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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 16:15


En trois parties.

1- La fin d'un monde qui fut prospère
2- Apparition de l'état au royaume de France
3- Reconquête, victoire du despotisme et mythe national.


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Première partie.


La fin d'un monde qui fut prospère.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Image mythique de Jeanne d'Arrc au 19ème siècle

 

 

Les pouvoirs et les politiciens ont un grand intérêt pour l'histoire. Il espèrent en tirer des conclusions pour le présent qui soient favorables à leurs intérêts. Ainsi les pouvoirs forts, autocratiques sont toujours magnifiés dans les histoires officielles qui aiment Louis XIV et Napoléon, tandis que  la période féodale est vilipendée par les historiographes de tous bords car les pouvoirs y était trop dilués et trop partagés pour satisfaire les partisans politiques du despotisme et de la tyrannie.

Ainsi dans notre pays comme dans d'autres, les manuels scolaires rendent compte d'une histoire officielle le plus souvent composée de mythes fabriqués à posteriori. Il y a évidemment le grand exemples des césures: antiquité, moyen ages, renaissance et temps modernes puis époque contemporaine. Ces césures de l'histoire, qui ne correspondent à rien de rationnellement  descriptible permettent toujours comme je l'ai dit plus haut de vilipender les périodes libertaires, misent dans un sac «moyen age» ou se retrouvent des civilisations  complètement différentes et d'ainsi de pouvoir magnifier les périodes despotiques et étatiques venant après une supposée renaissance. 

Pourtant il existe réellement de courtes périodes ou les mutations sociales et techniques sont plus rapides celles-ci pourraient aisément remplacer les pseudo césures de l'histoire officielle . Une importante mutation passe par la guerre de cent ans que cette longue guerre a engendré, elle a créé le mythe national de Jeanne d'Arc déesse de la Résistance, mythe éminemment moderne.

Il ne s'agit pas ici pour moi de dérouler chronologiquement les événements de la guerre de cent ans pour cela chacun peut se reporter  à son livre d'histoire favori, il s'agit pour autant de relier des types d'événements en causes et en effets dans la mutation qui sera engendrée au cours de cette période historique. Il s'agit également d'essayer de comprendre comment les événements engloutirent une période féodale prospère, comment un état émerge et une nation se forme dans la douleur et le malheur des peuples.
Comment naît un mythe et comment l'histoire se fabrique, après coup.

La guerre de cent ans se déroule après une période très prospère pour la France et l'Europe occidentale en générale, celle du beau 13ème siècle, seul siècle sans famine jusqu'au 19ème siècle. Le nord de la France, entre Loire et Somme a été le lieux d'une explosion économique, culturelle et artistique, dont il nous reste en vestige les grandes cathédrales. Cette période des 12 et 13 ème siècle est une civilisation en soit, elle a vu la population triplée. Mais aussi quand débute le 14ème siècle commence une crise économique profonde avec de nombreuses faillites de banques, sur fond de pollution urbaine et de déboisement massif. L'histoire officielle l'appelle le Moyen Ages classique. Le peuple se souviendra de cette période qu'il appellera longtemps celle du « bon temps du roi Saint Louis»

 

 

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St Pierre de Beauvais

 

                                                                               sculpture cathédrale de Reims

 

La guerre de cent ans couvre une période de 116 ans de 1337 à 1453 bien que le traité y mettant un point final officiel date de 1475 mais nulles batailles ou escarmouches ne sont livrées après 1453 année de la bataille finale de Castillon, les anglais étant pris par une guerre civile, dite guerre des deux roses.

On peut diviser la guerre de cent ans en trois périodes.

1- La cause initiale, une guerre de succession classique au sein de la noblesse qui se déroule de 1337 à 1364,  guerre ou le peuple anglais est peu impliqué, le peuple français le sera de plus en plus et souffrira beaucoup. Cette période couvre les règnes de Philippe VI de Valois et de son fils Jean le Bon c'est un désastre pour la royauté française, sa noblesse et le peuple.

