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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 14:42

  L'influence supposée des "franc-maçons" dans la révolution française de 1789.

 

ddhc2

 

 

Emission "Libre Antenne" de Meta TV

du 26 novembre 2013


 

 1- Quelques rappels sur les mythyes historiques et les manipulations dans l'histoire de France telle qu'elle est rapportée.

 

 

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2- Intervention de Thierry Meyssan qui fut franc-maçon, sur l'influence de la maçonnerie dans la révolution de 1789.

 

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3- Thierry Meyssan et la franc-maçonnerie.
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4- L'utilisation contemporaine des mythes historiques à des fins politiques.

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Published by Alain Benajam - dans Histoire
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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 09:46

La Malédiction des Rois Maudits.


Philippe_IV_Le_Bel.jpgPhilippe le Bel

 


"Libre Antenne" sur Meta TV


du jeudi 14 novembre 2013

avec Alain Benajam et Tepa


 

Un mauvais tournant pour la France, la fin du beau 13ème siècle et l'annonce de la guerre de cent ans et un désastre pour notre pays.

 

 

1- Introduction la France endettée par une série d'aventures militaires engagées par le père de Phlilippe le Bel; Philippe III dit le Hardi, le beau 13ème siècle touche à sa fin.

 

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  2- Paris et l'architecture médiévale, le Palais de la Cité, les problèmes de Philippe le Bel avec l'église

 

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3- Les templiers et les guerres de Flandre

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4- L'affaire de l'adultère des brus du roi et la légende de la Tour de Nesle.
La fin des capétiens.

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 12:25

Mythes et légendes de l'histoire de France.


Libre antenne sur Meta TV

du 20 novembre 2013 

 

avec Alain Benajam et Tepa

 

407px-Zhanna

 

 

1- Gaulois, romains, francs et Clovis


2- De Clovis à Etienne Marcel


3- L'émergence d'une Nation de Jeanne d'Arc à 1789


4- Le temps des révolutions nationales


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Published by Alain Benajam - dans Histoire
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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 17:16

 

Une imposture historique: Moyen Âge et Renaissance.


 

 

La période historique des 12ème et 13ème siècle est l'une des plus faste de l'histoire de l'Europe occidentale et singulièrement de la France, pourtant cette période qualifiée honteusement de Moyen Âge possède pour tous une valeur négative.

 Les historiens spécialisés commencent à le reconnaître aujourd’hui : les 12ème et 13ème siècle furent les matrices de notre actuelle modernité à l'inverse de la pseudo période historique suivante qualifiée de « Renaissance ».

 

 

  Basilique de Saint-Denis, gothique rayonnant, architecte Pierre de Montreuil, 13ème siècle

verrieres.jpg

On peut distinguer la proportion minime des montants de pierre par rapport à la surface de la verrière,  une telle proportion ne pourra être obtenue qu'à la fin du 19ème siècle avec l'architecture métallique de Gustave Eiffel

 

Celui qui ne peut comprendre son passé envisagera mal son avenir. Ce qui est vrai pour chacun l’est pour la société dans laquelle nous vivons.

L’accès à la connaissance des expériences passées devrait permettre aux peuples de s’émanciper en les conduisant sur le chemin du meilleur destin. Ceci ne peut plaire aux tyrannies de toutes tendances pour qui la connaissance de l’Histoire doit être adaptée aux objectifs de propagande devant faire accepter à ces peuples leur asservissement. Certaines tyrannies avaient même décrété récemment la fin de l’Histoire, cette monstrueuse utopie devait dans l’esprit de ses auteurs étasuniens, cacher définitivement au monde le moteur de sa destinée et ne fabriquer que des esclaves sans conscience.

 

Pourtant, dans notre pays, la France républicaine et démocratique, qui est en mesure de comprendre le passé, tant notre Histoire officielle est truffée de mythes et d’impostures?

Quel que soit le niveau d’étude de nos concitoyens, qu’ils soient ouvriers ou cadres supérieurs, s’ils n’ont pas eu de volonté personnelle de recherche, de volonté de sortir des idées reçues, cette connaissance du passé sera corrompue par un certain nombre d’idéologies prégnantes.

 

Ces idéologies ne nous demandent qu’une chose, accepter le pouvoir d’un Etat tyrannique.

 

Depuis que l’Histoire existe, depuis ses balbutiements, les tenants de la vérité révélée descendue de la bouche des maîtres n’ont eu de cesse que  de procéder à la promotion d’un pouvoir despotique ou au mieux oligarchique. C’est notamment le sens des césures introduites dans l’histoire officielle. Cette imposture a été d’autant plus efficace qu’elle nous a été servie par de prétendus humanistes, de prétendus républicains et de prétendus hommes de gauche. C’est la triste histoire du Moyen Âge et de la Renaissance : imposture majeure, véritable complot politique.

 

Être asservi par ceux qui prétendent vouloir vous libérer est la forme la plus sophistiquée la plus efficace et la plus courante de la tyrannie.

 

Une idéologiedevenue «allant de soit».

Qui n’a pas en tête quelques infamies attribuées au « Moyen Âge », le terme moyenâgeux ayant la signification la plus négative qui soit ? Que s’est-il passé durant cette période de 1000 ans environ pour mériter l’opprobre des faiseurs de conformité? Quelle révolution extraordinaire et quels changements fondamentaux sont ils issus de cette Renaissance tant encsensée par ces mêmes faiseurs ? L’étude approfondie de ce fameux passage de « l’obscurité » vers le « modernisme » est très instructive pour justifier le complot.

