Il faut 8 bits pour la norme ISO 8859 pour coder un caractère, il suffira de compter le nombre de caractères décrivant l'ensemble de la méthode, instruments compris et nous auront évalué la complexité permettant la découverte d'Andromède.

Concernant les artefacts produits par l'homme il en est de même. L’Artefact est égale à la méthode pour le produire et cette méthode est bien évidemment quantifiable avec le nombre de bits qu'il est nécessaire pour la rapporter.

Nous voyons qu'il serait possible de mesurer précisément le degrés de complexification d'un objet. L'homme social étant entouré d'objets de sa propre conception et fabrication, il est également possible de rassembler tous les objets existants qu'il produit.à l'instant T et de mesurer les méthodes qui ont servi à leur production à l'aide de la quantification du nombre de bits nécessaires pour les fabriquer, ou les décrire ce qui est identique.
On pourrait comparer cette quantification actuelle avec une quantification passée de cet instant T même proche et constater la différence entre les deux pour s’apercevoir que la société humaine, de par ses objets produits se complexifie.

Maintenant observons la similitude entre potentiel et complexification par l'intermédiaire de la méthode.

Une méthode est l'ensemble consigné des taches à accomplir permettant la réalisation d'un objet (artefact).

La méthode, cet ensemble consigné et rapporté représente une capacité, un potentiel. Quand on reçoit un meuble IKEA démonté, il ne pourra se transformer en meuble, avec toutes ses fonctions de meuble qu'après avoir suivi scrupuleusement la méthode consignée accompagnant le carton..

Dans le carton il y a des planches qui intrinsèquement ne servent à rien, mais il est contenu dans ce carton la potentialité d'un meuble si une méthode précise est appliquée.

Il en va de même pour tous objets fabriqués par l'homme avant qu'il n'existent il y a toujours une méthode pour les faire émerger en tant qu'objets utiles.

Les méthodes ne sont pas des objets , mais des potentiels d'objets. Une méthode est de l'enthalpie pure permettant d'induire de la néguentropie, l'objet existant.

 

Méthodes ,  information,  thermodynamique et philosophie.

 

Claude Shannon

https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Shannon

Une méthode n'est objectivée que par sa transmission et bien entendu sa réception en tant que méthode. (la transmission implique la réception). Shannon nous dit dans son ouvrage : "La théorie de l'information":

"La valeur d'une information étant dans son improbabilité, il est effectivement strictement équivalent de parler d'entropie ou de quantité d'information. Sauf que l'information, c'est le contraire de l'entropie comme improbabilité, c'est même ce qui permet de s'opposer à l'entropie pour une finalité subjective, un système cognitif, un organisme biologique".

Il y a t-il une différence entre information et méthode puisque Shannon nous dit qu'une information pour être objectivée doit aboutir à une action? L'action en question étant une consigne donc assimilable une méthode mise en œuvre.

En thermodynamique, l'enthalpie et l'entropie quantifient de l'énergie, accumulée pour l'une ou dissipée pour l'autre  tandis que la néguentropie mesure la complexification issue de la part d'enthalpie (énergie potentielle) initiale non dissipée par l'entropie et qui subsiste dans ce que l'on appelle en thermodynamique de l'enthalpie libre pouvant entraîner une néguentropie ou complexification ou ordonnancement.

(Le processus de complexification se forme dans des systèmes dits hors de l'équilibre utilisant de l'énergie information libre en consigne ou méthode en retour (cybernétique) pour maintenir le système en équilibre (toujours instable) tout en le complexifiant par bifurcations successives.)
(Voir Ilya Prigogine).

Nous pouvons écrire la suite suivante

Méthode ou potentiel ou enthalpie.  Si ordre >  transmission > réception > dissipation > entropie  > séparation entre enthalpie dissipée et enthalpie libre utilisée > objet réalisé ou information donnant lieu à une action ou rétroaction > objectivation > néguentropie ou ordonnancement.

Tous ces éléments sont liés et indissociables pour posséder une existence c'est à dire une mise en connaissance que l'on appelle objectivation.

Dans cette suite se voulant logique je n'utilise pas le signe mathématique égale car rien dans ce processus ne peut actuellement être mis en équation j'utilise plutôt le signe > qui marque une tendance, c'est ici qu'intervient une pensée non classiquement scientifique impliquant une démonstration expérimentale mais néanmoins une explication plausible dans le contexte actuel se rapprochant de la pensée philosophique.

