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"Seuls les plus petits secrets ont besoin d'être protégés. Les plus gros sont gardés par la crédulité publique."

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14 avril 2007 6 14 /04 /avril /2007 12:25

Un nouvel obscurantisme

 

Article écrit en 2003 pour le PRG, mais toujours d'actualité

 

Le développement de la critique de la technologie, de l’économie et de la liberté accompagne un déclin aujourd’hui de plus en plus perceptible.

L’arrêt de la conquête spatiale, l’écroulement des valeurs boursières, le renchérissement de l’or annoncent ce déclin. Comme l’année 1277 qui, avec l’interdiction par l’Eglise d’un grand nombre d’enseignements dispensés par l’Université de Paris, avait  marqué l’écroulement dramatique de la France de la fin du13ème siècle, l’Histoire retiendra de cette année 2003 l'arrêt définitif du Concorde et son non remplacement, comme marquant le début de ce déclin. Pour la première fois dans l’humanité, l’homme se déplacera moins rapidement que précédemment.

La critique obscurantiste et quasi mystique de la technologie et des libertés individuelles accompagnant ce déclin est  malheureusement aujourd’hui surtout le fait de la gauche. Que l’on ne se trompe pas ! Ce déclin surtout perceptible en Europe et aux USA s’accompagnera évidement de chômage et de misère.

 

Les forces de liberté et de progrès se doivent urgemment de réfléchir et de se rassembler pour engager une bataille soutenue et argumentée contre ce nouvel obscurantisme.

   Parmi les nombreux thèmes chers à cette réaction d’un nouveau genre se trouve l’argumentation selon laquelle les OGM seraient néfastes.

 

Je rappellerais d'abord ma compétence : je suis biologiste ; j’ai participé activement aux travaux qui ont permis au Professeur Jean Dausset d’obtenir le prix Nobel de médecine en 1980.

Les OGM sont des organismes vivants, modifiés génétiquement volontairement par l’homme ; on peut appeler les OGM, des mutants génétiques.

 

 

Les mutations génétiques.

 

 

Une mutation génétique est une modification du génome, en fait de l’identité d’un être vivant. Les mutations interviennent perpétuellement et naturellement ; elles affectent l’ensemble du vivant. Ces mutations naturelles sont dues le plus souvent à une énergie rayonnante (électromagnétique), venant frapper un atome de la molécule d’ADN siège de l’identité du vivant, modifiant ainsi sa séquence donc sa nature. Ces énergies rayonnantes qui nous environnent sont des rayons X cosmiques à haute énergie, mais également des rayonnements béta ou gamma provenant de la radioactivité naturelle.

Ces mutations naturelles sont transmises aux descendants du mutant, créant ainsi une nouvelle variété ou espèce vivante. Les mutations génétiques sont à l’origine du polymorphisme du vivant.

 

La sélection naturelle.

 

Depuis Darwin, nous savons comment le vivant s’est complexifié depuis l’être mono cellulaire de type microbien jusqu'à l’homme moderne.

Cette complexification s’est faite par sélection naturelle. La sélection naturelle est l’abandon par la nature, donc l’extinction sans descendance, de variétés vivantes précédemment apparues par mutation. Cette extinction, cette inaptitude à créer une descendance est due à l’environnement, à l’écosystème, à l’ensemble des conditions de vie faites à cette nouvelle espèce ne lui permettant pas de perdurer.

A contrario, d’autres mutations apportant un élément plus favorable à la survie en milieu hostile permettent une pérennité accrue pour cette espèce mutante.

Nous voyons donc qu’entre mutation et élimination par inadaptation, le vivant multiplie les espèces en les complexifiant.

Chaque apparition d’une nouvelle espèce modifie bien évidemment l’écosystème, et donc les conditions d’apparition d’autres espèces car la pérennité d’une espèce nouvelle est entièrement due à cet écosystème.

 

La sélection de nouvelles espèces par l’homme.

 

Il y a environ 10000 ans, l’homme a inventé l’agriculture et l’élevage. Cette invention allait de pair avec l’invention de techniques de manipulation génétique.

En effet, en créant des champs et des enclos, qu'a fait l’homme ? 

Il a créé des écosystèmes non naturels permettant à certaines espèces mutantes de perdurer, soit en les protégeant contre un prédateur, soit en leur apportant des éléments plus difficiles à trouver dans la nature, par exemple de l’eau en irriguant, et de l’engrais par la fumure des animaux d’élevage.

A chaque cycle de naissance d’une espèce jugée utile, l’homme va sélectionner les mutants qu’il juge plus favorables pour sa consommation, et leur étudier un écosystème adéquat dans lequel il s’intègre lui-même et sans lequel cette nouvelle espèce serait impitoyablement éliminée.

 

Depuis 10000 ans, l’homme fabrique donc de nouvelles espèces en fabriquant des environnements, espèces qui disparaîtraient sans son intervention. Le Yorkshire à sa mémère ne survivrait pas longtemps dans les bois, à la différence de son ancêtre le loup.