2- Une période de reconquête très habile sous Charles V, dit Charles le Sage roi de France  de 1364 à 1380.  il réussit à récupérer la quasi-totalité des terres perdues par ses prédécesseurs, instaure un État relève un peu le royaume de ses ruines, mais au prix de très grandes souffrances pour le peuple qui gronde et se révolte.

3- Une guerre nationale suite à une invasion massive anglaise, qui commence par le désastre militaire d'Azincourt en 1415, puis une terrible guerre civile entre deux partis politiques ne partageant pas la même conception du pouvoir royal. Cette période se termine par la reconquête, la victoire du roi de France à partir de la défaite anglaise de la bataille du coude de la Loire en 1429 marquée par l'apparition de Jeanne la Pucelle appelée plus tard Jeanne d'Arc et l'imposition du despotisme royal en France.

La cause initiale, une guerre de succession pour la trône de France.


900px-Généalogie Charles V.svgImbrication des familles royales



Quand la guerre de cent ans commence le sentiment d'être français ou anglais n'existe pas, l'appartenance ne concerne réellement que sa ville ou son village voir la principauté ou l'on habite, on est normand, poitevin, champenois plus que français. Pire les rois d'Angleterre possèdent de nombreux fiefs sur le continent et donc de nombreux vassaux, être aquitain ou poitevin c'est être aussi « anglais », c'est à dire vassal du roi d'Angleterre. Le peuple est sous l'unique pouvoir de celui qui détient le ban c'est à dire le droit de punir et de contraindre, ce droit peut être détenu par un seigneur, une abbaye ou une ville ayant obtenu des franchises. Le roi, titre honorifique ne possède de pouvoir que dans ses possessions personnelles. Quand commence à s'établir le système féodal au 11ème siècle son territoire propre se résumait à  l'Ile de France actuelle.

Les pouvoirs sont très dilués et très partagés.

Cette guerre de cent ans commence comme une guerre féodale classique entre deux lignées familiales se disputant le même royaume, le royaume de France. Il y a d'un côté  les plantagenets, capétiens par la mère et les valois, capétiens par l'oncle.  L'une des lignée, les plantagenets, possède le royaume d’Angleterre et est vassale du roi de France pour  la Guyenne. La Normandie qu'elle revendique fut ôté  à l'un de ses membres, Jean Sans Terre par Philippe Auguste un siècle et demi auparavant.
En 1328 à la mort de Charles IV, fils de Philippe le Bel, le royaume de France détenu par la lignée capétienne se retrouve sans successeur mâle.
La loi féodale commune à toute la chrétienté  n'interdit pas à une femme de prendre la succession d'un bien territorial.  Un royaume est un bien territorial nobiliaire comme un duché. Justement près de deux siècles auparavant Aliénor duchesse d’Aquitaine avait transmis  le duché à la couronne de France par son mariage avec Louis VII et l'avait récupérée après son divorce d'avec le roi de France, puis elle l'avait  transmise aux plantagenets par son mariage avec Henri II  roi d'Angleterre, duc de Normandie et d'Anjou, qui devenait aussi duc d'Aquitaine par sa femme.

 

Empire-plantagenet-au-12eme-siecle.png

 

Empire plantagenet au 12ème siècle en brun et rose, le domaine royale en vert foncé et en vert claire, les vassaux directs du roi de France

 


L’aîné des fils de Philippe le Bel, Louis X le Hutin avait eu une fille Jeanne de Navarre, elle aurait du régner, mais on lui avait fait signer un renoncement à la couronne de France avant son mariage avec le comte d'Evreux, preuve s'il en est, qu'elle avait le droit régner selon cette loi féodale, mais elle y avait renoncé.
La succession pouvait donc se tourner vers Isabelle de France fille de Philippe le Bel, mais mariée au roi d'Angleterre le plantagenet  Edouard II. Celui-ci étant brusquement décédé d'un tisonnier rougi introduit par ou il avait l'habitude de pécher, son fils Edouard III, capétien par sa mère devenait roi d'Angleterre et était parfaitement en droit de briguer également la couronne de France.
Tel ne fut pas l'avis des grands du royaume de France, emmenés par Charles de Valois, frère de Philippe le Bel qui préférèrent son fils Philippe, celui-ci fut donc couronné roi de France en 1328  sous le nom de Philippe VI le premier roi Valois .
Afin de rendre cette dérogation à la loi féodale valide, ils inventèrent  une loi « salique » du nom des Francs saliens tribu à laquelle appartenait Clovis. Cette loi prétendait que les femmes franques ne pouvaient régner, comme la royauté française se prétendait descendante des Francs saliens, cette prétendue loi fut invoquée et adoptée pour écarter du trône de France  Edouard III fils d'Isabelle de France, arrière petite fille de Saint Louis.
Pour Edouard III c'était une supercherie et cette loi pure invention, ce qui était le cas.

