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28 décembre 2008 7 28 /12 /décembre /2008 11:49
Le prix du pétrole, un mensonge médiatique de plus.





Le prix du pétrole aujourd'hui (temps réel) Faites glisser votre souris sur 1m pour voir l'évolution sur 1 mois, 1q pour 1 trimestre, 1y pour une année, et 5y pour 5 ans




Chacun peut être stupéfait par le radical effondrement du prix de vente du pétrole brut qui se traîne actuellement sous les 40USD le baril. Cette stupéfaction naturelle provient sans aucun doute des affirmations péremptoires de tout ce que le monde compte de médias spécialisés et d'experts auto proclamés.


Que nous a t-on pas dit sur la raréfaction de la ressource, sur le fameux « pic pétrolier » sur l'hyper consommation chinoise, sur une demande supérieure à une offre qui s'essoufflerait, expliquant ainsi doctement les raisons d'un prix du baril frôlant les 140 USD. Ceci devait être définitif ou même monter jusqu'à 200 USD le baril voir plus. Les prix montaient et les bas peuples payaient résignés face a une sombre réalité non maîtrisable.


J'invite tout un chacun à relire la presse des six mois passés et de noter les inepties inscrites comme pensées profondes. Le monde est tellement habitué aux mensonges que même l'OPEP tombe dans le piège et pense faire remonter les prix en diminuant la production. Stupéfaction de stupéfaction, c'est le contraire qui arriva, pourquoi. ( Taper " prix du pétrole" sur Google )


Premièrement, il n'y a en rien diminution de la ressource et l'offre excède toujours largement la demande.

Deuxièmement, le prix du pétrole n'est en rien indexé sur une loi de l'offre et de la demande du produit, mais sur une disponibilité de capitaux susceptibles d'acheter le produit à des prix élevés et ce plusieurs fois par cargaison.

Le prix du pétrole est totalement lié à l'état des finances du monde et en rien à sa disponibilité physique. Donc quand ces finances artificielles s'effondrent, il n'en reste plus pour racheter et vendre 10 et 20 fois la même cargaison à 200 millions de USD à chaque transaction.


Les finances du monde sont des dettes!


Les actifs financiers des banques sont pour beaucoup des dettes titrisées. Quelle est la proportion de ces dettes en comparaisons d'actifs réels, c'est un secret bien gardé. Mais vu l'avidité des banques à se jeter sur du cash et d'offrir monts et merveilles à celui qui ferait un dépôt véritable (pour voir le sourire béat de votre banquier il faut quand même dépasser le million d'euros en dépôt), on peut tout penser y compris la possibilité que le montant des dettes titrisées dépasse de loin le montant des actifs réels, elles les dépasseraient une dizaine de fois selon certaines sources. C'était le cas pour les banques qui ont fait faillite.


Les dettes titrisées appelées « Debt bond » (il faut parler l'anglais pour entrer dans le monde anglo-saxon de l'arnaque).


Ces « Debt bond » sont offertes à l'achat sous forme de

1 - Bank Guarantee, BG (Garantie bancaire)

2 – MTN (Medium-Terme Note) dette à terme moyen

3 - SBLC (Stand By Letter of Credit) (lettre de crédit en attente)


Il y a donc un marché de ces produits financiers dont les montants s'étagent entre 10 millions de USD à 500 millions d'€.


On peut payer une cargaison de pétrole avec ces instruments financiers ou les escompter, le taux d'escompte varie entre 80 et 90 % en moyenne selon la notation de la banque les ayant émis.


Une cargaison de pétrole ne s'achète jamais au prix du marché au producteur, ce prix marché est dit Platt's du nom de l'inventeur des bourses pétrolières, il en existe plusieurs mais pratiquant des prix relativement proches, les principales bourses du monde sont New York, Londres, Dubaï.

Au prix d'achat est toujours offert un discount, le discount offert varie selon l'importance des cours à 140 USD le baril les discounts pouvaient atteindre 40 USD. Evidemment à moins de 40 USD le baril si on trouve un discount de 5 USD on est contant. Puis s'applique un prix dit « Gross » prix payé au vendeur et un prix « Net », prix payé par l'acheteur (net to buyer), la différence sont les commissions offertes aux intermédiaires, ces commissions à partager vont de 1 USD (la moyenne) à 5 voir 7 USD, interdit en Europe mais couramment pratiquées en Chine.

