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"Seuls les plus petits secrets ont besoin d'être protégés. Les plus gros sont gardés par la crédulité publique."

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22 février 2007 4 22 /02 /février /2007 18:26

Sexe et société.

 

Les rapports sexuels, chez tout être vivant sexué, ont pour but de procréer l’espèce. Dans un certain nombre de cas, surtout chez les mammifères et afin de faciliter la fréquence de la reproduction, la nature a pourvu l’aboutissement de l’acte, d’une décharge d’un psychotrope, la dopamine,  ceci ayant pour but de procurer aux actants une gratification. C’est le plaisir sexuel.


1863 Alexandre Cabanel - The Birth of Venus

La Naissance de Vénus - Alexandre Cabanel 1863


Plaisir sexuel et reproduction sont donc intimement et naturellement liés. Pour certains animaux supérieurs dont les hominidés, il est vite apparu que la gratification psychotropique propre à l’acte reproducteur pouvait être détourné et obtenu sans que cet acte  ne soit finalisé. Le coït interrompu, la contraception, la masturbation, la sodomie, la fellation, l’homosexualité, sont des méthodes de détournement de l’acte généralement utilisés par l’intelligence des animaux supérieurs afin de découpler le plaisir donné par le psychotrope de la charge de l’enfantement.


Cependant, la fonction reproductrice est apparue dans les tribus d’hominidés comme un élément de construction sociale. A qui appartient l’enfant ? A quel clan? Pour qui va-t-il rapporter la nourriture. Avec l’amélioration des conditions de vie de l’homme, apportée par la découverte de l’agriculture, les biens possédés par les individus, outils, armes, habitats ne sont plus seulement consommés jusqu'à la mort de leur possesseur, mais transmis aux descendants.  Il est donc devenu nécessaire de connaître avec la meilleure certitude l’identité génétique de l’héritier. Si la connaissance de la mère est simple, celle du père est beaucoup plus aléatoire.


Souvent, il a fallut ériger des règles strictes d’accouplement afin de marquer la continuité de la possession. Dans maints  sociétés, la femme va perdre son statut égalitaire d’humain pour devenir un instrument social, une génitrice déterminée, possédée et surveillée. Différentes techniques de répression seront utilisées dont une particulièrement radicale est l’excision du clitoris supprimant tout plaisir sexuel chez la femme donc le désir d’autres partenaires. L’asservissement des femmes est historiquement contemporain de l’apparition d’autres systèmes de pouvoir et de coercition, car il a fallut conserver et défendre l’excédent  produit.


Ainsi, l’organisation du pouvoir de l’homme sur l’homme se généralise à tous les niveaux des sociétés développées avec l’apparition de l’Etat. 

Les règles d’asservissement des femmes apparus dans les premiers Etats sont particulièrement violentes. La mort est la sanction généralement infligée aux femmes ayant des rapports sexuels hors des règles. Cette mort est le plus souvent atroce afin de frapper les esprits, au proche orient c’est la lapidation qui prévaut.  

  

L'Amour par Le Journal de Personne

 

Dans toutes les sociétés connaissant un Etat, les règles d’assujettissement des femmes dans leurs rapports sexuels sont explicites, décrites par la loi. Elles sont plus ou moins sévères et violentes mais elles disent toujours que la femme est déterminée à une possession masculine afin de pouvoir connaître l’identité de la lignée.

Le cas de l’Europe occidentale  chrétienne est particulier et unique dans l’histoire de l’humanité.

L’Europe occidentale se trouve au début de son histoire confrontée à des influences et traditions divers. L’empire Romain apporte déjà des règles coercitives sur la famille, le « pater familliae» possède droit de vie et de mort sur son épouse. Le christianisme romain, à ses débuts aggrave la situation des femmes en entraînant des valeurs proches orientales très sévères (lapidation).  D’un autre côté, les civilisations Celtes et Germaniques n’ayant pas encore aboutis à la construction de l’Etat, apportent des valeurs plutôt libérales et égalitaires pour les femmes.