Le 7 octobre 1337, à l'Abbaye de Westminster  le roi d'Angleterre Édouard III lance publiquement un défi à son cousin, le roi de France. Il conteste la légitimité de Philippe VI de Valois et revendique la couronne de France pour lui-même. C'est le début de la guerre de Cent Ans.
Les deux lignées familiales ennemies plantagenets et valois sont autant françaises de culture et d'origine l'une que l'autre. Les plantagenets sont normands par Mathilde de Normandie petite fille de Guillaume le conquérant mère d'Henri II. Ils sont angevin par Geoffroy Plantagenet duc d'Anjou père d'Henri II qui donne son nom à la lignée, celui-ci épousa Mathilde devenue veuve de l'empereur germanique, enfin  ils sont aquitains par Aliénor qui épousa Henri II après son divorce d'avec Louis VII. Les plantagenets sont exclusivement francophones ils ne parlent pas un mot de saxons, l'anglais se formera pendant leur règne par le mélange des deux langues à parts égales de saxon et de français.


La première campagne d'Édouard III en 1339 passe relativement inaperçue. Il s'attire habilement le soutien des villes flamandes, grosses clientes des produits lainiers anglais. Une hégémonie anglaise au nord du royaume de France s'amorce.
En 1340, après avoir tenu sa cour à Gand et pris le titre de "roi d'Angleterre et de France", Édouard III, engage la seconde campagne sur terre et sur mer. Elle se solde par la défaite de la marine française lors de la bataille navale de l'Écluse
En 1346, Édouard III entreprend une troisième campagne ayant pour but de piller les provinces françaises proches de la Manche. C'est au cours de cette campagne qu'eut lieu la bataille de Crécy.
La bataille de Crécy (1346)  inaugure une série de défaites retentissantes de l'armée nobiliaire    française face à l'armée de métier anglaise composée pour beaucoup de paysans.

 

 

 

Battle of crecy froissart

 

Bataille de Crécy d'après les chroniques de Froissard.

Sur la gauche on remarque la bannière du roi de France et à côté l'oriflamme rouge de France. A droite la bannière du roi d'Angleterre. A gauche les arbalétriers génnois à droite les archers anglais. Les belligérants ne portent pas encore de marques nationales.

 

 


Caractéristiques de l'armée féodale nobiliaire appelée ost et raison de la succession de défaites françaises.

