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"Seuls les plus petits secrets ont besoin d'être protégés. Les plus gros sont gardés par la crédulité publique."

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27 février 2007 2 27 /02 /février /2007 12:46

L’Etat

 

Du latin « status » puis « estate  (1213) et estat (1370)», action de se tenir. Le sens spécialisé que nous lui donnons dans ce propos n’apparaît en Europe occidentale que depuis la fin du 14ème siècle pour désigner un groupement humain soumis à une autorité, puis (1549) l’autorité souveraine qui s’exerce sur l’ensemble d’un peuple, d’un territoire.

L’Etat est une forme d’organisation sociale humaine dont le but est de garantir l’exercice du pouvoir d’un homme ou d’un groupe d’homme, organisé ou non en hiérarchie, sur un autre groupe d’homme, les sujets.

Pour établir les lois du pouvoir, l’Etat possède un système législatif  trouvant sa légitimité dans une idéologie et, ou, une religion. Idéologie et religion ayant le même sens dans ce propos. Marx appelle superstructure de l’Etat cette idéologie,  moyen de cohésion social et d’acceptation du pouvoir par ceux qui le subissent.

 

L’Etat et la religion sont des concepts fortement associés. L’Etat et la République sont des concepts fortement dissociés.

Pour faire respecter ses lois, l’Etat possède un exécutif c’est à dire  des moyens de surveillance (police), de contrôle (justice) et de coercition (armée, police, prison), chargés de faire appliquer les lois et d’infliger les punitions aux contrevenants.

L’exécutif est dirigé par un gouvernement qui est Le Pouvoir.

Exécutif et législatifs sont toujours étroitement liés.  Le système législatif est, le plus souvent au service de l’exécutif . 

 

Le rôle de l’Etat ne peut être valide que partiellement dans l’activité humaine, sociale ou individuelle, laissant ainsi plus ou moins d’autonomie au sujet ou de place à la République. Par exemple les activités économiques, artistiques et intellectuelles peuvent échapper en partie à l’Etat.

 

Quand la totalité des activités humaines économiques, sociales et individuelle est placée sous le contrôle de l’Etat, celui-ci est devenu totalitaire.

Historique:

Si l’ensemble de l’humanité est maintenant régi par des Etats, ce ne fut pas toujours le cas. Il est encore possible d’observer des formes d’organisation humaine sans Etat et imaginer ce que fut la vie des hommes avant que celui-ci n’apparaisse. Ces formes sociales  sont en effet observables chez des peuples dits primitifs organisés en tribus. Il en existe encore sur tous les continents sauf en Europe.

 

L’organisation tribale observable est caractéristique, à contrario de celle de l’Etat.

 

Il n’existe pas de lois définies, écrites et répertoriées obligatoirement applicables sous peine de coercition. Les lois sont des « allant de soit » , qui ne sont descriptibles que dans le système idéologique, en fait la religion , de la tribu concernée. Aucun membre particulier de cette tribu ne possède le pouvoir de modifier ces lois, il n’existe pas de fonction législative propre à certains individus comme dans les structures étatiques.

 

Il n’existe pas non plus de pouvoir coercitif s’appliquant hors de la volonté d’une partie de la société et qui le subit. Dans cette forme de société, la loi est librement acceptée par tous et le pouvoir partagé. S’il existe une fonction militaire spécialisée, l’accession à cette fonction n’est que sexuelle, l’ensemble des hommes valides forme les guerriers, elle  n’est pas permanente et ne s’applique qu’en cas de confrontation avec l’extérieur, elle ne s’applique pas sur la propre  tribu de ces guerriers. La seule fonction spécialisée permanente outre celle existant entre homme et femme est la fonction religieuse  du chaman.

 

Il n’existe pas de propriété privée autre que celle des outils couramment utilisés.

 

Les premières formes d’état sont apparues environ 3 millénaires avant J.C., dans les régions proches de la Méditerranée orientale en Inde et en Chine.

 

F. Engels tente une description historique de l’apparition de l’Etat dans son livre : « l’Origine de la Famille, de la Propriété Privée et de l’Etat ». Fustel de Coulange, dans son ouvrage : « La Cité Antique » décrit également d’une façon intéressante les évolutions idéologiques et religieuses qui ont accompagné l’apparition des états dans la Grèce antique.

 

Selon ces auteurs, l’Etat, instrument de pouvoir, s’est formé pour garantir la propriété des excédents produits, non consommés par leurs propriétaires, pour eux même,  mais également pour leurs descendants héritiers. En cela, les premières lois et mesures coercitives ont été prises dans les familles (familliae, domaines) contre les femmes pour garantir l’exclusivité sexuelle de leur époux et s’assurer ainsi de leurs descendances.

L’Etat, instrument de pouvoir, s’est également formé pour garder et faire travailler les esclaves prisonniers provenant des guerres tribales. Les premiers « état-famille », formés du maître, de sa femme, de ses enfants et de ses esclaves possédaient  chacun leur propre idéologie fondée sur le culte de l’ancêtre fondateur. Cette idéologie fut rapidement transformée en religion explicite et très précisément décrite, du « foyer »,  feux entretenu dans la « familia » représentant l’ancêtre. Par la suite plusieurs de ces « familiae » se sont fédérées en «cité-état » possédant de la même façon une idéologie très structurée propre, marquée par le culte d’un ancêtre fondateur.

