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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 16:47

  L'être, l'avoir, l'instruction, la liberté et la république.

 


 

Tout est dans tout dirait Zarathoustra l'être est dans l'avoir et l'avoir dans l'être, mais pas seulement....

 

 

En langage philosophique l’Être se défini comme étant « la nature intime de l'homme » c'est ce sens que je lui donnerai dans cet article. Cette nature intime séparerait ainsi l'humain de l'animal.


Toute réflexion politique ne peut être valide qu’à partir d’une définition de l’Être car c'est pour lui que la politique existe.


 descartesLa  définition de l’Être nous rapporte à la phrase de Descartes « Je pense donc je suis ». Le « cogito »  de Descartes définirait ainsi l’Être. Cependant cette définition si pertinente soit elle est insuffisante, elle est à préciser, surtout dans le caractère social qui est le fondement de l’Être.

Puis il faudrait supposer que les animaux ne pensent pas, supposition valide au temps de Descartes mais mise en doute aujourd'hui par nombre de travaux sur le comportement animal, l’éthologie.


Ce « cogito » ne peut être envisagé que dans son contexte historique mais malheureusement pour Descartes il ne peut plus nous satisfaire l'esprit aujourd'hui car il demeure incomplet.

Néanmoins suivre Descartes dans sa Méthode est une approche valide pour obtenir une réponse à une interrogation. Formulons comme lui le problème à la base en partant du plus simple au plus complexe, nous lui rendrons ainsi hommage. 


Il est aisé notamment de définir l’Être par le non Être . Le non-être définirait, l’Être a contrario.


Si, tel un Dieu démiurge, nous étions investis d’un pouvoir surnaturel nous permettant d’agir sur les êtres à volonté et nous placions un humain, comme vous et moi, nu, au milieu d’une forêt si profonde qu’il ne pourrait en sortir. Même pensant, notre Être ne pourrait survivre bien longtemps à ces conditions.


Cette première réflexion permet déjà d’associer à l’Être les objets nécessaires à sa survie, son existence.même.

En conséquence la possession des objets nécessaires à l’Être pour ne simplement qu'exister, donne à cette possession un caractère non seulement indissociable à l'être mais semble même devenir ontologique.


L'ontologie* de l'avoir.


L'avoir est à l’origine de l'être car il permit son existence par la sortie de l'humanoïde du règne animal pour atteindre l'humain, c'est à dire l'homo sapiens sapiens actuel.


Homo habilis.

 

homo habilis 003En effet l'humain se différencie de l'humanoïde simiesque par son habilité manuelle et sa station debout L'homo habilis est le premier humanoïde, apparu il y a environ 2,5 million d'années dont les aires d'habitat comportent des outils de pierre grossièrement taillées. L'étude de son bassin montre qu'il utilisait encore ses membres supérieurs pour se déplacer, mais sa main déjà habile lui permettait de se confectionner des outils propres à améliorer son existence. La confection et la possession de ces précieux outils vont induire une évolution physique notable, la position debout afin de mieux dégager et utiliser ses organes de préhension et possession.


L'homo habilis est certainement le premier l'humanoïde encore simiesque qui a dit : « ceci est à moi. »

 

Homo erectus

Homo_erectus.JPGCette possession manuelle permit l'évolution vers l'homo erectus il y a un million d'années. L'usage intensif de la main permit le développement d'outils de plus en plus perfectionnés et cette habilité rendit le cerveau plus performant.


Mais voilà ce n'est pas simplement la main et son avoir qui permit au cerveau de se développer et à l’Être d'émerger du stade animal. On peut à ce stade revenir au « cogito » cartésien. Le perfectionnement sans cesse des outils ne serait pas possible sans la transmission du savoir car s'il ne fallait que l'expérience seule d'une vie pour perfectionner les outils et parvenir à notre monde de la marchandise industrielle, rien n'eut été possible.


L’être alors se dégagerait de l'avoir par sa capacité à instruire.

Serait-ce bien là l'ontologie suprême; l'instruction ?


L'instruction dont l'homo habilis encore simiesque fut forcément capable au vu de ses outils, reproduits de génération en génération, fut bien le facteur d'évolution. Ayant une vie courte notre homo habilis a été contraint de montrer à sa progéniture comment obtenir des éclats de silex. Il y a là une façon de faire que nul homme aujourd'hui ne pourrait posséder spontanément. Notre homo habilis a bien dû expliquer à d'autres homo habilis « comment faire » pour « avoir ».