 
Le Moyen Âge: quelle période ? On ne sait vraiment !

Qu’elle est cette période d’environ 1000 ans? Où commence le Moyen Âge et ou finit-il ? Le terme semble être apparu au 16èmesiècle pour désigner une période obscure pour l’époque, courant de ce que l’on pensait être la fin de l’État romain (période antique) allant vers une autre période qualifiée de « moderne », pourquoi ?

Nulles justifications descriptibles et claires ne sont jamais données pour décrire cette « transition ».

Si on ouvre un livre d’histoire officielle français, le Moyen Âge irait du 5èmesiècle avec l’abdication du dernier empereur romain d’occident jusqu’au règne de Charles VIII, notamment son mariage avec Anne de Bretagne, c’est à dire, le rattachement de la dernière principauté française indépendante à l’État français central à la fin du 15èmesiècle. Ceci évidemment ne vaut que pour la France. Chaque pays européen possède ses propres critères de césure. En Italie par exemple l’Empire romain d’Orient héritier et continuateur de l’Empire d’Occident est présent jusqu’au 7èmesiècle et en Grèce jusqu’au 15èmesiècle! La « Renaissance », donc la supposée modernité, commencerait aussi beaucoup plus tôt, quand ? On ne sait vraiment. Souvent il est attribué au peintre Giotto les prémices de cette fameuse renaissance.

 

Si l’on se réfère à le Web Gallery of Art Giotto di Bondone est né en 1267 et meurt en 1337 il est classé comme peintre médiéval mais qualifié comme suit : « Florentine painter and architect. Outstanding as a painter, sculptor, and architect, Giotto was recognized (par qui ?) as the first genius of art in the Italian Renaissance”, ce qui situerait  la Renaissance vue d’Italie au début du 14ème siècle.

 

Comparaison d'un même sujet: "vierge à l'enfant" entre différents peintres contemporains de Giotto, aucune différence n'est remarquable

 

 

giotto.jpg

Giotto peintre florentin (1267-1337) La Renaissance ?

 

Donc le début du Moyen Âge en Europe se situerait entre le 5èmeet le 7èmesiècle sa fin venue avec la « Renaissance » se situerait entre le 14èmeet le 16èmesiècle. On aurait donc pour le début de la période qualifiée de « Moyen Âge » 200 ans de transition au début et 200 ans à la fin.

 

Déjà sur 200 ans, tout un chacun peut placer la césure dans l’Histoire où il l'entend et la justifier à sa guise par des changements pour lui seul significatifs.

 

Les historiens professionnels d’aujourd’hui ont conscience de ce flou qualifiant la période médiévale; ils ont donc redistribué cette période en sous périodes. Il y aurait donc une antiquité tardive du 3èmevoir 2èmeau 7èmesiècle, puis un haut Moyen Âge du 7èmeau 10ème  siècle puis un Moyen Âge classique du 11èmeau 13èmesiècle puis un bas Moyen Âge du 14èmeau mi 16èmesiècle période ou se situerait la fameuse « Renaissance »  et les « Temps Modernes ».

 

simone-martini.jpg

Simone Martini (1284-1334) lui est une peintre médiéval allez comprendre.

 

Ces 1000 ans d’Histoire sont une période fourre tout comprenant différentes civilisations remarquablement dissemblables.

 

Si je me réfère au mode de production, qualifiant les rapports de production donc les rapports humains, la période antique coure jusqu'à l’apparition du système féodal, nouveau mode de production totalement différent du précédent. La transition se situerait au cours du 10èmesiècle après les grandes invasions.

Puis les 11, 12, et mi13ème siècle avec essentiellement une production féodale mais avec un très fort dynamisme évolutif et de très importantes différences de situation tant spatiales y compris sur de courtes distances que temporelles, les situations se modifiant perpétuellement. Durant cette période de deux à trois siècles aucune généralisation sur le « Moyen Âge » n’est pertinente et admissible, tout est différent de la France du nord à la France du sud, du St Empire à l’Espagne etc... La modernité se met en place !

Puis vers la fin du 13èmesiècle, début du 14èmesiècle (Règne de Philippe IV), tous les éléments de la modernité, en référence à notre civilisation actuelle, sont disponibles: Industrie, mécanisation, classe ouvrière, actionnariat, temps de travail salarié, grèves, sociétés anonymes, banques, comptabilité, capitalisme et capitalistes richissimes, monétarisme, spéculation monétaire, banqueroutes, dévaluations monétaires, révoltes de masse et répressions de masse  et… prémisses de l’Etat et … décadence !

 

Au cours du «Moyen Âge» officiel existeront successivement parfois dans le même temps, trois modes de production différents : antique, féodal et capitaliste donc trois civilisations totalement différentes.

 

Le mode de production antique est remarquablement stable, reproductible, et descriptible, et ne varie pas depuis la haute antiquité. L’unité de production est le domaine, du latin « dominus »: propriétaire qui exploite la force de travail d’esclaves (servi), les dominés. Le domaine est très étendu (plusieurs dizaines de km2). Le «dominus» propriétaire vit avec sa famille (familia) dans sa demeure (villa) où vivent des parents proches et éloignés avec ses « clients », hommes libres (mais rémunérés par le dominus) assurant la défense du domaine et des intérêts du maître. Le domaine est autarcique, il produit tout ce dont il a besoin : nourriture, outils, vêtements, armes, véhicules etc... Peu de monnaie entre ou sort du domaine. Tous les hommes libres sont assujettis au service militaire sur convocation de l’empereur ou du roi.

