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22 février 2007 4 22 /02 /février /2007 18:28

Dynamique sociale et thermodynamique.

Un élément de la pensée Prigogine


 

Ilya Prigogine est pour moi le plus grand penseur du 20ème siècle position peut être partagée avec Harold Garfinkel l'inventeur de l'ethnométhodologie. J'ai eu l'immense privilège de rencontrer ces deux hommes avant leur décès

et de partager avec eux quelques idées et surtout d'avoir été encouragé par eux dans mes démarches qui cherchaient en utiliser le sens de leurs pensées pour aider à la compréhension des phénomènes sociaux de masse.

 

garfinkel2.jpgHarold Garfinkel

 

Prigogine.jpg

Ilya Prigogine

 

 

Concernant ce que l'on appelle maintenant la "pensée Prigogine" j'en ai tiré son adaptation suivante pour la compréhension du fonctionnement des sociétés humaines.


La thermodynamique est une branche de la physique dont le champ de connaissance concerne les échanges thermiques entre éléments de matières. Le seconde principe de la thermodynamique, celui de l’entropie démontré par Clausius, puis les études d’Henri Poincarré à la fin du 19ème  siècle offrent des paradigmes pour la compréhension des systèmes complexes, chaotiques, régies par un grand nombre d’éléments.


Partant des travaux de thermodynamiciens, Ilya Prigogine dans son livre: « La Fin des Certitudes» tente une approche plus générale qui fonde une conception du monde naturelle ou la probabilité n’est plus une « non-connaissance » mais la seule manière d’expliquer ces phénomènes chaotiques, irréversibles, hors de l’équilibre ou la « flèche du temps » est l’élément majeur. Par la même, il démontre les mécanismes qui régissent la complexification de la matière et le non-déterminisme de cette tendance.


La société humaine, comme la biosphère qu’elle intègre, est l’exemple d’un tel système.

La thermodynamique utilise deux grands concepts décrivant des échanges d’énergie au sein d’un système chaotique: l’entropie et l’enthalpie. Ces concepts sont ils applicables aux sociétés humaines?


Entropie.


A l’origine, ce concept évalue l’énergie produite par des molécules dans un gaz. L’énergie perdue par le choc de chaques molécules entre elles, dans leur mouvement perpétuel (mouvement brownien), mène au refroidissement du gaz et à la perte de l’énergie potentielle qu’il enferme, et ce pour tendre vers zéro degrès Kelvin ou, un état d’équilibre avec une autre source d’énergie avec laquelle ce gaz est confronté.


(il est nécessaire pour une meilleur compréhension de lire cet article sur le chaos créateur)

http://www.alain-benajam.com/article-14297191.html


En généralisant on peut également appeler entropie, la tendance que possèdent tous systèmes complexes à se dégrader vers la moindre énergie potentielle possible. Exemple: Un barrage érigé possède une énergie potentielle représentée par la masse et la hauteur d’eau entre l’amont et l’aval. Si le barrage est détruit les hauteurs d’eau s’égalisent et le potentiel d’énergie disparaît.


Le temps est le principal facteur d’entropie.

Avec le temps, si le barrage n’est pas entretenu, il finit par se rompre. Dans le milieu vivant l’entropie mène à la mort et à la disparition du cadavre. 

L’entropie amène tous systèmes à tendre vers un équilibre stable.


Enthalpie.


L’enthalpie est l’inverse de l’entropie, c’est de l’entropie négative. Cette tendance représente la possibilité que peuvent avoir tous systèmes complexes à s’auto-organiser et à produire ainsi un potentiel d’énergie. Construire un barrage c’est fabriquer de l'enthalpie.  La complexification de la matière ou enthalpie se réalise grâces à deux forces en dialectique: possibilité et nécessité, ces deux forces étant inscrites dans le temps.

 

L’apparition de la vie est le phénomène physique le plus remarquable mettant en œuvre des forces enthalpiques.

L’enthalpie conduit tous systèmes complexes à s’écarter de l’équilibre.


Equilibre.


L’état d’équilibre d’un système s’évalue par sa réaction à toute action pour le modifier.

Il est en équilibre si une petite action entraîne une petite modification du système et un retour prompt à l’équilibre. Par exemple un pendule que l'on frappe d’une pichenette.

Par contre, il est loin de l’équilibre si  une petite action entraîne une forte modification de ce système.

Supposons notre pendule en équilibre sur un point situé sous sa masse et non au-dessus comme classiquement, une pichenette détruit ainsi définitivement l’équilibre.

Un corps vivant est un exemple d'état loin  de l'équilibre et pouvant être détruit d'une manière irrtéversible  par peu de chose, un objet le pénétrant (balle, lame, etc.).

Un système loin de l’équilibre est perpétuellement actif pour se préserver, comme un homme en équilibre sur deux pieds d’une chaise tente de modifier perpétuellement son centre de gravité pour conserver l’équilibre.