En conséquence l'instruction nous parait fondamentalement ontologique elle est bien issue du « cogito » car on ne peut véritablement instruire à la réalisation d'une méthode sans conceptualiser une méthode d'instruction.


L'instruction est une description de la méthode à reproduire avec son ordre d'accomplissement.

L'instruction est une procédure:

- explicite, allogène, car extérieure au contexte, elle est donnée, elle vient d'ailleurs,

- mutante car affiliée, c'est une légère modification des procédures "allant de soit",

- si acceptée, comprise, reproduite, validée elle est réappropriée par le contexte comme "allant de soit".

Moins elle est exotique plus elle est simple, plus elle à de chances d'être reproduite et validée.

 Dans un contexte stable et fermé, il ne circule pas d'instructions.

(DESS d'ethnométhodologie Alain Benajam 1995)



L'instruction comporte donc une partie explicite, l'apprentissage même de la méthode utilisant tous moyens de transmissions d'informations procédures, du professeur à l’apprenti. Ces moyens sont le geste exemplaire et la parole soulignant ce geste. Ce geste pour être compris et assimilé doit forcément être décomposé, puis expliqué d’où conceptualisation de l'apprentissage.

Il est aisé de supposer que la parole soit survenue chez l’humanoïde pour expliciter l'exemplarité de l'instruction.


L'instruction appropriée avec l'ensemble des méthodes acquises notamment le langage et l'ensemble des concepts qu'il embarque devient un « allant de soi » contextuel. Le contexte devient ainsi de plus en plus important chez l'humanoïde lui fournissant l'ensemble des outils culturels pouvant faciliter l'instruction et la rendre plus complexe. Le langage puis le dessin vont devenir les outils généraux supports d'instructions diverses et variées.



L'être peut se définir maintenant par un rapport triadique (dialectique à trois entrées) entre:

  • l'avoir représenté par l’habilité à prendre et fabriquer, en langage philosophique la praxis,
  • l'être représenté par son cogito cartésien capable de concept et d'idéologie,
  • l'instruction de la méthode qui est un rapport descriptif parlé, écrit dessiné de l'ensemble précédent.

Cet ensemble n'est objectivé c'est à dire passe de l'inconnu au connu QUE par son dernier élément la description utilisant ou non des artefacts (supports conçus par l'homme pour rapporter).


Seul le rapport de cette instruction est transmis de génération en génération.

A partir du moment ou l'humanoïde fut capable d'instruire, la machine évolutive fut mise en route sans cesse. De l'homo habilis suivit par l'homo erectus , de l'homo erectus à l'homo sapiens et de l'homo sapiens (pensant) à l'homo sapiens sapiens, l'homme actuel.


A chaque découverte de squelettes montrant une évolution physique, station debout, boite crânienne plus volumineuse correspondait des outils leur ayant appartenu de plus en plus complexes et ayant forcément nécessité un apprentissage de plus en plus complexe, lui même nécessitant des outils intellectuels de conceptualisation de plus en plus complexes.



La liberté dernier danseur.


On conçoit aisément que la fabrication d'objets permettant la survie de l'humanoïde puis son évolution génétique par mutation vers l'humain est lié à sa capacité de produire des objets et d'en transmettre la méthode de fabrication à sa descendance pour que celle-ci puisse améliorer l'objet avec en main ou à l'esprit  les instructions pour réaliser cet objet.


On conçoit aisément que l'humanoïde puis l'humain dût être libre de posséder ces dits objets, d'en jouir à sa guise, dût être libre d'en instruire la fabrication à sa progéniture, puis à son clan, puis à sa tribu, puis à sa nation. Il dût être libre d'échanger ces objets contre d'autres. Les objets se complexifiant sans cesse on comprend que des humains se spécialisèrent dans la confection de tels ou tels objets et durent les échanger contre d'autres nécessaires à la vie.

Celui qui passait son temps à confectionner des outils ne pouvait rapporter de nourriture et celui qui rapportait de la nourriture ne pouvait passer son temps à produire des outils.

Avec le temps, la spécialisation devint extrême et l'échange nécessaire devint extrême. Les humains durent forcément être libre de posséder pour être, d'être instruit pour posséder et d'être intelligent pour instruire tout en ayant la liberté de posséder, d'être et d’instruire.


Nietzsche

Friedrich-Wilhelm-Nietzsche-1844-1900Tout ceci parfaitement et indubitablement lié faisant indissolublement partie de la même chose.


L'homme lui même.