A la fin du 9èmesiècle commencent les grandes invasions qui vont contribuer à totalement détruire le système social. Les Vikings au nord et à l’ouest, les Magyars à l’est et les Sarrasins au sud déferlent sur l’Europe occidentale. Les domaines sont peu défendables et ne résisteront pas à ces invasions. Les armées régulières royales et impériales s’avèrent inefficaces pour contrer ces agressions, les peuples envahis doivent se défendre par leurs propres moyens.

 

Le système féodal système de pouvoir local et absence d’état.

Je n’ai pas l’intention de procéder à une description exhaustive du système féodal, un livre n’y suffirait pas et puis, est-il totalement descriptible tant il semble chaotique et évolutif intrinsèquement ?

Les peuples agressés devront organiser leur défense localement. L’organisation locale et atomisée de la défense sera la base de la nouvelle organisation sociale. Cette organisation à la fois militaire et économique, modifiera profondément et durablement la société.

D’abords les hommes doivent se regrouper dans des systèmes de défense alors qu’ils vivaient dilués. Quand le terrain est accidenté comme le midi ils se regroupent sur des hauteurs en abandonnant les plaines. S’il n’existe pas de promontoires, des levées de terre seront construites appelées « mottes » sur lesquelles seront plantées des palissades et des tours de bois. D’autres se regrouperont dans les anciennes cités gallo-romaines fortifiées, largement  abandonnées, dont ils remonteront les remparts.

Les hommes s’organisent dans le même temps autour de chefs de guerre, la guerre étant permanente.

Ces guerriers peuvent provenir de tous horizons. Les guerriers professionnels de l’Empereur ou du roi combattant maintenant essentiellement à cheval, ils constitueront la chevalerie, nouvelle caste composée d'anciens « domini » aristocrates des grands domaines, mais aussi de gens du peuple, voire d'esclaves s’illustrant particulièrement dans les combats.

L’espace des grands domaines sera morcelé en fiefs. Le grand seigneur souvent ex « dominus » attribue à ses compagnons d’arme devenus vassaux des parts de ce domaine, charge à eux de les exploiter, d’en vivre, et surtout de pouvoir s’armer convenablement pour être disponible militairement à toute convocation du seigneur, devenu suzerain. Le vassal peut également attribuer à ses compagnons d’arme des fiefs taillés dans son propre fief, selon la même disposition. Avec les mariages entre familles de guerriers devenus nobles, un système très  complexe de dépendance volontaire s’établit par lequel parfois un vassal peut avoir plusieurs suzerains.

Des armées locales appelées « osts » se constituent, comprenant les vassaux avec leurs soldats et les vassaux des vassaux appelés va-vassaux, eux-mêmes chapeautant des soldats recrutés dans la paysannerie.

Le mode d’exploitation de la terre change et le statut social des non guerriers change aussi.

 La seigneurie, déjà parcelle du domaine antique primitif se partage souvent en deux espaces, le domaine propre du seigneur, exploité par des serfs et des esclaves, les esclaves (servi) devenant petit à petit « serfs » c'est-à-dire semi libres. Puis un autre espace, des manses ou tenures louées à ferme à d’anciens hommes libres, non guerriers, ou d’anciens esclaves libérés.

Le fermier est libre d’exploiter la manse comme il l’entend sous réserve de redevance au seigneur, en nature ou en monnaie. Il restera surtout dans le midi beaucoup de petites exploitations libres et pratiquement aucune dans le nord de la France.

 

Qui possède le pouvoir ?

Celui qui possède le ban, c'est-à-dire le droit de punir et de contraindre qui est la définition même du pouvoir. Ce pouvoir est détenu par une multitude d’institutions individuelles ou sociales.

Les seigneuries sont multiples et variées, qu'elles soient militaires ou cléricales.

Les communautés monastiques, par exemple les cisterciennes, joueront un rôle très important dans la mise en œuvre des technologies industrielles et agricoles nouvelles.

Les communes ou communautés urbaines, dont le pouvoir de ban s’étend d’une lieue autour de la ville d’où le terme « banlieue ».

Surtout il n’y a ni état, ni pouvoir central, le roi n’est maître que dans son propre domaine comme n’importe quel seigneur. La France ne s’appelle plus que l’Isle de France, domaine royal. 

 

forge usine cistercienne 001

Usine cistercienne, une forge utilisant un moteur hydraulique (13ème siècle)

Abbaye de Fontenay

 

Le système évolue très rapidement pour les causes suivantes :

 

Concentration des populations dans les espaces de défense. Les gens de ce fait communiquent, échangent, se coalisent et se solidarisent.

Multiplication des initiateurs et des initiatives individuelles et sociales donc des expériences. Les seigneurs qui deviennent chefs d’entreprise. Les fermiers (anciens esclaves libérés) qui deviennent également chefs de leur entreprise : la ferme, dont la signification va glisser de système de location à exploitation agricole, tant ce mode sera généralisé.

Urbanisation avec l’apparition de la commune et du bien commun. Deux nouvelles classes sociales vont apparaître qui ne cesseront de prendre de l’importance, celle des bourgeois et celle des ouvriers, les bourgeois devenant chefs d’entreprise de leurs exploitations artisanales et pour certains industrielles. La communauté urbaine devient le siège d’un pouvoir au même titre qu’une seigneurie.

 

Les effets.