Un prix de contrat pétrolier se donne toujours avec deux chiffres, par exemple 5, 1. Ou 5 est le discount par rapport au Platt's et 1 le montant des commissions. Si le Platt's est 36, le baril sera acheté à 30 et vendu à 31 USD le baril.



Donc revenons à notre pétrole et à son prix stupéfiant.

Un super- tanker moyen de 300 000 tonnes contient environ 2 millions de barils. La valeur contenue dans ce navire est de:

280 millions de USD pour un prix Platt's de 140 USD le baril

200 millions de USD pour un prix Platt's de 100 USD le baril

100 millions de USD pour un prix Platt's de 50 USD le baril

et plus que

70 millions de USD à 35 USD le baril


La consommation mondiale de pétrole est d'environ 80 millions de barils jours, soit valeur livrée en raffinerie de:


11,2 milliards par jour à 140 USD le baril ou

2,8 milliards par jour à 35 USD le baril

soit une différence de 8,4 milliards de dollars par jour. C'EST CE QUI MANQUE DANS LES CAISSES DES BANQUES.


On voit la différence extrême des capitaux à mobiliser dans un cas et dans l'autre, ce fait masque en plus le nombre de fois ou les cargaisons sont achetées et revendues passant du prix d'achat avec discount au prix Platt's, le nombre d'achat vente en bourse pour une cargaison peut atteindre une centaine de fois pour les périodes de fortes spéculation faisant monter les prix, TANT QUE DES CAPITAUX SONT DISPONIBLES.


Exemple de capitaux disponibles

Si je me procure une Bank Guarantee (dette) de 400 millions de USD et que je l'escompte à 90%, cela me fait 360 millions de USD, j'achète à 80 USD le baril 4 millions de barils et je revend à 100, j'ai fait un bénéfice de 40 millions de USD et remboursé ma Debt Bond (BG).

Évidemment tout ça se sont des tours de passe passe puisque la raffinerie m'a acheté la cargaison finale avec une « Debt Bond » également, mais entre temps les comptes bancaires ont gonflé. Et ma BG remboursée pourra resservir pour racheter une autre cargaison de pétrole ou la même, faisant monter ainsi les cours


On voit également que si la production de pétrole diminue, diminue également le support de la spéculation et les prix baissent c'est ce qui se passe actuellement.


Le fameux pic pétrolier.


La encore nombre d'inepties ont été écrites au mois de juillet et paraissent maintenant. Malheureusement pour leurs auteurs ces chefs d'oeuvre devront aller au pilon.


Si le phénomène pic pétrolier peux apparaître un jour, c'est à dire le moment ou la demande va excéder la production, nul n'a les moyens d'affirmer ce moment. En effet les paramètres établissant le moment de ce pic sont soit méconnus soit peuvent se modifier brutalement.

Le pic pétrolier dépend des réserves pétrolières et de la consommation. Les réserves pétrolières mondiales sont totalement méconnues, notamment les réserves sous-marines. Quand à la consommation elle peut varier brutalement. Par exemple les étasuniens affectionnaient récemment de rouler en 4x4 consommant une trentaine de litres d'essence aux 100 kilomètres, mais maintenant ils délaissent ces monstres et préfèrent rouler dans des voitures de types européennes consommant 7 à 8 littres. Les étasuniens sont les premiers consommateurs de pétrole au monde. On voit que cette nouvelle habitude automobile étasunienne peut modifier fortement la consommation mondiale. Un autre exemple les chinois consomment surtout du mazout pour alimenter les super porte-containers très gourmands, si la consommation de produits asiatique fléchit en Europe comme aux USA de 25 à 30 % comme c'est le cas actuellement, le trafic maritime va fléchir dans les même proportions et avec la consommation de mazout. Avec les recherches sur les voitures électriques lancées maintenant sérieusement, et la généralisation de centrales électriques nucléaires, le fléchissement de la consommation peut s'accentuer encore et décaler le fameux pic d'une centaine d'années. A 100 ou 200 ans prêt il n'est pas sérieux de situer ce pic et il est probable qu'il n'existera jamais car dans 100 ou 200 ans il est possible que le monde puisse se passer de pétrole.


Avec l'éclatement de la bulle financière le prix du pétrole n'est pas prêt de retrouver les sommets de juillet, il faudra du temps pour regonfler la bulle si jamais elle ne se regonfle un jour.



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Published by Alain Benajam - dans Analyses
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