Au 10ème siècle l’état carolingien s’effondre sous les coups des invasions Viking, Sarrasines et Mayars. Il s’ensuit une période d’anarchie ou le système féodale s’instaure. La violence règne partout, les règles précédentes disparaissent, le pouvoir ecclésiastique s’amoindri fortement. Les rapports hommes femmes, comme le reste de la société sont marqués par un retour au passé Celte et Germanique, polygamie, rapt des femmes, droit de cuissage, paganisme se généralisent. Il n’y a plus ou très peu de morale sexuelle pesant sur la société. Au début du 11ème siècle, sous la pression des peuples d’Europe fatigués de subir les guerres privée le Pape Grégoire VII instaure le mouvement dit de « La paix de Dieu ». Ce mouvement est fortement soutenu à ses débuts par les populations car il permet la mise à la raison des seigneurs féodaux qui menacés d’excommunication mettent un  terme à leurs excès. Cependant, l’église trouve dans ce mouvement populaire un moyen extraordinaire pour établir son emprise sur la société. 


Le contexte de l’occident est spécifique.  Au début de l’ère féodale, l’église ne possède pas de pouvoir temporel, ne dicte pas la loi, en occident à cette époque il n’existe aucune loi explicite. L’Europe occidentale est le seul endroit au monde ou pouvoir politique et pouvoir religieux sont dissociés contrairement à l’Islam à Byzance, ou à la Chine Impériale. Afin d’établir son pouvoir sur le corps social, dans le mouvement grégorien de « La Paix de Dieu » l’église se doit d’inventer un concept qui au début lui est étranger, le Bien et le Mal, dans un système quasi Manichéen. Le Bien est la morale chrétienne, le mal est ce qui diffère de cette morale et ne peut se faire que sous l’emprise du Diable, le Mal incarné. Les contrevenants à cette morale sont voués à l’Enfer éternel. 


  Qu’est ce que l’Enfer ? A partir du 12ème siècle, commence à apparaître une iconographie descriptive chargée d’édifier le bas peuple. On y voit des scènes d’horribles tortures corporelles subies par des damnés se tordant de douleur.  

Les populations pendant de nombreux siècles croiront sincèrement à de telles horreurs.

 

bosch7Jérome Bosch - L'Enfer


La morale sexuelle chrétienne a pour but, affirmé, de déterminer la femme comme génitrice unique de son époux et ce afin de pouvoir assurer l’héritage, sans contestation, des enfants. Elle se fonde ainsi sur une loi dite naturelle donc divine ou l’acte sexuel est exclusivement réservé à la procréation. Elle exclue et condamne le plaisir sexuel, surtout celui des femmes, elle interdit formellement tous rapports sexuels hors mariage (fornication) et tout acte sexuel destiné au seul plaisir, masturbation (mollesse), homosexualité confondue avec la bestialité. 


On le comprend aisément,  le génie ecclésiastique, va établir une morale impossible à suivre, sauf pour quelques marginaux fous de Dieu. La morale sexuelle sera le véritable et plus important vecteur pervers permettant l’emprise de l’église catholique sur la société. Cette morale a pour fonction de fabriquer des coupables voués aux Enfers, mais, c’est justement là, le génie car il y a possibilités d’absolution et de rédemption. L’absolution, c'est-à-dire le pardon des péchés n’est accordé par l’église que si le coupable fait allégeance. La rédemption est obtenue par des comportements conformes aux souhaits de l’église. Par exemple, les participants aux croisades organisées par l’église, peuvent connaître cette rédemption. Peut importe les crimes commis, c’est le « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ».

Pourtant la morale sexuelle chrétienne doit subir des assauts et se défendre. L’attaque la plus sévères viendra des intellectuels, des philosophes et des écrivains.

Philosophes et écrivains sont également créateurs de mythes sociaux au même titre que la religion, l’attaque est sévère et l’église doit se défendre.

 A partir du 12ème  siècle les romans d’amour courtois vont se répandre dans la noblesse, puis la bourgeoisie. Ces romans, poèmes ou chansons racontent presque toujours la même chose. Un jeune chevalier convoite la femme de son suzerain, celle-ci loin de le décourager lui confère un rôle de chevalier servant, lui confie des missions dangereuses lui prodigue des marques d’intérêt et de tendresse. Le jeune chevalier porte les couleurs de la dame au tournoi et au combat. Le jeune homme chante son amour pour la dame de ses pensées, il est amoureux, il rend hommage à la dame, comme il rend hommage à son suzerain.