 

La monétarisation devient explosive. Dans le système précédent beaucoup d’échanges et de paiements se réalisaient en nature. Dans le système féodal, le seigneur exige de plus en plus de monnaie pour les redevances. La raison provient de la complexification de l’armement et des systèmes de défense demandant une main d’œuvre et un artisanat qualifié ne pouvant être payé qu’en monnaie. Les artisans du domaine seigneurial ne suffisent plus. Le seigneur doit gagner de l’argent « cash ». Le fermier doit donc échanger sa production contre de la monnaie en la vendant à la ville ou au bourg. La ferme prend une valeur quantifiable en monnaie ainsi que la seigneurie. La terre devient commercialisable et devient donc un bien foncier avec lequel il est possible de spéculer. Dans ce système tout devient quantifiable en monnaie, tout à un prix.

L’amélioration du rendement monétaire de la production agricole devient une exigence et induit un progrès technique continu. (voir La Révolution Industrielle du Moyen Âge - Jean Gimpel).

L’accroissement des disponibilités monétaires entraîne celui de la demande de certains produits qui deviennent plus sophistiqués, comme l’habillement et la construction. En corollaire, la forte demande en habillement induit une industrialisation de sa fabrication. Toute production qu’elle soit agricole artisanale ou industrielle se spécialise.

L’accroissement des échanges monétaires conduit à l’invention de techniques d’utilisation et de gestion de capitaux : banque, comptabilité à deux colonnes, sociétés par action, lettres de crédit, spéculation.

 

 

Aux 12èmeet 13ème  siècle, un certain nombre d’innovations sociales et techniques induites par le besoin de monnaie vont amener la société à un niveau qualifiable de moderne à contrario de ce qu’elle était auparavant, qualifiable d’antique.

 

Innovations sociales déterminantes, quelques exemples significatifs:

 

Société par action et capitalisme.

La possession de monnaie en quantité, que l’on peut appeler capitaux devient aussi déterminante que la possession de terre. Le capital pouvant s’investir et fructifier, une coalition de possesseurs de capitaux permet de posséder un outil financier plus efficace. La société anonyme par action est inventée ou le partage des bénéfices acquis se fait au prorata des capitaux amenés par chacun des associés.  On connaît l’histoire de plusieurs sociétés par action attestée par le conflit sans fin devant les tribunaux entre les sociétés de barrage et de moulin sur la Garonne à Toulouse notamment le conflit entre le Basacle et la Daurade qui se terminera par la victoire du Basacle, société qui perdurera jusqu’au 20èmesiècle.

 

Industrie et classe ouvrière.

L’industrie est la rationalisation par parcellisation et automatisation de taches répétitives d’une production de marchandises. L’industrie fait son apparition dans les manufactures de drap. La mécanisation de taches pénibles comme le foulage est assurée par la force hydraulique.

Le développement de l’industrie en Flandre et en Italie du nord induit plusieurs conséquences sociales déterminantes. La constitution d’une classe ouvrière et de révoltes populaires durement réprimées. Les partisans de Wat Tyler en Angleterre, les Ciompi à Florence, les Maillotins à Paris, les milices ouvrières flamandes qui battent la fine fleure de la chevalerie française à la bataille de Courtrai en 1302.

 

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Assassinat de Wat Tyler en 1381 chef des ouvriers et paysans anglais révoltés

 

Banque, paiement par écriture.

Les nombreuses monnaies en cours posent un certain nombre de problèmes de change. L’utilisation de capitaux importants pour l’industrie et le commerce pose également un problème de sécurité. De l’Italie du nord et surtout de Florence va venir une innovation déterminante : la lettre de change ou lettre de crédit. Cette lettre possédée par un marchand ouverte par son banquier « Lombard » permet de se faire payer en monnaie locale, en n’importe quel lieu où officie un banquier « Lombard ». Ceux-ci sont présents dans tous les lieux où s’opèrent des échanges monétaires importants.

 

La commune et le bien commun, prodrome de la République.

Beaucoup de cités auparavant dirigées par un évêque vont gagner en indépendance en usant des moyens les plus divers, de la force brutale à la persuasion. La vie des citadins très concentrés dans des habitats étroits, nécessita la mise en œuvre de règles de vie communes. Dans ces cités médiévales sièges d’un artisanat et d’une industrie de plus en plus technique et spécialisée certains bourgeois accumulèrent de conséquentes richesses et, ce faisant, briguèrent une participation au pouvoir. Des communes vont s’ériger plus ou moins indépendantes du pouvoir royal ou seigneurial et plus ou moins démocratiques selon le lieu. Au sein de ces villes dirigées par une commune un sentiment  collectif va naître : le bien commun. Dans le nord de l’Italie des républiques totalement indépendantes vont être proclamées.    

 

 

Des innovations techniques déterminantes.

 

L’utilisation de la force hydraulique se généralise.

Si le moulin à eau est connu depuis l’antiquité, les 12èmeet 13èmesiècle voit son utilisation se propager et se généraliser à l’usage d’une multitude de procédés. Sur toutes les rivières partout ou portait le regard il y avait un moulin à force hydraulique, il y en avait 68 à Paris. L’invention de l’arbre à came concourt à multiplier l’usage de ces machines car il pouvait ainsi animer des marteaux utilisés dans le foulage des draps ou comme marteaux pilons dans les forges. Les forges et les hauts fourneaux utiliseront également des machines hydrauliques pour animer des soufflets parvenant ainsi à fabriquer et couler de la fonte. La transmission de mouvement rotatif en mouvement alternatif introduit l’usage de scies hydrauliques avec avance automatique et proportionnelle du tronc, ce qui permettra la fabrication industrielle de planches, ces types de scies seront en usage jusqu’au 20èmesiècle. Cette invention est attribuée à l’ingénieur Villard de Honnecourt dont l’activité professionnelle se situe entre 1225 à 1250 et dont beaucoup de dessins techniques seront repris par Léonard De Vinci.   