Jusqu'au règne de Charlemagne tous les hommes libres, les francs étaient convoqués à l'ost   impériale, quelque fut leurs moyens. Chaque homme libre devait posséder ses armes et de paysan il se faisait guerrier. Sous le règne de Charlemagne, tous les ans, au printemps, l'ost était convoqué, ce qui désordonnait le travail agricole. Pour plus d'efficacité militaire et plus de capacité à se mouvoir rapidement d'un bout à l'autre de l'empire, Charlemagne finit par  ne plus convoquer que ceux des hommes libres possédant un cheval et pouvant combattre à cheval, les autres pouvaient continuer à cultiver la terre.
La guerre devenait essentiellement une affaire de cavalerie. Au 10ème siècle l'état carolingien s'effondre sous les assauts des grandes invasions. Il n'y a plus d'état susceptible d'organiser et d'entretenir une armée. Chacun se regroupe autour d'un chef de guerre local qui deviendra seigneur, châtelain. Les grands chefs de guerre sont souvent issus de l'ancienne aristocratie carolingienne anciens propriétaires des immenses domaines qui vont se morceler. Le système est le suivant, l'ex grand propriétaire d'un domaine, offre à ses compagnons d'arme, qui peuvent être de toutes extractions, des parcelles de ce domaine, à leur charge de les exploiter et de les défendre. En contre partie le vassal, celui qui à reçu la parcelle, doit à son suzerain, l'ex propriétaire, fidélité militaire et doit se rendre à son ost privé séance tenante sur toutes convocations et avec son propre personnel de guerre et ses armes. Chaque vassal ayant au demeurant ses propres vassaux eux même possédant leur propre personnel de guerre. Les vassaux sont obligatoirement des chevaliers, c'est à dire appartenant à une confrérie militaire combattant exclusivement à cheval, ils sont adoubés durant une cérémonie religieuse particulière.
Ainsi se forme, à partir du 10ème siècle une nouvelle classe sociale, la noblesse qui jusqu'à la fin du 13ème siècle ne sera que militaire. Le roi suzerain, suprême convoque s'il en a besoin son ost, comme n'importe quel seigneur. Il convoque ses vassaux directs, le ban, qui convoquent leurs vassaux et les vassaux des vassaux, l'arrière ban. Tous doivent de se rendre à cette convocation.  L'ost royal est rassemblé à Saint Denis, devant la basilique ou après une cérémonie religieuse l’évêque  donne au roi l’oriflamme de guerre rouge, avec d'un côté inscrit Montjoie et de l'autre Saint Denis.


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Oriflamme de France Montjoie de l'autre côté


 

Cette confrérie des chevaliers  devient une caste avec son mode de vie bien particulier, elle possède un code de l'honneur dont il n'est possible de déroger. Elle fait la guerre toujours de la même manière en suivant  ses rites et son code fort précis. Les chevaliers passent tout le temps de leur vie, souvent très court à faire la guerre ou à s'entraîner à la guerre, la guerre est leur seul  raison de vivre et mourir. 
L'entraînement collectif à la guerre s'effectue dans les tournois. Les tournois sont de véritables batailles rangées entre équipes en utilisant des armes à peine émoussées, il y a de nombreux blessés et des morts. Les tournois deviennent des jeux d'argent ou l'action consiste à faire prisonnier un adversaire puis à réclamer une rançon pour sa libération, il est également possible de lui prendre son équipement et notamment ses éperons d'or. Cela devient également des jeux de sexe. Les tournois sont des spectacles organisés comme tels pour des spectatrices plus que des spectateurs. Les dames de la noblesse sont juchées sur des estrades et ne perdent rien de ce spectacle particulièrement violent, elles ont toutes leur chevalier servant en lice. Celui-ci possède un objet qu'elle lui aura offert. Gagnant le chevalier fera un beau mariage avec la dame de son choix, perdant il se contentera des nombreuses filles de joie entourant en permanence ces rudes hommes de guerre.
Pour ces chevaliers,  guerre et tournois se confondent, dans les deux cas des hérauts d'arme professionnels suivent les combats et notent des appréciations sur le courage et la tenue des uns et des autres, ces appréciations,  les « hauts faits d'arme » peuvent être repris par des trouvères dans des chants et gare à celui qui a fuit devant l'ennemi sa réputation sera compromise et sa place dans la caste nobiliaire remise en question, plus de riche mariage, plus d'argent.

 

Chevallerie

Pression sociale
Dans cette image venant d'une édition du Roman des Chevaliers de la Table Ronde, éditée à la fin du 15ème siècle (reconnaissable aux types d'armets (casques) ) on voit un tournoi ou un combat guerrier, les armes ne sont pas celles des tournois, il y a équivoque. Pourtant on voit les dames sur une estrade qui assistent à la scène et jugent l'engagement ou tremblent pour leur chevalier servant. 

 

Cette pression sociale qui agit sur le chevalier est accentuée par la littérature. Les romans de chevalerie, les chansons de gestes sont largement lus dans la noblesse et même dans la bourgeoisie. Le plus fameux d'entre eux est le Roman des Chevaliers de la Table Ronde de Chrétien de Troyes et  avec  les traités et roman d’amour courtois le Fin'amor occitan. Cette littérature magnifie le chevalier au service de sa Dame défendant la veuve et l'orphelin. Aucun chevalier n'aimerais déroger aux mythes qui entourent son état. Ces mythes prégnants s'accentuent au 15 ème siècle avec la diffusion des livres.