Le monde antique méditerranéen et le monde chinois ont formé des états vastes de très forte cohérence, avec des systèmes législatifs et exécutifs extrêmement élaborés dont seules des structures étatiques récentes peuvent rivaliser en totalitarisme et en  puissance.

 

L’état antique chinois a perduré pendant 5000 ans quasiment dans les mêmes formes jusqu’au début du 20 ème siècle. L’état antique romain, méditerranéen, fut balayé par les tribus germaniques dans sa partie occidentale et perdura dans sa partie orientale.

 

En occident chrétien, latin, la mise en place de structures étatiques est tardive.

Les tribus germaniques démantelèrent l’Etat romain à partir du 5ème siècle. Aucune forme d’état semblable ne le remplaça avant le 18ème siècle avec l’apparition en Europe des Etats-nation. Le système féodal proche des structures tribales germaniques ne forma  pas d’état ni au sens antique ni au sens moderne du terme.

L’entreprise capitaliste put naître au 13ème siècle, en toute liberté en dehors de structures de contraintes contrôlées par des états structurés comme s’était le cas à la même époque dans les autres types de civilisations avancées, asiatiques, musulmanes et byzantines.

 

Cette quasi-absence d’état permit, au moyen âge occidental, dès le 12ème siècle, l’amorce d’un foudroyant essor des forces productives, puis l’imposition du système marchand capitaliste avec le mode de vie occidentale à l’ensemble de la planète, plusieurs siècles plus tard. 

 

A la « Renaissance », les royautés occidentales, porteuses de projets étatiques, s’opposèrent vivement à la fois aux bourgeois, à la noblesse et aux paysans. En Italie ou le pouvoir de la noblesse d’origine germanique était le plus faible, apparaissaient des républiques bourgeoises, véritables prototypes d’états modernes, les richesses accumulés par les hommes d’affaires de ces micros états (Florence, Venise) dépassèrent largement celles des structures féodales environnantes. Cependant, les pouvoirs royaux finirent par s’établir et s’organiser par la mise en œuvre d’amorce d’états. En France, l’existence d’un véritable Etat est due à Louis 14, après une très longue gestation commencée par Charles 5 et ses « marmousets ». Ceci permit la formation dans les esprits « des lumières » de l’idée d’Etat-nation. A partir de ce moment, en Europe, mais en premier lieu en Angleterre, la bourgeoisie capitaliste eut un réel besoin du pouvoir politique afin de permettre l’essor des affaires sans les contraintes féodales morcelantes. Du 17ème siècle  au 19ème la bourgeoisie capitaliste s’assura du pouvoir, dans l’ensemble des pays d’Europe, les Etats modernes capitalistes naquirent. Ceux-ci, basés sur la liberté donnée à chacun d’entreprendre favorisèrent la 2ème révolution industrielle. Cet accès tardif de l’occident au pouvoir de l’Etat, a contrario des autres civilisations avancées, (Islam, Chine), permit un prodigieux essor des forces productives par une certaine  liberté de l’entreprise, mais aussi une réelle méfiance à l’égard de l’Etat et la volonté d’existence de contre pouvoirs ce qui n’est toujours pas le cas dans les mondes chinois et islamiques.

 Comme le pouvoir en général dont il est une forme d’organisation, exercer le pouvoir de l’Etat est agréable, le subir ne l’est pas.

Les libertés individuelles sont inversement proportionnelles à la puissance de l’Etat. Dans un Etat totalitaire il n’existe aucunes libertés individuelles.

 

La puissance de l’Etat, s’opposant à la liberté des citoyens, subit une résistance. Cette opposition si elle est organisée forme des contre-pouvoirs. Sans contre-pouvoir tous les Etats tendent naturellement vers le totalitarisme.

L’Etat et le gouvernement qui le dirige sont toujours conservateurs, car le rôle de l’Etat est la conservation de ses institutions et de l’organisation sociale. Un Etat ou un gouvernement révolutionnaire ou de gauche est une vue de l’esprit, qui n’a jamais  put exister longtemps.  L’histoire ne montre aucun exemple de révolution ou de progrès social accomplis par un gouvernement d’un Etat sans que la masse des citoyens révoltés l’ai fermement réclamé et obtenu.

En fait la puissance de l’Etat peut s’appliquer quantitativement et celle-ci peut être en partie démantelée. Le démantèlement de l’Etat  peut et doit être une tendance politique à laquelle tous citoyens épris de liberté doivent s’attacher.

L’établissement de la République laïque, par l’anéantissement de sa superstructure idéologique, est le meilleur moyen de démantèlement de l’Etat.

Le « contrat social », établi entre les citoyens, dans leur diversité de situation, sans qu’aucune classe sociale n’érige de dictature, n’est déjà plus l’Etat. Il représente une poste modernité dont le schéma est le réseau et non la pyramide, le relationnel et non le pouvoir, la démocratie directe et non représentative. Ce type d’organisation de l’humanité ne peut être rendue possible que par la troisième révolution industrielle en cours, la révolution informationnelle. L’organisation sociale suit l’évolution des modes de production et non l’inverse.

 

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Published by Alain Benajam - dans Idées
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