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Dimanche 3 février 2008 7 03 /02 /Fév /2008 19:00

Utopie

 


 


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Utopia de Thomas Moore

 

 

On entend, dans certains milieux de la gauche française, parler d’utopie à propos de projets de société concoctés par ces milieux, projets vus certainement comme lointains mais néanmoins présentés comme buts réalistes. Par exemple une société sans argent, sans entreprises, une société communiste etc.


Quand est-il de l’utopie ?


Le mot "utopie" est la francisation par Rabelais (1532) du latin moderne « utopia » signifiant pays imaginaire, il est formé à partir du grec ayant pour signification littérale : « en aucun lieu ». Ce terme au début d’usage littéraire pour « pays imaginaire ou un gouvernement idéal qui règne sur un peuple heureux » devient d’usage politique au 17ème siècle mais en venant de l’anglais «utopia» tiré également du latin pour « plan d’un gouvernement imaginaire ».  Ce terme prend son acception moderne au 19ème siècle pour « vues politique et social qui ne tient pas compte des réalités », ou (1851) « conception irréalisable, chimère ».  (D’après Alain Rey in «  Dictionnaire Historique de la Langue Française »).


Comme toujours les mots utilisés en politique prennent l’usage de  significations ayant glissé de l’originale, ils sont employés et compris dans des cercles restreints, ici la gauche. Comme toujours, quand il s’agit de débattre avec divers villages politiques, il faut tout d’abord comprendre le sens des mots en usage dans ces dits villages.


En corolaire les débats entre villages politiques différents s’apparentent  le plus souvent à des  dialogues de sourds ou ne restent plus que les noms d’oiseaux bien compris  par chacun.  C’est ainsi et qu'en exemple les mots « communismes, socialisme, libéralisme » et bien d’autres en usage politique possèdent maintenant un grand nombre d’acceptions différentes et contradictoires.  


Par exemple,  je me situe politiquement comme « libérale, républicain de gauche » ce qui pour moi est parfaitement claire et logique mais ne l’est pas pour la gauche d’aujourd’hui qui a choisi de combattre les idées libérales. Pourtant, pour les anglo-saxons qui ont inventé le langage politique, être libéral et de gauche signifie bien la même chose.


Je pourrais également, en relisant le « Manifeste Communiste » de Karl Marx et Friedriech Engels, fustigeant l’état et le salariat le qualifier tout à fait logiquement de « libéral communiste », mais nos étatistes de gauche d’aujourd’hui  en deviendraient blêmes de colère et d’incompréhension.

Le mot utopie pourtant avait bien au 19ème siècle la signification de projet de société irréaliste et irréalisable. Engels, compagnons et vulgarisateur de la pensée de Karl Marx a écrit en 1880  le livre fameux pour les marxistes: « Socialisme Utopique & Socialisme Scientifique ».

 

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Proudhon et Engels

 

Ce livre fustige les utopies socialistes de Proudhon et de Saint Simon en qualifiant les organisations en phalanstères qu’ils préconisaient à l’époque d’irréalisables donc d’utopiques. En contre partie il défendait une conception du socialisme pour lui, scientifique, non utopique car prenant en compte les analyses de Marx sur la structure de la société capitaliste et la nécessité pour les socialistes de conquérir le pouvoir de l’état et ce afin de pouvoir  construire et de finalement imposer le socialisme (propriété sociale des moyens de production et d’échange).


S’agissait-il pourtant également d’une utopie? L’échec du socialisme réel bâtit grâce aux analyses « scientifiques » de Marx, Engels puis Lénine démontre que s’en était bien une, irréalisable car tenté et finalement irréalisé.

Ceci nous enseigne que l’utopie vue comme projet social irréalisable (signification du Robert) est bien le projet de l’autre. Il en est de l’utopie comme des mythes ou des idéologies, sont ainsi qualifiés  ceux des autres et non les siens propres que l’on pense forcément réalisables.

 

Engels a vu dans les projets proudhoniens une utopie, mais a qualifié la sienne de scientifique alors que les deux étaient toutes aussi utopiques.


Revenons à la gauche française qui prend aujourd’hui le risque de qualifier certains de ses projets d’utopie c'est-à-dire au sens étymologique irréalisables, on peut s’amuser de la fantaisie du propos consistant, pour des hommes politiques à monter des projets volontairement irréalistes,  mais aussi pardonner certainement l’erreur sémantique, reprendre le propos et requalifier l’utopie proposée en projet de société jugé forcément réaliste par leurs auteurs, (donc certainement pas une utopie). En effet je ne vois pas bien l’intérêt pour un groupe politique de faire des propositions jugées par lui même déjà irréalisables (mais on ne sait jamais, il y a bien des choses étonnantes à gauche mais là s’arrêterait le débat).