 

L'apparition de l'armure correspond avec le début de la guerre de cent ans, avant les chevaliers revêtaient un haubert en maille de fer. Cette armure commence par la fixation de plaques de fer sur le haubert, elle ira en se sophistiquant jusqu'au 16ème siècle on l'appelle armure de plates puis harnois blanc.  

 

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Tenue d'un chevalier fin 14ème siècle un peu après Crécy le haubert ou cotte de maille est encore présent. C'est le début de l'utilisation de l'armure de plates. Ici Thomas Beauchamps comte de Warwick chevalier anglais d'origine française comme l'indique son nom. (d'après son gisant). A gauche avec un masque protégeant la face.

 


La guerre médiévale, du chevalier est mythique et invariable.


1- L'unité de combat est la « bannière », ou « lance », elle est composée d'un «conroi» c'est à dire d'une équipe de 6 à 12 chevaliers (voir plus pour les riches)  ayant l'habitude de combattre ensemble au tournoi, cette équipe est très soudée et est commandée par un chevalier banneret, ou un homme de plus haute noblesse, sous cette bannière et derrière le «conroi», suivent les non chevaliers, écuyers, sergents, (à cheval), homme à pied et éventuellement homme de trait. Il n'y a pas d'effectifs établis pour une bannière, les hommes de haute noblesse peuvent disposer jusqu'à une centaine d'homme et ceux des moins riches une douzaine seulement. La bannière est carrée, ou rectangulaire fixée à la hampe par le grand côté, elle est portée par le chevalier le plus proche du banneret dont elle porte les  armes, c'est un honneur, les autres chevaliers exhibent  à leur lance un pennon (petit drapeau triangulaire).  Chaque chevalier porte une cotte de tissu sur son armure et un écu (bouclier) à ses propres armes.  Les hommes d'arme portent une cotte aux armes du chevalier dont ils sont au service mais souvent ne portent aucune marque et ne sont pas reconnaissables.

 

 

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Bannière de Raoul de Gaucourt                                                          Bannière de  Jean de Beuil

 

 

2- L'action militaire commence toujours par une charge de cavalerie à la lance, les «conrois» juxtaposés formant une bataille, (se mettre en ligne de bataille, la signification du terme glissera de la formation à l'action) ), puis suit la mêlée souvent à pied ou chacun combat pour soit avec les hommes de sa bannière, c'est une suite de combats singuliers essentiellement à l'épée pour les chevaliers, arme noble par excellence. 


3- Les ruses de guerre et la dissimulation sont prohibées elles ne sont pas chevaleresques, le chevalier et ses armoiries doivent être vues.


4- Les chevalier ne peuvent utiliser d'arme de trait: arc, d'arbalète ou d'armes à feu, l'usage de ces armes est réservé aux roturiers, aux manants (qui travaillent de leurs mains),  elle sont méprisées ainsi que ceux qui les utilisent.


4- Le but de la guerre, comme du tournoi, n'est pas de tuer l’adversaire mais de le faire prisonnier afin d'obtenir une rançon pour sa libération. Il est mal vu de tuer un adversaire autre qu'en combat singulier et encore plus d'exécuter des prisonniers nobles.


5- Chaque chevalier ne combat que pour son suzerain, c'est sa seule et unique motivation. Si le suzerain change de camp, le chevalier change de camp également. Ainsi nombre de chevaliers « français »,changèrent souvent de camp durant la guerre de cent ans au grès des traités qui accordent des territoires donc des fiefs au roi d'Angleterre ou lui enlève. Ceci ne posera aucun problèmes moraux aux chevaliers.  Gagner des fiefs c'est également augmenter le nombre d'homme à sa disposition à la guerre.


Si ces  usages chevaleresques de la guerre sont absolument respectés par les français, ils ne le sont pas par les anglais, pourquoi ?