 

Marteau pilon

 

Marteau pilon animé par un arbre à came entrainé par un moteur hydraulique 13ème siècle (reconstitution)

 

 

 

Le bâtiment, l’invention de la croisée d’ogive et de l’arc boutant.

C’est peut être l’innovation la plus spectaculaire de cette période car elle va permettre la construction des ces immenses cathédrales dans l’environnement parisien, cathédrales que tout un chacun peut encore et journellement admirer. La croisée d’ogive sur plan carré ou barlong ainsi que l’arc boutant donne la possibilité de faire porter le bâtiment par des colonnes et non plus par des murs porteurs, c’est une architecture dynamique. Résultat : la surface des assises au sol en proportion de la surface couverte n’est plus que de 9%, alors qu’elle était auparavant avec l’arc de plein cintre romain de 20%. Cette proportion retournera à 20% avec l’abandon de cette technologie qualifiée de « gothique » par les admirateurs du passé antique. Elle ne reviendra qu’avec les constructions métalliques dynamiques de Gustave Eiffel à la fin du 19èmesiècle. Entre la Loire et la Somme, durant les 12 et 13èmesiècle il sera construit en tonnage de pierre plus qu’il ne fut construit durant toute l’Egypte ancienne. Aujourd’hui  près d’un chrétien sur deux pratique sa religion dans une église construite durant cette période. Beaucoup de bâtiments civils furent construits également et majoritairement détruits au 18èmeet 19èmesiècle. L’extraction de pierre donnera lieu également à une intense activité industrielle.

 (Chronologie des inventions médiévales)

 

Bourges interaction des forces

Technologie architecturale avancée il faut attendre la fin du 19ème siècle pour revenir à des technologies architecturales dynamiques

 

Dans le domaine agricole les innovations seront également très nombreuses.

L’attelage du cheval par collier d’épaule permettant son utilisation efficace et rapide dans les labours.

La herse.

La charrue à train de roue avec soc versoir et coutre.

L’assolement triennal.

La sélection dans l’élevage.

Les fermes modèles cisterciennes.

Tout ceci permettra un rendement agricole accru. Il n’y aura aucune famine durant le 13èmesiècle.

La population va tripler sur environ le territoire de la France actuelle, du 10ème au 13ème siècle. Les effectifs de cette époque ne seront retrouvés qu'au 18ème siècle


 

De nombreuses et fondamentales innovations intellectuelles.

Contrairement aux idées reçues la lecture et la glose des maîtres anciens étaient l’activité principale des écoles et universités. La connaissance de l’existence de ces maîtres grecs et romains a toujours persisté même depuis le haut Moyen Âge cependant, dés le 12èmesiècle de plus nombreux ouvrages d’origine grec  ou latin deviendront disponibles traduits de l’arabe depuis Tolède ou musulmans, juifs et chrétiens travaillèrent ensemble pour diffuser la culture antique notamment la pensée d’Aristote. Des penseurs Arabes comme Ibn Rushd « Averroès » et Ibn Sinna « Avicenne » apportèrent leurs propres commentaires à la philosophie aristotélicienne. Cette philosophie légèrement agnostique sera reprise par l’université de Paris sous le nom d’Averroïsme. Des intellectuels parisiens apportèrent leur propre touche à cette pensée qui deviendra la première à mettre en avant le douteet l’expérimentation pour le levé.  (Penser au  Moyen Âge  - Alain de libera  - Seuil)

La scolastique parisienne dont le maître fondateur fut Pierre Abélard est bien la prémisse de la pensée rationnelle et scientifique. Descartes dans son Discours de la Méthode s’inspirera profondément de la pensée de Pierre Abélard exprimée dans son maître ouvrage Sic et Non. Certains aujourd’hui n’hésitent pas à parler même de plagiat tant il y a proximité entre la pensée de ces deux intellectuels dont l’un vécut 500 ans avant l’autre.

De très nombreux intellectuels, humanistes, chercheurs et ingénieurs vécurent durant cette période et apportèrent la modernité de leur pensée. On peut citer sans être exhaustif outre Pierre Abélard inspirateur de Descartes, Thomas d’Aquin  précurseur de l’expérimentation en laboratoire, Robert Grosseteste et son disciple Roger Bacon, Abélard de Bath, Gérard de Crémone, Maître Eckart, Bernard de Chartre, Villard de Honnecourt, Pierre de Maricourt (le magnétisme 1269), Siger de Brabant et bien d’autres.   

 

Pourtant cette brillante civilisation dont l’épicentre était Paris connaîtra une fin. Cette fin est marquée par une date précise, le 7 mars 1277, quand l’archevêque de Paris Etienne Tempier interdit l’enseignement de 219 thèses de l’université de Paris et fait jeter en prison le maître Siger de Brabant accusé d’Averroïsme (collusion avec les musulmans déjà).  

A la fin du 13èmesiècle le monde européen bascule et s’effondre, outre les débuts de la censure et de l’intolérance religieuse qui vont mettre à bas l’université de Paris comme premier centre intellectuel d’Europe, des séries de catastrophes s’enchaînent.

Des banqueroutes à répétitions des plus grandes banques italiennes, des dévaluations monétaires, des famines dues à des changements climatiques et  à la spéculation. Avec la peste noire qui fait son apparition au début du 14èmesiècle, certaines villes perdront jusqu’aux deux tiers de leurs effectifs.

