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2 décembre 2007 7 02 /12 /décembre /2007 14:39

Chaos créateur ?

 

 

Ma lecture quotidienne des intéressantes productions d'analyses géopolitiques  de Philippe Grasset sur www.dedefensa.org m'a permis de revenir sur une notion intéressante, celle du chaos créateur http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4663.

Comme tout scientifique cette notion m’a intéressé  j’avais écrit ce texte sur la « Pensée Prigogine » pour l’inclure dans une thèse d’ethnométhodologie. Il me paraissait évident à l’époque que les théories sur le chaos créateur étaient applicables à la société humaine et en tant que libéral politique j’y trouvais là une justification. Je rappellerais que me situant politiquement à gauche, je suis un adepte du libéralisme véritable qui a toujours été de gauche. Celui-ci prône un maximum de libertés pour un maximum d’individus car il soutient que la liberté est ordonnatrice. A contrario le « libéralisme » de droite n’est qu’une imposture car il prône la liberté des plus forts qui conduit à limiter la liberté des autres et ce faisant conduit directement au despotisme, ce qui est la négation même du libéralisme. Bien évidemment les mots utilisés en politique comme les idées qu'ils expriment sont susceptibles d'interprétation divers, revenir sur leur étymologie est aussi un combat politique. (voir plus bas, Les Mots)

Pour les étatsuniens, être libéral et de gauche présente la même signification. Il n’y a qu’en France ou la gauche, sous la poussée idéologique des gauchistes, a développé une rhétorique anti libérale se tirant ainsi une balle dans le pied si ce n’est dans la tête. La gauche adversaire des libertés individuelles, c’est le monde à l’envers !

 

Je m’excuse auprès du lecteur qui pourrait trouver ce texte soit trop technique soit pas assez, cependant la réalité du monde qui nous entoure est complexe et ne peut s’appréhender avec quelques phrases ceci n’est donc qu’un résumé schématique de ce que pourrait être une description complète du phénomène chaos.

 

Chaos vient du grecque « khaos» (prononcer « kaosse ») qui est un terme religieux de la Grèce antique signifiant l’état de confusion régnant dans l’univers avant la « Création » par les dieux de l’Olympe. Le latin chrétien reprend de terme « chaos » prononcé de la même façon pour signifier la même chose, mais avec un dieu unique. Il y a déjà une notion d’état avant création. Le terme évolue et se partage au 17ème siècle avec le médecin et chimiste flamand Van Helmont (1577-1644) pour qui la notion de chaos permet de décrire un état de la matière ou les molécules sont libres de toutes contraintes, cet état est gazeux. En effet chaos, (prononcé khaosse) avec la gutturale flamande « KH » donne pour nous « G » donc la prononciation flamande de chaos a donné « gas » puis gaz.

L’analogie entre chaos de pré création et gaz est tout à fait pertinente et le sera de plus en plus, comme le démontrera plus tard au 19ème, Clausius et Poincaré, inventeurs de la thermodynamique avec les notions d’entropie puis d’enthalpie et à notre époque le thermodynamicien belge Ilya Prigogine.

Un gaz est un chaos de matière ou chaque élément moléculaire est libre de toute attache et se déplace jusqu’à rencontrer un autre élément, le choc qui produit de l’énergie sous forme de rayonnement calorique fait perdre de la vitesse au dit élément. Les particules ainsi entrechoquées, vont changer de direction et aller rencontrer d’autres particules de matière, produire de l’énergie et perdre de la vitesse et ainsi de suite. Le mouvement de chaque particule devient donc totalement imprévisible et non mesurable individuellement mais on sait que chaque particule perd de la vitesse et de l’énergie avec le temps qui passe. Plus tard un nom sera donné à ce mouvement apparemment désordonné, le mouvement brownien. Ainsi il est impossible de décrire la réalité de cet état selon les principes dichotomiques de la scolastique ou du cartésianisme (même chose il a copié). La mécanique positiviste de Newton se perdrait à vouloir rendre compte de la position à l’instant T de chaque particule, car cette position est irréversible à contrario de la mécanique céleste. L’état chaotique (gazeux) ne peut se décrire que globalement. Cet état se décrit selon l’équation PV=nRT ou P est la pression, V le volume nR une constante de conversion (nombre d’Avogadro) et T la température en degré Kelvin (température absolue). P la pression rend compte de la vitesse des molécules, V évidemment le volume c'est-à-dire l’espace fermé dans lequel évoluent ces molécules et T la température c'est-à-dire l’énergie produite par les innombrables chocs. Donc plus il y a de molécules et plus elles vont vite plus la production d’énergie est grande. On peut augmenter la vitesse des molécules P en chauffant ou augmenter le volume si l’espace est élastique, ou on peut augmenter la température en compressant, c'est-à-dire en diminuant le volume. Chacun a pu constater qu’en comprimant de l’air avec une pompe à vélo on ressent de la chaleur dans la main.