La liberté, l'avoir, l'être, le cogito dansent toujours ensemble c'est un quadrille ainsi parla Zarathoustra (peut être).


Comment aujourd'hui certains humains possèdent la monstrueuse et suicidaire pensée de vouloir supprimer la liberté de l'avoir supprimant ainsi l'homme lui même.



Dans la libre course à l'avoir depuis l'homo habilis jusque nos jours il y eut explosion de l'humanité et dans le même temps l'extrême spécialisation des fonctions humaines.

L'homme trouva utile et intéressant d'asservir d'autres hommes à la production d'outils et de nourriture devenues marchandises. Il inventa l'état afin d'ériger des moyens de coercition pour contraindre et punir les asservis récalcitrants et des concepts sociaux permettant de perpétuer cet asservissement ; l'esclavagisme, la féodalité, le capitalisme.


Cette contrainte à la réalisation d'objets dont l'avoir était dévolu à d'autres, généra une réaction de défense des soumis et de leur part une idéologie de défiance à l'avoir vu immédiatement comme source de malheurs.


La liberté des uns s'opposait ainsi à la liberté des autres et ne pouvait engendrer que conflits.


Faut t-il alors supprimer toute liberté d'avoir afin de préserver l'homme à l'exploitation d'autres hommes.


Cette pensée est certainement aussi ancienne que l'exploitation. Les esclaves de Rome se rebellaient souvent et Spartacus est passé dans l'histoire.


La religion chrétienne voulant être fidèle à l'évangile fut longtemps hostile à l'avoir et ses excès.

« À vous maintenant, riches ! Pleurez et gémissez, à cause des malheurs qui viendront sur vous. Vos richesses sont pourries, et vos vêtements sont rongés par les teignes. Votre or et votre argent sont rouillés ; et leur rouille s'élèvera en témoignage contre vous, et dévorera vos chairs comme un feu. Vous avez amassé des trésors dans les derniers jours ! Voici, le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs, et dont vous les avez frustrés, crie, et les cris des moissonneurs sont parvenus jusqu'aux oreilles du Seigneur des armées ».Jacques 5 1-4.

 

Le moyen âge dans sa phase classique et terminale produira un grand nombre de révoltes et de sectes opposées farouchement à l'avoir vu comme anti-évangélique. Les Hussites propageant une parole communiste persistèrent en Tchéquie une bonne cinquantaine d'année avec un art de la guerre consommé.

A la fin du 18 ème siècle et au 19ème siècle naquirent nombre d'idéologies communistes voulant interdire l'avoir mais ne parvenant jamais à s'imposer. Au 20 ème siècle l'empire russe s'imposa une telle organisation limitant l'avoir en limitant la liberté d'avoir et la liberté tout court. Cette utopie appliquée par la contrainte dura quand même 70 ans.


Aujourd'hui subsistent encore ça et là quelques idées vouant l'avoir aux gémonies de l'être.

Nous avons vu pourtant que l'être, l'avoir, l'instruction et la liberté étaient indissociables et ontologiques. Comment donc assurer l'existence même de l'humain tout en restreignant son asservissement par d'autres.


La république et la loi.

 

Jean-Jacques Rousseau

rousseauLa liberté des uns s'arrête là ou commence celle des autres nous disait Rousseau. Ne pas permettre l'exploitation d'autrui tout en laissant la liberté de posséder et d'entreprendre est un défit on pourrait dire le dernier défit lancé à l'humanité.


La loi de la république doit imposer des règles librement consenties entre citoyens libres lui permettant son inexorable développement.


 

 

 

 

Interdire l'avoir ne serait possible qu'en plongeant l'humanité dans une effroyable société totalitaire vue par exemple au Cambodge sous le pouvoir Khmère rouge.


Interdire ou restreindre le développement de l'ensemble être, avoir, instruction, liberté serait une terrible utopie ne pouvant être limitée que dans le temps car l'humain reprendrait rapidement ses droits horrifié par cette terrible expérience.

 

Alain Benajam

juin 2013



*Le terme ontologie est employé en philosophie pour désigner la partie de la métaphysique qui s'applique à « l'être en tant qu'être » selon l'expression d'Aristote, c'est à dire ce qui est spécifique à l'humain pouvant être décrit et rapporté d'après moi.





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Published by Alain Benajam - dans Idées
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commentaires

visit here 01/12/2014 13:39

This is called as the foundation of the being and that is all about the thousand questions that are arising in me. The philosopher with the switch of the pattern of the words of the time of the Descartes.