La France ne pourra résister à ce choc avec en adjonction les débuts de la guerre 100 ans. Un autre monde va naître fait de mysticisme, d’intolérance, de chasse aux sorcières et de guerre avec son cortège d’exactions; à cette époque les cavaliers de l’apocalypse seront maint fois représentés. 

En Italie du nord, les banquiers capitalistes ont, durant la période faste des 12èmeet 13èmesiècle accumulés d’immenses fortunes et en dépit de nombreuses banqueroutes les fortunes personnelles s’élèveront en avoir au niveau de ce que pouvaient posséder des états comme la France et l’Angleterre réunies. Avec les guerres perpétuelles, ils vont investir massivement dans l’armement, autant en recherche et développement qu’en fabrication industrielle. Cet armement connaîtra des améliorations techniques considérables, notamment l’artillerie (Veuglaires: Chargement par la culasse et Ribeaudequin: Multitubes avec tir en rafale). 

 
L’absence d’état et de pouvoir central qui accompagnent un développement explosif de la société féodale des 12èmeet 13èmesiècle vers la modernité est le fait le plus remarquable, de l’histoire du monde occidental.

C’est également le fait le plus déprimant pour les laudateurs de toutes les tyrannies possibles et imaginables. Ceux-ci de droite ou de gauche n’auront de cesse d’effacer cette période des mémoires en révisant l’Histoire. Il s’en suivra une haine récurrente de cette France-là et une promotion toute aussi récurrente de l’antique Romain.

 

Des Français contre la France (comme toujours), c’est la triste histoire du mythe de la Renaissance, ou que vient faire un symbole romain sur mon passeport ??    

 

Une Renaissance ?

 

Une ville, Florence.

Dans ce contexte d’immenses richesses d’un côté et des catastrophes de l’autre, le centre intellectuel de l’Europe va glisser de Paris … à Florence.

De l’argent, beaucoup d’argent

La Florence des 14 et 15èmesiècle, des « trecento et quadracento » n’est pourtant plus celle de la période précédente : elle a déjà perdu près du tiers de son chiffre d’affaire, mais elle investi dans l’armement, le prêt aux belligérants de la guerre de 100 ans, et… dans l’art.

 

Des artisans devenant artistes de cour.

Un phénomène nouveau : l’artiste de cour. (voir l’Artiste et la Cour de Martin Warnke).

Les artistes médiévaux sont considérés comme des artisans et à ce titre ils doivent s’inscrire dans des corporations, le plus souvent dans le bâtiment où ils doivent suivre des règles strictes et œuvrer comme la corporation l’entend et non à leur guise. Les puissants commenceront à s’attacher des artistes artisans comme serviteurs (même statut qu'un valet de chambre) et d’ainsi les libérer des contraintes de leur corporation. Biens logés, bien nourris et bien payés, ces artisans en gagnant les cours des princes et riches bourgeois, deviendront artistes car mis en possibilité d’œuvrer comme ils le désirent, ou presque car la condition, bien évidemment, était de devenir les laudateurs de leurs bienfaiteurs. Ces artistes devenus par contrainte laudateurs des pouvoirs seront les artisans du mythe.

 

Un prince puissant avec des ambitions politiques

Un des précurseurs de l’utilisation d’artistes pour soigner son image politique fut Robert d’Anjou roi de Naples petit fils de Saint Louis. Robert d’Anjou (1309-1343), prince le plus puissant d’Italie, aspirait à jouer un rôle majeur dans la péninsule et pourquoi pas en Europe. Principal soutient des Guelfes de Florence, partisans du pape contre les Gibelins partisans de l’empereur germanique, il fut nommé par le pape vicaire pontificale.

 

 

Une idée politique : la renaissance de l’Etat romain.

Les capitalistes italiens, princes autant que marchands ayant acquis les plus grosses fortunes d’Europe, aspirèrent à y jouer un rôle majeur.  Au cours des rénovations urbaines et de la construction de somptueux palais, de nombreux vestiges antiques ont été mis à  jour. Ces vestiges vinrent rappeler la puissance passée. Ne pourrait-elle revenir ? Un sentiment national a commencé à s’exprimer. Ce sentiment s’exprimait par la critique de ce qui venait de l’autre côté des Alpes d’où sont venus les hordes barbares qui détruirent l’empire. Ce qui n’était pas italien était qualifié avec mépris de Tedesco ou Gotico c'est-à-dire germanique y compris et surtout ce qui venait de France. Ainsi sera appelé « Gothique, Gotico » l’architecture allogène typiquement française utilisant la croisée d’ogive qui contrairement au style romain n’utilisait pas l’arc de plein cintre. Que Rome telle qu’elle fut dans l’antiquité redevienne la maîtresse de l’Europe occidentale et que les légions y fassent régner l’ordre face à l’anarchie féodale, voilà le nouveau mot d’ordre politique exprimé par ceux qui aspiraient à redevenir les maîtres.

 

Un comité d’admiration mutuel  bien « sponsorisé» initialise l’idée qu’avant c’était mieux.

Un des militants de la cause romaine fut Pétrarque. Pétrarque ami et / ou serviteur de Robert d’Anjou et du pape ne ménagera jamais sa peine pour que Rome puisse retrouver son pouvoir d’antan, que l’antique redevienne le goût du jour et que l’on en finisse avec la France et son anarchie féodale.  Pétrarque va constituer un comité d’admiration mutuel (comme le disait mon ami Marc Boureau en décrivant la situation médiatique actuelle). Dans ce comité, dont lui et Robert d’Anjou seront les animateurs, en feront parti des écrivains dits « humanistes » Boccace, et Dante et surtout un peintre : Giotto. Dans ce comité ou puissants, écrivains et artistes se côtoient, chacun est le laudateur des autres, l’argent ne manque pas, une légende fort vivace ainsi se crée: avant, quand nous Romains dirigions l’Europe, c’était bien mieux. Cette légende court encore !