Si pour un gaz donné dans une enceinte donnée, la vitesse (P) des molécules n’est pas entretenue dans le temps par un apport d’énergie (T) extérieur à l’enceinte (V) immanquablement le gaz en questions se refroidi par perte naturelle d’énergie. Cette perte d’énergie due au temps est appelé entropie. La notion d’entropie est particulièrement intéressante car l’on s’aperçoit que le phénomène entropique fonctionne avec le temps qui passe jusqu’à devenir  le temps lui-même. Ou l’on s’aperçoit également que la description véritable de notre chaos gaz n’est possible qu’avec son équation (PV= nRT) c'est-à-dire qu’il y a des chaos chauds et des chaos froids, tout dépends de la vitesse avec laquelle les éléments chaotiques égaux se déplacent et le nombre de rencontres qu’ils peuvent réaliser dans un temps donné.    

Si nous laissons notre chaos gaz se refroidir, la vitesse des particules baissant et par conséquent la capacité de rebond sur d’autres particules baissant, les forces d’attraction entre particules (pour les molécules, forces de Van Der Walls) vont finir par être plus grandes que les forces de répulsion dues aux chocs. A ce moment l’état de matière passe du gaz au liquide. Le chaos s’ordonne, les molécules ne sont plus totalement libres ni complètement emprisonnées, elles sont seulement enchaînées les unes aux autres parfois elles se libèrent et migrent pour en rencontrer d’autres et s’enchainent à nouveau. Puis notre matière étant passée de l’état gazeux à l’état liquide continuant à perdre de l’énergie sous la puissance temporelle de l’entropie  va passer de l’état liquide à l’état solide, c'est-à-dire que chaque molécule sera incapable, n’ayant plus assez d’énergie, de se libérer de sa voisine, là l’état solide est ordonné, chaque molécule a sa place et dans un état solide cristallin, l’ordonnancement moléculaire est parfait. Puis la matière continuant à se refroidir, car chaque molécule continue à vibrer quand même dans son emprisonnement, cette vibration va finir par cesser et donc atteindre le 0° absolu, 0° Kelvin c'est-à-dire -273° Celsius état de matière ne dégageant plus  aucune énergie. Evidemment ce processus se produit s’il n’y a jamais d’apport énergétique extérieur, si rien ne vient réchauffer notre matière. A notre petite échelle, au sein de l’univers les sources d’énergie sont multiples et vont permettre à notre gaz d’égaliser son état avec ceux environnant. L’Univers dans sa totalité tendant lui vers zéro mais ce n’est pas pour demain.

Il faut donc comprendre sémantiquement parlant que plus il y a de chaos plus il y a d’énergie et que la force entropique du temps appliquée au chaos tend vers un état ordonné, un état de moindre énergie. Maintenant on peut se poser la question qu’est qu’un ordonnancement? L’ordre est-il le tas de sable ou chaque grain est à sa place, est-il le cristal de carbone, le diamant ou chaque molécule est à une distance égale de l’autre dans un ordre parfait. L’ordre est-il donc l’état de moindre énergie possible et l’aboutissement entropique absolu, le froid, la mort ? Ordre ou chaos ? Alors au lieu de parler d’ordre dont la signification est ambiguë parlons plus tôt d’ordonnancement. 