En terme scientifique la néguentropie (complexification) et l'enthalpie, (potentiel d'énergie) ne possèdent pas de liens mathématiques, alors qu'en terme philosophique, la méthode est bien un potentiel donc d'ordre enthalpique et bien également une néguentropie car génératrice d'ordonnancement ou complexification dans la fabrication d'artéfacts.

Une méthode non transmise et ne subissant pas ce cycle perd son caractère de méthode.

En d'autres termes si j'invente dans ma cave une méthode pour transformer le plomb en or et si je ne la transmets à personne, même si je clame avoir réussi ce prodige, personne ne me croira et cette "méthode" sera perdue. Tout comme une suite de signaux ne rencontrant aucun récepteur lui donnant une signification qui pourrait induire une action, perd son caractère d'information (selon Shannon).

La méthode possède forcément un caractère social, acceptée et utilisée.
Harold Garfinkel parle d'ethnométhodes car il démontre que chacune d'elle est issue d'un groupe qui l'accepte et la valide socialement, groupe qu'il appelle "village". Village qui n'est pas forcément un lieu mais peut être un groupe de spécialistes, comme des mathématiciens, des physiciens, des menuisiers ou des boulanger, etc. Chaque "village" possédant son langage propre, ses codes de reconnaissance ou chaque membre est surtout pourvu d'un certain nombre de méthodes implicites, c'est à dire ce qu'ils ont appris spécifiquement (mathématique, boulangerie etc.), qui n'est pas consigné et qui font qu'ils sont reconnus par les autres membres du dit "village" comme lui appartenant. .

L'ethnométhodologie sépare méthodes explicites, consignées, des méthodes implicites apprises par l'intermédiaire d'un processus d’apprentissage, mais ces dernières pourraient être consignées, ce qui est l'objet des études ethnométhodologiques.

Par contre un potentiel peut exister en dehors de notre connaissance (comme on ne connaissait pas l'existence de la galaxie Andromède avant sa mise en évidence), en effet toute action par essence visible car étant un phénomène, est forcément précédée par un potentiel. L'action (dissipation, entropie) objective le potentiel (enthalpie) qui le précède. Comme tout artéfact est précédé par une méthode. Si une méthode est un potentiel, tout potentiel n'est donc pas forcément. méthode car le terme de méthode est spécifique à une conscience.

Les méthodes, dont la fonction est d'êtres transmises par tous moyens ont également la particularité de pouvoir être modifiées , améliorées, complexifiées. La méthode est bien à la fois une enthalpie (potentiel) et une néguentropie car engendrant une complexification en accroissement.

Il y a d'autre remarques à faire sur méthodes, complexification et potentiel.

Les moyens de transmission des méthodes, qui sont des méthodes ont permis un saut qualitatif dans importance de la méthode pour l'humanité. La méthode ne se transmet plus seulement d'un émetteur à un récepteurs, mais peut se transmettre d'un émetteur à une multiplicité de récepteurs ou chacun possède le loisir de la modifier, de l'améliorer et de la retransmettre au sein d'un réseau, ce qui en décuple son efficacité .. Bien plus encore, les méthodes peuvent se transmettre à des robots, chacun d'entre eux possède la capacités de les acquérir instantanément. Les robots peuvent également, par apprentissage et intelligence artificielle élaborer des méthodes et les transmettre instantanément à d'autres robots tout aussi instantanément  et ce à une vitesse bien supérieure à celle qui peut être transmise à l'homme dont la vitesse d'acquisition est bien plus lente. ( l'homme pourrait s'équiper de moyens trans-humains pour acquérir instantanément des méthodes afin de pouvoir concurrencer les robots) . Si nous suivons ce raisonnement sur la transmission des méthodes, la complexification et les potentialités allant de paire, l'humanité ne peut que  connaître une complexification allant en croissance exponentielle.

Les méthodes nous lient aussi au passé de l'humanité car dans toutes méthodes celles utilisées aujourd'hui ils s'en trouvent inclues nombre de méthodes passées élaborées par des ancêtres disparues et pour certaines issues d'un passé fort lointain comme le langage avec les mythes qui lui donne une signification.
Par la méthode et sa transmission, le chaos de l'humanité, depuis qu'il existe, d'enthalpie en néguentropie, (hors de l'équilibre comme aurait pu dire Prigogine ) forme un tout indissociable, une intelligence compacte dont chaque humain fut un élément.

Par la transmission des méthodes, le présent est assurément une émanation du passé, quand au future il n'en n'est qu'une probabilité.

 

Alain Benajam

30 décembre 2017

 

 

 

 

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