Cette activité perpétuelle expérimente des solutions différentes qui, si elles se révèlent efficaces pour perpétuer cet équilibre, sont conservées, ainsi procède l’enthalpie.  

Pour produire de l'enthalpie, pour que la matière s’auto-organise, il est nécessaire:


- de multiplier les possibilités,

- de soumettre ces possibilités aux nécessités existantes dans l’ensemble observé.


On entend par possibilités toutes combinaisons survenues  à l’instant T1 plus complexes qu’a l’instant T0, c'est la flèche du temps . La complexité d’une combinaison pouvant être mesurée par le nombre de bits nécessaire pour la décrire.

L’ensemble observé est celui ou les éléments le composant possèdent une probabilité supérieure à 0 d’échanger de l’énergie. Cette probabilité ou chaos est également appelé mouvement brownien lorsqu’il décrit les échanges d’énergie affectant les molécules composant un état de la matière, gaz, liquide, solide. 


Les possibilités se multiplient grâce au temps, à la fréquence des interactions (échange d’énergie) entre éléments composant l’ensemble observé mais également à la diversité des éléments (possibilités primitives) composant cet ensemble, la diversité étant un facteur d’accroissement des possibilités de combinaisons.


La nécessité est une force entropique (de désagrégation) qui transforme certaines possibilités  en impossibilités par leur non-viabilité.

Le non-viable étant une impossibilité de perdurer  dans un milieu donné, une intolérance.

Un non-viable dans un milieu peut devenir viable dans un autre et vice-versa.


Ainsi tous systèmes loin de l’équilibre (systèmes complexes) sont soumis.


1- à la flèche du temps dont la définition est que l'état E1 d'un ensemble quelconque à T+1 est différent de l’état E0 de cet ensemble à T0 et que E1 ne peut revenir à E0. E0 et E1 sont les descriptions exhaustives des ensembles considérés (ethnométhodologie)


2-  au chaos, (probabilité d’interaction entre éléments),


3- à une tendance enthalpique vers l’auto-complexification et en conséquence un déséquilibre accru,


4- à une tendance entropique vers la désagrégation et en conséquence un équilibre accru.


Plus le système est complexe plus ces quatres forces sont tendues.


On peut dire également que l’enthalpie produit:

- de l’ordre (par ordonnancement),

- de l’information, (nécessaire à décrire l’ordre),

- de l’énergie potentielle, (non dissipée, par ordonnancement)

- de la différence (bio-diversité).


  Et l’entropie produit:

- du désordre (non-ordre, par désagrégation),

- de la non-information,

- de l’énergie dissipée (résultat de la désagrégation)

- de la conformité (poussière tu retourneras poussière).


En outre, les processus enthalpiques, procédant par expérimentations d’un très grand nombre de combinaisons dues au hasard, ne peuvent permettre de déterminations prévisibles. Chaque rencontre-échange  entre éléments étant elle même un phénomène complexe indéterminé notamment du à des phénomènes de résonance, aucun modèle mathématique déterministe réversible, non probabiliste ne peut rendre compte de la trajectoire de chacun de ces éléments. L’ensemble du système, hors de l’équilibre, est soumis à « l’effet papillon, (un papillon s’envole aux antipodes et le temps se modifie chez nous) », c’est à dire qu’une petite action sur le système peut produire de grands effets. 

 

Les sociétés humaines.


Les sociétés humaines sont des systèmes complexes, chaotiques, composées d’un très grand nombre d’éléments et loin de l’équilibre. Il est, par conséquent  vraisemblable, que ces systèmes soient soumis à la flèche du temps, au chaos, aux  tendances enthalpiques et anthropiques.


Comment mesurer l’enthalpie et l’entropie d’une société humaine?


Nous avons vu que l’enthalpie est synonyme de complexification, de diversité et de production de potentiel d’énergie. L’entropie, l’inverse, est synonyme de simplicité,  de conformité de l’ensemble du système et de tendance vers l’état de plus faible niveau possible d’énergie potentielle.


Le résultat, visible et mesurable du niveau de complexité d’organisation des sociétés humaines est la production de marchandises évaluées par leur diversité, (nombre de bits nécessaires pour les dénombrer), leur complexité (nombre de bits nécessaires pour les décrire) et le nombre d’intervenants dans leur production, en quelque sorte le niveau de technologie mise en œuvre. 


La capacité de production de marchandises en terme de quantité et de complexité est-elle dissociable de valeurs humanistes supposées être élevées, telle que le niveau d’éducation, de santé, de libertés individuelles? 

 

Questions.


- La marchandise complexe peut-elle être inventée et produite sans un niveau éducatif élevé ?


- La marchandise complexe peut elle être inventée, produite et consommée sans un niveau de santé élevé ?

Par ailleurs un grand nombre de produits de santé, parmi les plus complexes sont des marchandises (scanners, RMN, microscopes électroniques, ordinateurs, etc ..)