J’appelle ordonnancement une tendance que possèderait un système d’aller du simple vers le compliqué. Une tendance remontant le courant permanent de l’entropie, cette tendance est appelée enthalpie. L’enthalpie n’est pas le contraire de l’entropie car l’entropie est inexorable comme le temps qui passe. Entropie et enthalpie ne décrivent pas des états statiques mais des tendances. L’enthalpie est une force constructrice, ordonnatrice, d’auto complexification, c’est la genèse.  

Nous allons voir que l’enthalpie a besoin également du temps et donc de l’entropie comme tendance permanente.

Revenons à l’ordonnancement allant du simple au compliqué, comment le décrire et donc s’apercevoir qu’il existe. Si on décrit un ensemble donné à l’instant T la description exhaustive de cet ensemble aura besoin d’un nombre de bit donné, une lettre ou un chiffre étant codé sur 8 bits. Si nous décrivons exhaustivement cet ensemble à l’instant T+1 ou T+ n, si nous avons besoin de plus de bit pour le décrire, cela voudra dire qu’il y a complexification donc ordonnancement donc enthalpie. Si nous décrivons l’avion de Blériot avec lequel il traversa la Manche pour le reconstruire, il est évident que l’on aura besoin de moins de mots donc moins de bits que pour décrire un Airbus A 380 afin lui aussi de le construire. La description exhaustive d’un objet étant égale a la quantité d’information nécessaire à sa réalisation.  

Comment se réalise la complexification dans la nature. On revient à la chimie du chaos. Si nous mélangeons deux molécules A et B  à l’état chaotique. Si ces molécules ont une affinité l’une pour l’autre de se combiner pour former AB. Pour que chaque A ai trouvé son B, il faut que chaque A libre ai trouvé un B libre, si on met en contact les deux gaz, il faut attendre un certain temps pour que chaque rencontre s’opère par le jeu hasardeux et aléatoire des chocs. Si on accélère la vitesse des A et des B et donc le nombre de choc rencontre par unité de temps la combinaison ira plus vite. Maintenant si A et B ne se combinent  qu’avec une puissance de choc donné si la vitesse imprimée aux particules A et B est insuffisante il n’y aura pas de combinaison. On voit donc que A et B ne se combinent qu’à une condition, leur vitesse (température).  Pour qu’il y ai combinaison de A avec B c'est-à-dire création d’un élément plus complexe AB il faut deux choses: le hasard de leur rencontre et la condition président à leur rencontre.

Maintenant si l’on met en contact trois chaos A, B et C. A et B se combinent à un état énergétique donné, (vitesse chaotique) mais A et C se combinent à un autre état plus énergétique (vitesse plus élevée) mais pas A et B.  AB n’est valide qu’à une condition donnée et AC à une autre condition. L’existence de l’élément AB et de l’élément AC sont conditionnés à un état énergétique donné et différent. Pour que l’un ou l’autre persiste, soit viable dans le temps il faut que l’énergie d’apport pour le niveau AB ou AC soit régulée, qu’il n’y ai ni perte ni augmentation. Mais malheureusement il y a toujours perte naturelle car l’entropie est inexorable, il faut donc qu’il y ai un apport d’énergie égal à la perte pour le maintient de l’ensemble AB ou AC. L’existence de AB ou de AC est donc conditionné par l’équilibre créé entre la fuite entropique et l’apport énergétique extérieur, cet équilibre est appelé régulation.

Maintenant AB ou BC peuvent toujours se combiner avec d’autre construction XY ou XZ selon que l’environnement accepte XY ou XZ. Donc si au début il y a AB ou AC les combinaisons suivantes s’en trouveront profondément modifiées par exemple AB ne se combinant qu’avec XZ. La première combinaison pouvant être hasardeuse va conditionner les suivantes qui s’éloigneront de plus en plus de ce qui aurait pu être autrement. Cette bifurcation AB devenant l’instant créateur de ce qui va suivre, le chaos se complexifie et devient de plus en plus chaotique, car il y a une probabilité plus grande de rencontres hasardeuses pouvant donner autre chose. L’ordonnancement n’affaibli en aucune manière le chaos qui peut s’entretenir ainsi à l’infini.

Le chaos pourrait se définir aujourd’hui comme étant un espace comprenant des éléments libres de mouvement pouvant avoir une probabilité de se rencontrer.