Il y a bien  évidemment une chevalerie anglaise qui suit les mêmes règles que la chevalerie française, elle a l'habitude de participer aux tournois sur le continent et possède les mêmes mythes. Cependant les effectifs de cette chevalerie anglaise sont beaucoup moindres, chevaliers contre chevaliers, bataille contre bataille, les anglais perdraient toujours.
Les anglais avait commencé à réutiliser l'arc contre les écossais, cette arme était tombée en désuétude face à l'arbalète, mais ils en avaient amélioré l'efficacité avec le «long bow» en bois d'if. Le «long bow» comme l'arbalète était capable d'envoyer des traits pouvant percer des armures, en outre il avait une cadence de tire allant jusqu'à 8 traits à la minute alors que l'arbalète avait une cadence de 1 trait par  minute seulement. Edouard II  avait composé des compagnies d'archer (long bow men) avec de forts effectifs capables de faire tomber sur l'ennemi une pluie ininterrompue de flèches, blessant les chevaux qui couraient ainsi en tous sens et désorganisaient les charges de cavalerie adverse.

 

archer1.gifArcher anglais et son "long bow"


Quand le contingent anglais débarque en France en 1346, il est composé majoritairement de soldats non nobles, bien payés, parmi lesquels un très grand nombre d'archers. Les anglais n'étaient pas en mesure de suivre les règles chevaleresques de la guerre, la majorité des hommes de troupe anglais n'en avaient  que  faire et si ils les avaient suivi, ils auraient toujours été vaincus.
Les anglais inférieurs en nombre combattaient essentiellement en utilisant leurs arcs, utilisaient peu la charge de cavalerie, ils dissimulaient leurs archers et essayaient de tuer le maximum d’adversaires  ils achevaient les blessés et tuaient les prisonniers en les égorgeant y compris les nobles, ils ne gardaient prisonnier que les hommes de très haute noblesse capables de payer de très fortes tançons.


Ils ne suivaient pas en cela les mêmes règles que les français.


Ainsi, contrairement aux usages chevaleresques un très grand nombres de nobles français furent tués au cours des batailles de Crécy en 1346, Poitier en 1356 et surtout Azincourt en 1415, toutes ces batailles suivant a peu près le même scénario.


Une armée française composée essentiellement de nobles  indisciplinés car chacun voulant œuvrer pour son propre compte et sa propre gloire, bousculant ses propres troupes à pieds composées de manants méprisables. Ce groupe nobiliaire informe que l'on ne peut appeler armée était face à une véritable armée anglaise inférieure en nombre mais avec encore une proportion moindre de nobles. Elle était composée surtout de soldats  très disciplinés. Cette armée cherchait seulement à vaincre en tuant le plus possible d'adversaires.


Batailles après batailles la noblesse chevaleresque française disparue physiquement. Elle avait déjà subi un massacre de ce genre à la bataille de Courtrai en 1302 face aux milices citadines flamandes, qui ne connaissant non plus les règles de la chevalerie et qui  avaient massacré la fine fleure de la noblesse française embourbée dans les marais.


Dans la guerre médiévale, il n'y avait que très peu de batailles rangées impliquant des milliers d'hommes. L'action militaire essentielle et devant être efficace pour abattre l'ennemi était constituée de ce que l'on appelait des «chevauchées». Ces chevauchées avaient pour but de razzier le territoire ennemi en portant atteinte aux revenus nobiliaires des adversaires. Ces revenus, constitués de produits agricoles devaient être supprimés en détruisant les moyens de productions paysans. La troupe de la « chevauchée » parcourait la campagne en brûlant les champs et les villages en tuant les paysans et en pillant tout ce qui pouvait l'être.
Les combats, étaient des escarmouches mobilisant peu d'hommes le seigneur agressé dans ses terres essayant d'arrêter pillage et massacres et de ses paysans.


La première conséquence historique pour la France de la guerre de cent ans fut la fin du rôle primordiale joué par  la noblesse d'épée et la chevalerie militaire,  par disparition physique, déconsidération, et ruine.
Ce fut donc la fin de la période féodale classique.
 