- La marchandise complexe peut elle être inventée, produite, consommée, sans les  libertés individuelles nécessaires à l’accomplissement de ces processus, notamment celui d’entreprendre une innovation de la réaliser de la posséder, d’en vivre  et la consommer ?


La monnaie représente des parts de marchandise, dans l’économie réelle. La complexité sociale, si elle est mesurable par la quantité de marchandises produites et consommées, peut donc être également mesurable par la quantité de monnaie échangée, (toujours dans l’économie réelle).


La complexité sociale, c’est à dire la complexité des marchandises complexes produites a également pour corollaire la quantité d’informations échangées par les individus. Plus une marchandise est complexe, plus le nombre d’intervenants est grand. Par exemple les pièces nécessaires à la construction d’une automobile sont produites pour PSA par 5000 entreprises sous-traitantes, chacune de ces entreprises peut posséder 100 à 200 fournisseurs, qui eux même en possèdent plusieurs centaines, ect... Plusieurs millions d’individus interviennent dans la fabrication d’une automobile. Ces individus communiquent, plan, prix, commandes, factures, achat, vente. Le niveau de complexité d’un groupe social est également et aisément mesurable par la quantité d’information (mesurée en nombre de bits) échangé à l’intérieur de ce groupe (ethnométhodologie).


On voit également, qu’échanger de la monnaie et de l’information suit le même processus.


Les flux d’échanges de monnaie et d’information sont donc les flux d’échange d’énergie d’un corps social complexe donné. Le chaos social, vu comme probabilité d’échange de « monaie-information »  entre individus régit donc la probabilité de complexification, ou enthalpie de la société.  Cette probabilité, comme nous l’avons vu plus haut est également soumise à la pression entropique de sa viabilité dans un milieu donné qui peut être plus ou moins tolérant.

La prévisibilité d’un tel système est impossible (donc inutile), comme peuvent le démontrer la non-prévision par les plus fins experts de la fin de l’URSS ou de l’effondrement des USA.  L’action sur un tel système, non prévisible, soumis à la loi «du  papillon » est susceptible aussi de produire une quantité d’effets non-prévus et non-souhaités. Au cours de l’histoire, il est observable que les grands desseins n’ont jamais  abouti aux buts souhaités.


Dans le cadre des sociétés humaines, comme dans le cadre d’autres systèmes complexes, possibilité c’est à dire liberté,  et viabilité c’est à dire tolérance sont les moteurs de la complexification sociale c’est à dire de l’efficacité économique, indissociable des plus hautes valeurs humanistes.


De multiples systèmes d’organisation sociale ont été expérimentés par les hommes depuis leur apparition dans la biosphère et beaucoup d’autres le seront. L’histoire nous raconte des empires qui s’écroulent, des civilisations qui perdurent des milliers d’années avant de disparaître, d’autres qui traversent le temps comme des feux follets. Certaines explosent, comme la civilisation dite « occidentale » d’autres implosent comme l’Empire romain chrétien, ou l’URSS et maintenant les USA.


La sclérose  s’oppose à la dynamique sociale. Dans les sociétés sclérosées, en cours d’entropie,  la « pensée unique » et l’ordre moral limitant les possibilités (comme la haine de l'argent et de la marchandise instituée par l'église catholique) précède toujours « l’horreur économique », puis l’état de plus faible niveau d’énergie, et la disparition suit.

Les sociétés dynamiques sont fortement monétarisées et l’échange d’information y est grand, les sociétés sclérosées sont démonétarisées, la marchandise y joue un rôle secondaire, l’information ne circule pas.

 

Le capital n'est pas l'argent.


Aujourd'hui l'ordre social fondé sur la marchandise à vécu dans le monde occidental car le capital n'est plus l'argent / marchandise comme au 19ème siècle  et pour accumuler ce capital, non seulement il n'est plus nécessaire de fabriquer et consommer des marchandises mais cela devient un handicap.

La marchandise a subi une baisse radicale de son taux de profit et sa fabrication est abandonnée aux sociétés dont le niveau social est faible comme la Chine.

L'accumulation du capital se réalise maintenant par spéculation et prédation sur les peuples par la dette et le vol des richesses naturelles, nul n'est besoin pour cette activité de la société dynamique libérale décrite plus haut. Ce monde occidental s'impérialise et l'entropie y devient la tendance la plus forte. L'argent est mort déjà ! et la pauvreté gette les occidentaux.


De la thermodynamique à la dynamique sociale, les lois de la nature soumises à la flèche du temps, nous indiquent un modèle ou la posture humaine qui semble la plus socialement efficace est  l’organisation de la liberté et de la tolérance, malheureusement c'est aujourd'hui une société totalitaire entropique qui est notre présent et avec, le froid et la mort. 


Entropie:
À la sueur de ton visage, tu mangeras du pain jusqu'à ce que tu retournes au sol, car c'est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras " (Genèse 3:19)

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Published by Alain Benajam - dans Idées
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