« Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir […] Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comme la liberté sert à se le procurer […] Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur » (Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, livre II).
Le terme, provenant de liberté puis de libéral, est attesté pour la première fois en 1823. Il est né suite aux combats révolutionnaires aux Etats Unis et en France, mais aussi avec l’avènement de la démocratie en Angleterre qui la première accordait à l’individu la responsabilité de lui-même, (Habeas corpus)
Alexis de Tocqueville écrira notamment ces lignes « La toute puissance me semble en soi une chose mauvaise et dangereuse […] Il n’y a donc pas sur la terre, d’autorité si respectable en elle-même ou revêtue d’un droit si sacré, que je voulusse laisser agir sans contrôle et dominer sans obstacle. Lors donc que je vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance quelconque, qu’on l’appelle « peuple » ou « roi », « démocratie » ou « aristocratie », qu’on l’exerce dans une monarchie ou dans une république, je dis là est le germe de la tyrannie. ».
Dans les deux cas, ulra-libéralisme et étatisme freinent les libertés individuelles, et se doivent d’établir un ordre moral pour se justifier et subsister.
Le combat libéral à revêtu des formes diverses selon les époques et les sociétés, combattant tout despotisme existant ou potentiel : absolutisme, autocratie, césarisme, corporatisme, dirigisme, étatisme, religion, collectivisme, socialisme, pan-capitalisme.
Le combat libéral ne se fonde pas sur une doctrine dogmatique ni même un dessein, il ne définit pas d’ennemi à priori, il s’adapte au jour le jour en dénonçant les adversaires des libertés individuelles. Associés aux socialistes un jour, adversaire un autre jour. Défenseur de la libre entreprise comme adversaire du financiarisme et des monopoles capitalistes.
Les libéraux n’ont d’autre projet social que de vouloir assurer le maximum de libertés pour un maximum d’individus.
Un courant libéral moderne et de tradition française pourrait se définir « libéral républicain ».
Pour les libéraux la République ne s’arrête pas aux institutions législatives formelles elle se perpétue dans la vie associative et syndicale, dans l’action que peut mener chacun, groupes ou individus, pour faire entendre leur voix et défendre leurs intérêts.