 

Une légende qui en sautant  les siècles nous revient: Giorgio Vasari

Giorgio Vasari (1511-1574) est un peintre , architecte et écrivain italien.  Né dans une famille modeste, il est l'auteur du précieux recueil intitulé Les vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes (Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettori)(1560-1570). Il est, à partir de 1553, un proche des Médicis à Florence et fonde l'Académie de dessin en 1562  En mars 1565, il écrit, pour le mariage de François de Médicis et de Jeanne d’Autriche, la Mascarade de la généalogie des dieux, dont il publie le livret. (D’après Wikipedia).

 

Vasari est typiquement un artiste de cour habitué à formuler les louanges qui conviennent au maître. Dire les bons et les moins bons selon ses goûts ou plutôt ceux de son maître Médicis. Les Médicis depuis Cosme l’Ancien (1389-1464) étaient passés maîtres dans l’utilisation d’artistes comme image de marque. La fortune personnelle de Cosme aurait dépassé les avoirs des états français et anglais réunis auxquels il vendait des armes et prêtait de l’argent. Les Médicis, drapiers, industriels et banquiers eurent de grandes ambitions de pouvoir, ils donnèrent deux reines à la France. Vasari encense dans son livre, bien évidemment les amis de Florence dont Pétrarque et Giotto qui y trouvent une place d’honneur. Giotto le florentin ne cessera jamais d’être l’icône du mythe, ceci est pourtant peu mérité, (voir vierges) Simone Martini son contemporain a bien plus de talent, mais il est siennois, l’ennemi. Les Médicis qui seront les fossoyeurs de la république de Florence seront, générations après générations, les artisans perpétuels et infatigables du mythe de la prééminence de l’antique et de la légende dorée de l’art italien contre le «Gotico» méprisable.

 

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Simone Martini (1284-1344) contemporain de Giotto, un art plus avancé mais artiste médiéval.

 

La légende dorée de l'art italien.

 

«L’Italie, il est vrai, a eu deux bonnes fortunes refusées à la France, et dont il importe de tenir un grand compte: celle d’avoir conservé intactes les œuvres de ses anciens maîtres et celle d’avoir eu, grâce à Vasari, sa légende dorée de l’art. Maîtres de l’opinion aux XVIe et XVIIe siècles, les Italiens dispensèrent trop souvent la renommée selon leurs préventions ou leurs dédains. Sans contredit, la France du XIIe et du XIIIe siècle posséda dans son sein un mouvement d’écoles comparable à celui de l’Italie du XIVe siècle; mais elle n’eut pas de narrateur légendaire pour ce grand développement. Ses génies créateurs ne sont guère connus que de nom ou par les chétives images qui nous les montrent sur le pavé de leurs églises, revêtus de l’humble manteau de l’ouvrier.»
ERNEST RENAN, "L'art du moyen âge" in Mélanges d'histoire et de voyage, Paris, Calmann-Levy, 1978.

Le livre de Vasari, tombé dans l’oubli, est réédité au 19èmesiècle et considéré à ce moment comme la bible de l’histoire de l’art de la « Renaissance » ; ce terme, oublié également, revient donc à la mode au 19èmesiècle et Giotto est propulsé comme précurseur d’où la phrase illustrant Giotto dans la Web Gallery of Art :  "Florentine painter and architect. Outstanding as a painter, sculptor, and architect, Giotto was recognized (par qui? par Vasari et ses maîtres) as the first genius of art in the Italian Renaissance”.

 

 

 Michelet, Isaac et l’Histoire officielle de France.

Je suis et le proclame, un républicain, athée, de gauche,  pur et dur comme le furent Michelet et également d’origine juive comme le fut Isaac.

Ceci doit être dit parce qu’il est question maintenant de dissiper un malentendu voir une imposture dont la source vient des miens.

Qu’avait donc Michelet en tête pour promouvoir cette «Renaissance», complot ourdi et fourgué au travers du temps, comme une bombe à retardement par ces Italiens nationalistes qui voulaient reconstituer l’état romain impérial.

Une magnifique réussite ! J’en vois un des résultats à chaque fois que je sors mon passeport et j’ai honte d’y voir figurer un symbole romain, de répression en plus puisque je crois distinguer verges et hache, symbole le la brutalité romaine et de son impérialisme. (J’aurais préféré y voir figurer la cathédrale de Chartre)

J’ai beaucoup de difficulté à trouver une explication ayant un début de valeur républicaine ou progressiste.

La première République proclamée à Paris s’est également appuyée sur une première commune de Paris appelée comme telle en souvenir des communes médiévales dont le souvenir était encore prégnant, communes aux seins desquelles était né le sentiment de bien commun, prodrome de l’idée républicaine.

La « Renaissance » et les « Temps Modernes » qui ont suivi on vu la disparition complète de ces communes. Les républiques urbaines italiennes ont également disparu à cette époque, chacune étant confisquée par un despote local ; à Florence ce furent les Médicis promoteurs de Pétrarque, Giotto, Vasari et du mythe entier !