Cependant cette définition du chaos ne suppose pas que ces rencontres puissent donner des combinaisons supérieures.

Un chaos peut être créateur ou non tout dépend des conditions qui lui sont appliquées.

La vie s’est créée à partir d’éléments chimiques déjà construits dans l’univers, mais le processus de complexification donnant notre Etre s’est réalisé dans le milieu liquide océanique. En effet on peut considérer qu’une molécule diluée dans l’eau se comporte comme un gaz, car elle est dissociée de ses voisines et libre de se combiner ou de se dissocier au grès des conditions qui lui sont offertes. L’homme, complexification absolu, dont on est loin de connaître le nombre de bits qu’il faudrait pour le décrire, est issu de cette soupe chaotique de nos océans, il est construit entre hasard et nécessité et surtout avec le temps nécessaire aux multiples essais finalement non adaptés et non viables.

Un chaos peut être ou non créateur tout dépend si les conditions sont propices pour que le nombre de combinaisons possibles soit le plus grand possible. Pour tenter le plus grand nombre de combinaisons, il faut de la vitesse et du temps. Plus la vitesse des chocs échanges est grandes plus le nombre d’essais différents sera grand pour un temps donné.

L’analogie avec les sociétés humaines est facilement envisageable si l’on considère chaque humain comme étant l’élément d’un chaos. Chaque humain dans une société donnée étant plus ou moins libre de rencontrer d’autres humains et d’échanger des informations avec lui. (Information=énergie)

Plus le nombre de rencontres sera grand, c'est-à-dire que plus l’état énergétique du groupe chaos sera élevé plus grandes seront les combinaisons tentées, combinaisons qui sont des associations, des coalitions synergiques. Aujourd’hui la rencontre et le choc échange d’information ne se réalise plus seulement à la vitesse du déplacement de l’humain mais à celui de la vitesse de transmission des informations. A contrario, les conditions faites au groupe de ne pas tolérer certaines  combinaisons ou certaines informations, limite le nombre d’expériences possibles. Plus grand est le nombre différent de combinaisons tolérées par une société donnée, plus grand sera le nombre d’autres combinaisons possibles entre ces combinaisons.

On voit donc que d’une part la liberté donnée à l’individu de rencontrer d’autres individus de communiquer avec eux de créer des coalitions et que d’autre part la tolérance des comportements et des combinaisons dont ils sont issus conditionnent le développement par complexification de cette société. Liberté et tolérance sont bien des accélérateurs du chaos créateur social et du donc du progrès social.

La quantité d’échange entre individus est bien analogique avec la température d’un chaos gaz mesurant la vitesse des éléments et l’énergie dépensée. Cette quantité d’échanges, informations, marchandises, monnaies est également mesurable par le nombre de bits comptés pour les décrire. Il y a donc ordonnancement, enthalpie sociale s’il y a liberté, si cette liberté est stoppée comme dans le cas d’une société totalitaire l’entropie sociale (toujours permanente) prend le dessus et son courant peut emporter les empires les plus puissants.

Le chaos fondateur peut être toujours permanent et fondateur si on le laisse bouillir par contre l’ordre froid peut le surprendre et tout peut s’arrêter. Le tas de sable peut être notre avenir social si l’on s’arrête d’œuvrer pour la liberté c'est-à-dire la permanence du chaos.

 

Le monstre étatsunien veux créer des sociétés esclaves il pense donc tout d’abord à les détruire et d’établir lui-même les conditions d’une refondation. Il cherche donc à créer un chaos qu’il voudrait fondateur.

Cependant rien ne dit qu’il puisse sortir quelque chose des conditions certainement fort restreintes notamment en termes de libertés appliquées à ce chaos et qu’il puisse devenir fondateur de quelque chose, à moins d’une monstruosité. Le monstre ne pouvant enfanter qu’un autre monstre.

En résumé : Si un chaos est nécessaire à toute enthalpie sociale c'est-à-dire à toute création, celui-ci n’est certainement pas suffisant car ce sont les conditions dans lesquelles baignent ce chaos qui déterminent si il y a genèse ou non.

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Published by Alain Benajam - dans Idées
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