« Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir […] Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comme la liberté sert à se le procurer […] Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur » (Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, livre II).
Les Idéologies
Conception du monde propre à un groupe social donné, à un « village » et véhiculé par des mots, un langage.
Les idéologies peuvent être séparées en deux formes. Les « allant de soit » implicites, par conséquent non formellement appris et les formes explicites qui sont en générale des religions ou des formes idéologiques obligatoires à caractère dogmatique.
Communément nous appelons idéologie une conception du monde qui n’est pas la notre. Notre propre conception du monde ne nous est pas visible, elle va de soit. Il est des idéologies comme des mythes. De la même façon, nous appelons langue de bois le langage d’idéologies allogènes.
Notre conception du monde naît de notre praxis (pratique) et est en interaction avec elle, en rapport dialectique. La conception du monde d’un ingénieur de chez IBM est différente de celle d’un membre d’une tribu amérindienne de la forêt amazonienne, comme celle d’un dirigeant d’entreprise privée, ne peut être celle d’un enseignant.
Le langage que nous utilisons reflète notre conception du monde. Comprendre le langage utilisé par des mathématiciens est difficile pour des boulangers et vice versa.
Le langage d’un village est le vecteur son idéologie. Son idéologie n’est descriptible que par son langage. L’indexicalité de son langage n’existe que par son idéologie.
Il y a autant de conception du monde, d’idéologies que de village . Il y a donc une infinitude d’idéologies. Des mathématiciens japonais, pratiquant le tennis et sortant au cinéma le samedi soir etc.
Le langage est une paléologie d’idéologies en obsolescence. Par exemple les mots prêtre, père, patron ont la même racine grecque « pater » qui veut dire prêtre. En Grèce antique le père (géniteur) possédait la pratique de prêtre des dieux familiaux et de patron du domaine. Notre société patriarcale est fortement marquée par ce mythe, qui est le fondement même des idéologies occidentales.
Idéologie est devenue un terme « valise » du langage politique ou en générale on lui donne le sens de dogme. L’idéologie dominante prétend ne pas se référer à une idéologie, ce qui est absurde mais marque en même temps l’influence des idées «cartésiennes » et «marxistes » qui elles se fondent sur l’absence de principes dogmatiques. Il est par contre curieux que l’idéologie dominante désigne particulièrement Descartes et Marx comme idéologues dogmatiques.
Le terme est au cœur du débat politique ou les différents sens évoqués sont parfaitement contraires.