« Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir […] Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comme la liberté sert à se le procurer […] Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur » (Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, livre II).
Nation
Terme emprunté au latin « natio » dérivé de « nasci » naître. Nation évoque d’abord un ensemble d’individus nés en même temps dans un même lieu. Dans l’empire romain chrétien le terme « natio » est attribué aux barbares non-chrétiens, il recoupe en partie le mot tribu.
Au moyen âge « naciuns » (1120-1165) signifie naissance dans le sens de «extraction, rang, famille », puis (1175) le terme renvois à une communauté d’origine de langue et de culture. Il peut évoquer plus tard (17 me siècle) une communauté d’intérêt, comme des marchands.
Le sens fort de nation qualifie la naissance dans une communauté donnée avec une connotation de coalition implicite.
Au 18ème siècle avec la Révolution française le terme évolue en accentuant le sens de coalition pour devenir une entité politique identifiée au tiers état (Sieyès) puis prend sa définition de « personne juridique constitué par l’ensemble des individus composant l’Etat » par arrêté du 23 juillet 1789. Pour Alain Rey, « la nation ne se confond pas avec l’Etat dans la mesure ou elle n’implique pas une institution juridique, où elle implique une idée de spontanéité et de volonté de vivre en commun ». Le terme ne peut se confondre également avec république, car l’idée de naissance qu’implique la nation est indépendante de la possibilité que possèdent tous groupes d’individus de constituer entre eux une république et ce, quelle que soient leur naissance.
La nation est un terme dont l’idée peut se rapprocher de celle de l’Etat, (on parle d’Etat-nations) en impliquant une obligation de soumission à un pouvoir politique donné en raison de son lieu de naissance. Le concept de nation ou d’Etat-nation est donc contradictoire avec le concept républicain qui lui conçoit une adhésion volontaire et explicite à une communauté qualifiée par un contrat social.
Une nation terme de signification mouvante et ambiguë serait donc un « village » dont la pratique constitutive essentielle serait l’usage d’une langue commune véhiculant un ensemble «d’allants de soit » qualifiés de culture. A ces deux aspects forts il est possible d’adjoindre une conscience, qui n’est pas obligatoirement une réalité, d’être les héritiers d’une histoire commune et donc de partager des mythes historiques, (nos ancêtres les Gaulois, Clovis, etc. ).
Avec la globalisation, les aspects culturels concernant les modes de vie s’estompent comme repères d’identification, seul la langue et dans une moindre mesure la religion sont susceptibles de marquer les appartenances. Ainsi on parle maintenant de nation arabe ou de nation slave, alors que les nations historiques pluriculturelles soviétique ou yougoslave ont disparues. De la même manière les Etats anglophones « blancs » ont entrepris une coalitions dense en constituant entre eux un réseau d’espionnage dirigé contre tous les autres pays et singulièrement contre la France, le réseau Echelon. La Turquie alliée aux anglophones ennemie des slaves tente également de constituer une nation turkophone allant des Balkans à l’Asie centrale. L’Espagne dépense avec un vif succès une énergie considérable pour étendre son influence en Amérique latine jusqu’au sud des USA, enfin émerge avec force une nouvelle culture franco- maghrébine, franco- africaine sur les deux rives de la Méditerranée ou l’usage du français s’impose.
Les nouvelles nations émergentes seront-elles les sources des conflits futurs comme leur précédentes ?
Turques contre Slaves? Balkan, Caucase. Anglos contres Hispaniques ? Amérique. Anglo alliés des Turques ? Balkans. Anglos contre Francos, Afrique.