 Qu'en est-il des projets de société bâtis « ex nihilo » tel celui du « socialisme scientifique » cher à Engels et Lénine (Pour Marx il est difficile de savoir ce qu’il voulait vraiment, le « Manifeste Communiste» de 1848 étant en totale contradiction avec le « socialisme scientifique » proposé plus tard mais Marx est mort prématurément).


En quelque sorte est-il possible d’imposer à la société des hommes à un moment donné des projets de société réfléchis, bâtis et finis, concoctés forcément dans le passé, (déjà le temps nécessaire à les bâtir ajouté au délai nécessaire à leur imposition). Pour répondre à la question il convient d’observer l’évolution sociale du monde et de voir si cette évolution est prévisible car si on peut imposer l’avenir on peut forcément le prévoir, prévoir ce que l’on va imposer.


Force est de constater la très faible performance des prévisionnistes. La fin de L’URSS et du socialisme réel, l’explosion économique de la Chine et l’entrée des USA dans une profonde et durable crise systémique furent non prévues. Il y a seulement 20 ans très peu auraient pu prévoir ces évènements pourtant extrêmement marquants de la fin du 20ème siècle et du début du 21ème donc le dessein politique a peu fonctionné ces 20 dernières années.


Cependant on est en droit de penser que si l’on possède le pouvoir de l'état il est possible d’imposer ses vues à l’instar des bolchéviks dans la Russie de 1917, on a vu que cela peut  marcher un temps. En effet, en restreignant fortement les libertés de ceux qui subissent ce pouvoir il est possible d’imposer un modèle social car bien évidemment si un groupe d’homme a imaginé un modèle social qui semble lui plaire, ce n’est pas forcément celui qu’aurait imaginé les autres, il faut donc leur imposer. Il peut y avoir autant de modèles de société possibles que d’individus; si certains pensent amusant de supprimer l’argent, d’autres peuvent penser que l’argent dépensé pour ce que l’on désire est un espace de liberté individuel et, chercher à le gagner est un facteur d’initiative et aussi de liberté.

Pourtant aujourd’hui, y compris en possédant un pouvoir fort et impérialiste comme celui des USA, leur projet concocté dans les années 90, « Project for a New American Century » a peu de chance d’aboutir, même avec le 11 septembre, maintenant tout le monde pense y compris aux USA que ce siècle à plus de probabilité d’être chinois qu’étatsunien. A l’observation, l’ingénierie sociale semble peu ou pas du tout fonctionner, on n’impose pas d’utopies aux hommes, ni avec le pouvoir soviétique ni avec celui des USA.


Maintenant il pourrait se faire qu’un projet de société soit partagé par tous et qu’il ne soit pas nécessaire de l’imposer par la force. Bien évidemment ce projet réaliste perdrait d’emblé son caractère utopique et peut être même son caractère de projet, ce nouveau modèle social s’imposant par lui-même sans que l’on s’en aperçoive.  

Il est un fait que les grands bouleversements sociaux ne sont pas issus de desseins élaborés à l’avance : l’apparition de l’Etat dans le monde antique, la révolution féodale, la révolution industrielle, personne ne les ont imaginé à l’avance et sont apparus à la faveur de circonstances non étudiées les ayant rendus possibles.

Pour autant est-il pertinent d’avoir des projets de société, puisque ceux-ci ont peu, voir pas du tout de chance d’aboutir. Les projets de société des uns et des autres peuvent se débattre, trouver des conjonctions et voir même des compromis. Les hommes ont inventés un moyens pour cet exercice ce moyen s’appelle la république. En république le peuple est souverain et décide de son sort il le décide par compromis entre les divers intérêts, desseins et volontés. Ce compromis se matérialise par un contrat, un contrat social formulé par un corpus légal devant être respecté par tous. Ce contrat social, ce corpus légal forme l’intérêt général ou nul n’a besoin d’imposer sa propre utopie aux autres. Et puis le débat et la recherche de l’intérêt général permet à la société de fonctionner, de favoriser les initiatives, d’être dynamique et de se complexifier.

Le chaos social engendre le progrès toute société finie et prédéfinie est par force utopique dans le sens sémantique original, elle est soumise à l’entropie et donc à la mort.

Malheureusement la république véritable reste toujours une idée non encore accomplie, serait-elle utopique?

 

 

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