 

amourcourtois7oz

Scène  d'amour courtois. Le chevalier rend hommage à sa Dame


Bien sure il n’est jamais question de sexe entre eux, l’église veille, mais la situation est équivoque, quasi adultérine. Les amoureux s’échangent des mots et des objets, ils brûlent d’amour. Aliénor, duchesse d’Aquitaine, fera la promotion de ces romans, des troubadours qui les chantent et des postures qui en découlent. Ces romans vont induire chez les nobles et bourgeois de nouveaux comportements de l’homme à l’égard des femmes. Ce sont des comportements policés, polis, des attitudes de cours, c'est-à-dire courtois. L’homme n’est plus un rustre, c’est un amoureux qui prend garde à sa personne et à ses comportements. Il courtise la dame de son cœur. L’amour courtois ou «fine amor» en occitan, révolutionne les rapports homme femme et la situation même de la femme. L’adultère se trouve mythifié la femme mise sur un piédestal. Cette situation de la femme est propre à l’occident chrétien dans les autres grandes civilisations, la femme reste un objet de plaisir sexuel et de reproduction. L’amour n’existe pas.  Etre amoureux implique la relation avec les mythes littéraires qui décrivent cette situation unique de respect à l’égard des femmes, ils n’existent et n’existeront qu’en Europe occidentale. L’église ne reste pas inactive face à cette menace.

 

Etienne tempierEtienne Tempier

 

En 1277 le « De Amor » d’André Champlain, traité d’amour courtois fait fureur, il est vu par beaucoup d’historiens comme un manifeste du libertinage, il sera censuré par l’archevêque de Paris Etienne Tempier en 1277  avec l’université de Paris. Une autre attaque viendra des philosophes qui contesteront la morale chrétienne. En effet la philosophie médiévale est emprunte de la philosophie d’Aristote revue et corrigée par les philosophes Arabes dont les plus célèbres furent Avicenne et Averroès. L’église appellera Averroïsme social par dérision cette contestation, en insistant sur sa provenance arabe.  Cette année 1277 donc verra également la censure de l’Université de Paris par la publication de 219 propositions sensées être enseignées, parmi ces 219 préceptes interdits 6 concernent la morale sexuelle. Ces 6 propositions censurées sont particulièrement intéressantes car elles désignent les axes du combat normatif et répressif de l’église. Elles sont les suivantes :

166 : Pour contraire qu’il soit à la nature de l’espèce, le pécher contre nature, autrement dit le mauvais usage du coït n’est pas contraire à la nature de l’individu.

 

La-condamnation-de-1277.jpg

La condamnation de 1277 - Enluminure


168 : La continence n’est pas essentiellement une vertu

169 : La complète abstinence de tout acte de chair détruit à la fois la vertu et l’espèce

172 : Le plaisir pris dans les activités sexuelles n’empêche pas l’activité ou l’usage de la pensée.

181 : La chasteté n’est pas un bien supérieur à la complète abstinence

183 : La fornication pure et simple, celle d’un célibataire avec une célibataire, n’est pas un péché.    

        

Comme le dit fort justement Alain de Libera qui commente cette censure dans son livre : « Penser au Moyen Age » : « C’est le travail et le privilège du censeur que de découvrir le fantôme de la liberté ».

Cette répression  contre l’usage du sexe a fin de plaisir et de loisir, marquera durablement  les hommes et femmes d’occident. Elle est encore aujourd’hui le fondement d’une morale sociale héritée du christianisme encrée profondément dans les esprits.

Au 20ème siècle les évènements de mai 1968 écorneront cette morale, sans réellement lui porter atteinte. Aujourd’hui la peur du Sida, habilement exploitée permet à la morale chrétienne de revenir sur le devant de la scène.

Pourtant, chez l’homme, la pérennité de la race, n’est aujourd’hui plus assurée par la fécondité des femelles, mais par son intelligence industrieuse. Bien au contraire, aujourd’hui, la fécondité humaine est souvent comprise comme une menace.

La dissociation du plaisir sexuel de l’enfantement apparaît donc comme un processus de civilisation accompagnant l’amélioration des conditions de santé et la prolongation de la longévité.

Pourtant, une morale sans objet, introduite en force, appuyée par des siècles de terreurs infernales perdure dans les esprits et clôt les âmes et les cœurs dans une prison de frustration.

Prostitution et crimes sexuels en sont le prix à  payer.


 La prise du pouvoir par l’église catholique grâce à la réforme grégorienne, sur la base d’un complot sur les âmes, présente une rhétorique similaire de celle entreprise par les USA aujourd’hui avec la théorie du complot musulman.

 

Il s’agit d’abord de terroriser, puis de proposer sa protection, contre une soumission totale. L’idée n’est pas neuve on appel cela du racket.

 

            

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Published by Alain Benajam - dans Idées
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