Gageons que si José BOVE avait vécu il y a 10000 ans dans le croissant fertile où l’agriculture fut inventée, il aurait arraché les premiers plants de blé cultivés en champ.

 

4 - Les OGM.

 

Toute espèce vivante est un Organisme Génétiquement Modifié, car provenant d’une mutation. Toute apparition de ces mutants ou OGM a toujours modifié l’environnement, depuis le microbe et l’amibe.

La différence entre la sélection d’espèces par l’environnement ou par l’homme et les OGM tient à peu de choses.

Dans le premier cas, on attend la mutation favorable et on la sélectionne, dans le deuxième on réalise la mutation favorable. Le résultat de ces deux techniques est strictement similaire : une nouvelle espèce apparaît.

L’obscurantisme prétend que cette nouvelle variété serait monstrueuse, échapperait au contrôle humain et induirait des effets non attendus.

La technique de fabrication des OGM consiste à introduire dans le génome d’une espèce, en fait dans la séquence informative de l’ADN, une séquence provenant d’une autre espèce possédant une aptitude favorable, comme la résistance à certains prédateurs.

La nouvelle capacité introduite est « naturelle » car déjà existante ; on peut alors considérer cet OGM comme semi-mutant, car ne possédant pas des propriétés physicochimiques inconnues dans la nature comme pourrait le faire une véritable mutation.

On peut également rappeler que le polymorphisme du vivant est quasi infini, et que le nombre de molécules chimiques produites est innombrable ainsi que les effets sur l’homme et sur l’environnement.

La production de maïs transgénique possédant une capacité de résistance naturelle à certains insectes ne peut avoir de répercussion défavorable sur l’écosystème différente et supérieure à celle d’autres variétés cultivées, arrosées perpétuellement d’insecticides chimiques non sélectifs.

 

On peut s’interroger sur les raisons qui conduisent les promoteurs de cette fable sur les OGM, et sur celles des politiciens de gauche qui leurs emboîtent le pas pensant en tirer un profit politique.

Le développement des technologies a toujours eu dans l’Histoire des adversaires, et toutes les grandes civilisations, surtout à l’heure de leur  déclin, ont dû faire face à ce genre de réaction : depuis la Grèce antique jusqu’à la fin du 13ème siècle, où l’Eglise porta un coup décisif à la pensée rationnelle et au développement économique.

L’Occident ne s’en remettra qu’à la fin du 18ème siècle.

Le débat sur les limites supposées de la technologie est donc une constante récurrente dans l'histoire humaine.

Les forces obscurantistes  mettent toujours en avant une éthique dont l’élément central est le non dérangement d’une nature mythifiée ou déifiée, ce qui est identique.

La terreur face à l’ordre imperturbable et impénétrable des choses est depuis toujours l’apanage du dogmatisme religieux.

L’affaissement des religions traditionnelles donne le champ libre à d’autres, émergentes, où comme pour les croyances du passé, le pouvoir sur les crédules est l’élément moteur. Comme dans toutes les religions, il y a les prophètes et les organisateurs de pouvoir.

Les prophètes se trouvent facilement : il y a toujours quelques individus pour raconter des sornettes et il se peut que l’un d’entre eux émerge sur le lot par le nombre croissant de ses adeptes.

A partir du moment où les politiciens pensent pouvoir exploiter telle où telle idée sectaire, celle-ci passe comme par miracle du statut de secte décriée à celle de religion officiellement établie.

Ce fut le cas pour le christianisme repris par le pouvoir romain, ce ne fut malheureusement pas le cas pour le manichéisme  au 6ème siècle, rapidement balayé par l’Islam.

Il en va de même pour "la religion" de M BOVE : elle aurait pu rester à l’état de secte, mais les politiciens de gauche en mal de repères après le désastre et l'échec du socialisme pensent en tirer parti.

La droite aurait pu le faire tout aussi bien : nos politiciens de gauche auraient alors trouvé toutes les ressources argumentaires possibles pour fustiger cet obscurantisme qu'ils sont maintenant en train d'endosser...

 

         Il est également légitime de se poser des questions sur les motivations de M. BOVE : son action tend à retarder la recherche dans ce secteur déterminant pour notre économie qu'est l'agro-alimentaire ; c’est ainsi une chance inespérée pour nos concurrents d’outre-Atlantique.

 

La gauche fait donc une grave erreur en se lançant à corps perdu dans cette affaire d’OGM ; elle est totalement à contre-emploi en soutenant le pire des obscurantismes, le pire car celui-ci fait mal, mal à l’environnement par l’utilisation massive d’insecticides, mal à l’économie et à l’emploi en retardant une activité économique importante, mal à l’idée de progrès qui permit d’améliorer toujours les  conditions de vie des humains.

 

 

Alain Benajam

Août 2003

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Published by Alain Benajam - dans Edito
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