 

 

Anglais et français

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Roi d'Angleterre                                                                                                      Roi de France

 


En paix on appelait « français » les seuls habitants de l'actuelle Ile de France, en guerre  on considérait  « français » ceux qui combattaient pour le roi de France. On considérait «anglais» ceux qui combattaient pour le roi d'Angleterre y compris ses nombreux vassaux continentaux "français" d'un moment. Par dérision ces chevaliers passant d'un camp à l'autre, un jour « français » un autre « anglais » étaient appelés des « tournés ».  Cette guerre devenait nationale dans sa dernière phase les « tournés » finiront par être considérés comme traîtres. Beaucoup dans la noblesse gasconne toujours fidèle au roi d'Angleterre seront exécutés pour traîtrise après la dernière bataille de Castillon. 


 Au début de la guerre de cent ans, il n'y avait  pas de marques nationales pour les soldats (non nobles), seules étaient visibles les armes (armoiries) sur les écus, les cottes recouvrant les armures, sur les bannières et les penons des lances. Puis comme les anglais portaient une cotte blanche avec une croix rouge, la croix de Saint Georges, les français non nobles prendront l'habitude de porter une croix blanche, pour se reconnaître entre eux,  souvent (pas toujours) sur fond rouge. A la fin de la guerre de cent ans ces marques nationales, seront majoritairement portées y compris sur les bannières. Croix rouge sur fond blanc, contre croix blanche sur fond rouge. Les bourguignons, troisièmes acteurs alliés des anglais portaient une cotte bleue avec une croix de Saint André blanche.

  
Les deux bannières ennemies présentaient des armoiries françaises


Azure aux fleurs de lys d'or pour l'ost du roi de France et oriflamme de guerre rouge, marquée de Montjoie d'un côté et Saint Denis de l'autre pour le roi.


Ecarté 1, 4 d' azur aux fleurs de lys d'or (armes de France) et de gueule aux trois léopards d'or lampassés d'azur en 2, 3 ( armes de Normandie ) pour l'ost du roi d'Angleterre. Ainsi le roi d'Angleterre s'affirmait roi de France et duc de Normandie.


Les langues parlées par les belligérants, l'usage d'une langue étant formateur du sentiment d'appartenance.


Au début de la guerre, les nobles et chevaliers des deux camps parlaient exclusivement le français «d'oïl», le français standard ou français  de cour, bien que la langue officielle de l'Angleterre fut l'anglo-normand très proche.  Dans l'ost « anglaise » du Prince Noir fils d'Edouard III, prince de Bordeaux on devait sûrement privilégier le français « d'oc » ou combattait une majorité de gascons, langue parlée par la noblesse gasconne et à la cour du Prince Noir.
Edouard III quand il forme la confrérie chevaleresque de l'ordre de la jarretière durant  le siège de Calais lui donne une devise en français :  « Honnit soit qui mal y pense » toujours présente sur les armoiries de l'Angleterre avec adjoint « Dieux et mon droit ».


Les soldats, hommes de pied et sergents à cheval parlaient leur langue locale, il y en avait de forts nombreuses dans les deux camps. En outre, dans le camps français il y avait des italiens, génois, arbalétriers et canonniers,. De nombreux écossais combattaient également dans l'ost française. L'Ecosse se saignera pour fournir continuellement des contingents d'hommes d'armes au roi de France.


Dans le camp anglais il y avait beaucoup plus de non nobles que dans le camp français. Les archers étaient gallois ou anglais, ils parlaient leur langue nationale. Les anglais, paysans recrutés, jusqu'à l'automne seront de plus en plus nombreux pour occuper les vastes territoires du Nord de la France acquis par le traité de Troyes. L'anglais mélange de français et de saxon parlé par le peuple et la petite noblesse saxonne, commençait à se standardiser notamment avec Geoffrey Chaucer 1343-1400 et ses très populaires contes de Canterbery inspirés du Décaméron de Boccace. L'usage de l'anglais se répendait dans la bourgeoisie et la petite noblesse.


En1361 Edouard III  imposa l'anglais comme langue officielle pour l'Angleterre à la place de l'anglo-normand.


