Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

"Seuls les plus petits secrets ont besoin d'être protégés. Les plus gros sont gardés par la crédulité publique."

Recherche

7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 14:02

La foi, la raison et le doute.

 

 

La vérité fascine l’homme depuis qu’il pense, cette recherche de la vérité suit des processus divers, des arcannes tortueuses, peut se perdre dans des chemins obscurs et s’enliser. Au moment où les pouvoirs s’efforcent à faire prendre aux bas peuples du monde des vessies pour des lanternes il n’est pas inutile de s’interroger sur la meilleure méthode permettant de séparer le vrai du faux.

On peut définir plusieurs de ces chemins et en observer la validité. La foi, la raison et le doute font partie de ces voies que l’humanité explore pour tenter parvenir à La Vérité.

 

La  foi est une croyance totale et aveugle dans une vérité mythique transcendantale, la foi ne requiert pas de démonstration elle est construite avec des axiomes et des dogmes. Toute religion fonctionne sur une foi. Egalement tout ce qui est considéré comme vrai, a priori, sans démonstration peut être appelé foi.

La foi dans un mythe commun est vielle comme l’homo sapiens, elle permet de relier les hommes d’un même groupe (religion) et ainsi de les faire agir ensemble, notamment contre un autre groupe, ennemi car ne partageant pas la même foi.

Les grecs de l’époque classique se sont les premiers interrogés sur la foi et sa validité Aristote lui opposa la raison. La raison aristotélicienne fonctionne sur la logique pur, c'est-à-dire la tentative de démontrer une vérité par l’utilisation d’élément logiques, quasiment mathématiques comme par exemple  « Et », « Ou »,  « Egale », des inférences « j’ai vu un corbeau noir, tout les corbeaux sont noirs »  des syllogismes dont le plus connue est : « Tout homme est mortel, Socrate est un homme, Socrate est mortel ». Foi et raison serons depuis Aristote engagées dans une dualité souvent conflictuelle quand la raison pure contredit la foi, notamment dans la religion chrétienne créationniste : le monde fut créé tandis que la raison Aristotélicienne prétend que le monde est infini, donc n’a pu être créé. Cette dualité sera mise en évidence par les aristotéliciens arabes du 12ème siècles, Avicenne (Ibn Sinna ) et surtout Averroès (Ibn Rushd) qui donnera une philosophie supposée, l’Averroïsme. Celle-ci, recomposée par la scolastique parisienne du 13ème siècle en une sorte de d’agnosticisme sera fortement combattue par l’église qui va censurer l’Université de Paris en 1277, le déclin suivra.  

La raison, mythifiée au 13ème siècle puis au 18ème siècles avec les républicains et les Francs Maçons prend un R majuscule.  Elle atteint cependant  des limites comme outil permettant la description du monde. Elle utilise une rationalité simple voir simpliste, portant facilement à l’erreur grossière. Par exemple l’inférence : « j’ai vu un corbeau blanc, tous les corbeaux sont blancs ».  En effet cette Raison n’utilise pas l’expérimentation, elle est seulement une logique, un concept quasiment mathématique, enfin cette rationalité, comme tout autre est fortement liée culturellement au groupe qui l’utilise ici les européens, la Raison pure peut aisément se transformer en dogme quand elle prétend a l’universalité. Raison et foi s’accordent là parfaitement pour  prouver l’existence de Dieu comme le font Raymond Lulle au 13ème siècle et Descartes au 17ème. 

Ce qui va définitivement faire avancer l’humanité ce n’est pas seulement la raison, mais le doute, car seul  le doute engage l’expérimentation pour le lever.

La mécanique du doute intéresse déjà Aristote tout en n’étant pas le point central de sa philosophie. La théorisation du doute revient à Pierre Abélard au début du 12ème  siècle  qui écrit dans son ouvrage « Sic et Non » qui se traduit par « Le Pour et le Contre » :

 

« La première clef de la sagesse, c’est une interrogation continuelle, il n’est pas inutile de douter de chaque chose. En effet, qui doute conduit à chercher, qui cherche peut saisir la vérité ».

Puis le même Abélard dit dans son « Dialogue entre un Philosophe, un Juif et un Chrétien » :

 

« Quelle que soit l’objet de la discussion, la démonstration rationnelle a plus de poids que l’étalage des autorités ». 

 

Cinq siècles plus tard, c’est très long cinq siècles, Descartes reprendra les réflexions de Pierre Abélard et de la scolastique parisienne dans « Le Discours de la Méthode », ouvrage mi philosophique mi scientifique qui définit pleinement une méthode de recherche d’une vérité forcément en suspend puisqu’à la merci d’un doute. Cette méthode est basée sur l’expérimentation, la reproductibilité, elle est devenu le fondement de la pensée scientifique moderne.

Pourquoi invoquer aujourd’hui les penseurs d’autrefois? La pensée rationnelle n’a jamais été  une évidence naturelle pour l’homme, la foi dans un dogme est la pente douce de la paresse et du laisser aller rassurant. Suivre un chef, faire les mêmes gestes que les autres, ne pas se poser de questions se fondre dans la masse sont des attitudes de moindre effort. Ces penseurs ont pris des risques et marqués leur temps. Entre Aristote et Abélard il s’écoule environ 1500 ans entre Abélard et Descartes il s’écoule 500 ans, chacun en son temps connu les pires ennuis, Abélard n’eut la vie sauve plusieurs fois que grâce à la promptitude de ses fuites. Descartes du finir ses jours proscrit en Suède, loin de sa patrie ou il mourut de froid.

 Ces penseurs d’autrefois se sont donnés la main par dessus le temps, chacun améliorant la méthode précédente. Abélard au début du 12ème siècle enseignait la logique aristotélicienne mais en en privilégiant le doute, il fut le fondateur de la scolastique médiévale qui marqua une époque riche en révolution technologique et en progrès. La scolastique durement censurée par l’église sombra mais fut reprise 5 siècles plus tard par Descartes qui s’en inspira largement et la dépassa avec l’exposition de méthodes expérimentales.  Pourtant le cartésianisme ne cesse d’être aujourd’hui caricaturé, le doute cartésien, vidé de son sens laisse le champ libre aux diseurs de bonne aventure et charlatans de tous poils.

Maintenant la télévision sert chaque soir son sermon de terreur et nous exhorte à la foi ! L’ombre d’Al Qaïda plane sur nos tête, il nous est ordonné de  trembler et surtout de resserrez les rangs. Il y a tout à voir mais rien à comprendre, ayez foi dans vos chefs nous dit-on, ils  pourront peut être vous sauver si seulement vous leur laissez les pleins pouvoirs! Alors pour avoir un libre arbitre, pour rester un individu, conserver son âme et son corps, son  « habeas corpus », il n’est d’autre posture que le doute. 

Ce doute est profondément humain puisqu’il permet le progrès car provoque la recherche d’un savoir supérieur et de méthodes plus efficaces.

 

La raison est bien de n’avoir foi que dans le doute !

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Alain Benajam - dans Edito
commenter cet article

commentaires