Pourquoi cette décision capitale?

Le peuple anglais d'origine saxonne était dominé depuis 1066 date de la bataille de Hastings par les Normands puis, après le pouvoir plantagenet, par les angevins, les deux imposant leur français de l'époque et leur pouvoir sur le peuple, la noblesse saxonne et la langue saxonne. Par cette habile décision Edourd III plantagenet, francophone, va chercher à s'allier le peuple anglo-saxon dans sa guerre. Il va contribuer à nationaliser cette guerre en essayant d'effacer son aspect purement nobiliaire entre dynasties continentales françaises.

Ainsi les populations occupées du Nord de la Loire feront l'amalgame entre les soudards anglais avec leurs  exactions et  la  langue anglaise.  Les anglais étaient surnommés «godons» en reproduction de leur juron préféré « God dam » (Dieu me damne) les soudards et leur langue deviendront impopulaires pour le petit peuple de France.

Autre conséquence de la guerre de cent ans fut l'abandon de la langue anglo-normande comme langue officielle du royaume d'Angleterre et son remplacement par l'anglais. L'anglo-normand était très proche du français.  Cette imposition  va grandement contribuer à former et séparer les sentiments d'appartenance entre français et anglais.

Le temps des chevauchées et des malheurs du peuple.


La défaite française de Crécy ne mettait pas fin à la guerre, les anglais n'ayant pas encore atteint leur but qui était le couronnement d'Edouard III roi de France et d'Angleterre.

 Parmi les nombreuses chevauchées de la guerre de cent ans celles du Prince Noir marquèrent  durement les français du sud de la Loire.

 

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Les chevauchée avant le traité de Brétigny

 

Edouard Plantagenet de Woodstock fils d'Edourd III, dit plus tard le Prince Noir s'établit à Bordeaux il fut nommé Prince de Bordeaux par son père. Il disposait d'une importante armée constituée d'archers gallois et de chevaliers et hommes d'armes gascons. Il avait gagné ce surnom de Prince Noir, non pas seulement en raison de la cotte noire qu'il revêtait au dessus de son armure mais  également en raisons des graves dérogations aux règles de la chevalerie qu'il avait prises en faisant massacrer blessés et prisonniers nobles après la bataille de Crécy. Les chevauchées du Prince Noir vont ravager le sud de la Loire pendant que son père Edouard III ravage le Nord et tente de prendre Reims lieu mythique ou sont couronnés les roi de France. Ces chevauchées vont terroriser les populations qui se réfugièrent dans les villes fortifiées. Non équipés d'armes de siège le Prince Noir et son père devaient contourner les villes hostiles. Ils s'épuiseront vainement.


Néanmoins, la France à genoux, le roi de France Jean II le Bon fait prisonnier à la bataille de Poitier est contrainte de signer les traités  de Londres et de Brétigny en 1365  et doit payer une importante rançon pour la libération du roi. Ces traités accordent aux anglais et à la domination du Prince Noir, les anciennes possessions plantagenet du sud de la Loire,

 

Traite-Bretigny.png

Traité de Brétigny



Cette période s'achève sans réelles victoire pour l'un et l'autre camp, certes l'armée féodale française fut durement vaincue, certes le traité de Brétigny toucha durement la France, mais Edouard III n'a pas vaincu, ses forces s'étaient épuisées. La peste noire commença à faire des ravages et en France comme en Angleterre les révoltes paysannes et bourgeoises grondèrent contre une noblesse déconsidérée.


La noblesse française n'a pas réussi à protéger le peuple et la noblesse anglaise qui s'est confortablement enrichie par les pillages, n'a pas réussi à vaincre et ainsi atteindre son objectif.

La suite prochaine, la deuxième phase celle du règne de Charles V verra la reconquête des terres perdues, la construction d'un état, la peste, des révoltes et des guerres civiles.



 

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Published by Alain Benajam - dans Histoire
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commentaires

karl 07/06/2016 16:02

ou est la suite de ce commentaire je ne trouve pas toutes les parties ?!

tom 12/10/2014 14:45

aa