Un nouvel humanisme aurait marqué cette renaissance ? Pétrarque, Dante et Boccace. Auteurs italiens du début de 14èmesiècle, Pétrarque, ami, serviteur et laudateur du petit fils de Saint Louis. Quand il écrit, en France règne Philipe IV Le Bel puis les Rois Maudits ; la guerre de 100 ans n’a pas commencé, l’armure ou harnois blanc, symbole dans l’esprit de chacun du chevalier médiéval, n’a pas encore été inventé, les premières ne verront le jour que mi 14ème.
Il est difficile de placer ces auteurs dans une « Renaissance » dont même les prémisses n’existent pas. Ces humanistes ne veulent à ce moment que restaurer le passé. Ils sont anti modernes, modernisme représenté par la France et sa culture « Gotico ». Et puis ce ne sont certainement pas les premiers auteurs littéraires médiévaux, que faire du « fine amor » et de  Chrétien de Troyes?

 

La « Renaissance » ou l’accession à un monde moderne?

Au cours des 14èmeet 15èmesiècles l’hygiène corporelle disparaît peu à peu avec la disparition des bains publics : fort nombreux au 12 et 13èmesiècle ils ne réapparaîtront qu’au 20èmesiècle. Il est vrai qu’ils étaient mixtes et le théâtre de licences sexuelles ; l’église n’a pas supporté. A la « Renaissance » et par la suite on était sale sur soi et on baisait caché.

 

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Au 14ème siècle on festoyait dans de vastes baignoires au son de la musique et de temps en temps on faisait l'amour bien propre et on revenait festoyer, quelle image d'un prude moyen âge?

 

Les lieux d’aisances : Aux 12 et 13èmesiècle on ne construisait jamais un lieu d’habitation, château ou maison, sans ses latrines, commodités disparues à l’époque « moderne » : à Versailles on chiait partout, et on se torchait avec les rideaux.

Après les débuts de 14èmesiècle et avec l’invention de l’horloge, aucune autre grande invention technique ne verra le jour dans la vie courante des gens avant le 19èmesiècle, que ce soit dans le domaine agricole ou industriel. (Chronologie des inventions médiévales). L’encyclopédie de Diderot ne rapporte que des technologies médiévales.

Cependant les 14 et 15èmesiècles verront des bouleversements dans la technologie militaire.

L’armure de plate ou harnois blanc, le plus souvent fabriquées en séries en Italie d’où leur nom de « milanaise ». Puis et surtout, l’artillerie au 15èmesiècle avec des canons avec hausse, à chargement par la culasse ou des canons multitubes (attribués faussement près d’un siècle plus tard à Léonard de Vinci). Ces innovations admirablement maîtrisées par les frères Bureau qui réorganisèrent l’artillerie de Charles VII permirent de battre les Anglais aux batailles de Formigny et Castillons et d’ainsi bouter les Anglais définitivement hors de France. Ces inventions ne passèrent pas les fameux « Temps Modernes » : abandonnées, elles ne reverront le jour qu’à la fin du 19èmeet au 20ème siècle.

Du 14 au 17èmesiècle (Renaissance et Temps Modernes inclus) sévira la chasse aux sorcières ou des milliers de femmes suspectées de commerce avec le diable seront brûlées vives. On ne brûlera jamais tant, on ne torturera jamais tant, on ne massacrera jamais tant qu’au 16èmesiècle (Renaissance dite française). Alors qu’au 12ème siècle Pierre Abélard pouvait écrire « Dialogue entre un Chrétien un Juif et un Musulman ».

 

 

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Massacre de femmes accusées de sorcellerie jusqu'au 17ème siècle pratique inconnue au moyen âge (commencée au 15ème siècle)

 

Rôle de l’église médiévale avant 1277 (censure de l’université de Paris).

L’église médiévale avant cette date, n’a jamais freiné ou cherché à freiner le commerce, l’industrie et la technologie.

Seuls les juifs étaient autorisés à faire commerce d’argent ? C’est une légende non corroborée par les faits. Les plus grands banquiers étaient Florentins, bons chrétiens et amis du pape ce qui leur permit, fortune faite, de lancer la légende de la « Renaissance».

Les communautés religieuses cisterciennes furent le fer de lance de l’innovation technologique et Saint Thomas d’Aquin fut un précurseur dans l’expérimentation en laboratoire.

Quand au peuple écrasé par l’impôt féodal ? On payait beaucoup moins d’impôts sur ses revenus aux 12èmeet 13èmesiècle que maintenant en pleine démocratie républicaine. 

 Ah ! J’oubliais la perspective et les fenêtres, important, l’argumentaire favori des idées reçues!

 

Détail de l'annonciation

 

Robert Campin détail

Robert Campin peintre né à Valencienne (1378-1444) peintre médiéval des détails proches de la photographie

 

 La perspective dans l’art pictural. La représentation par peinture sur fresque était surtout employée dans le midi et en Italie ou les églises romanes avaient des murs. Dans la France du Nord ou les églises sont construites sur croisée d’ogive à partir du 12èmesiècle (Basilique de Saint Denis), il n’y a pas de murs et donc pas de représentation picturale possible. La représentation religieuse et pour beaucoup civile s’exprimera sur vitraux car les parois de ces églises ne sont que vitrées. Ceci ne peut donner lieu qu’a une représentation stylisée. De nombreuses représentations non religieuses sont visibles encore dans ces églises. Scènes de la vie courante mais également publicités que les artisans ne manquaient pas d'inscrire sur les vitraux, bien visibles.

L’art pariétal était extrêmement développé, avancé et divers, avec autant de représentations religieuses que civiles. (voir documents). La représentation picturale n’existe vraiment que dans les enluminures et miniatures dont la perspective est schématique quand elle existe. L’artiste de cour n’existant pas encore, les portraits et tableaux n'apparaissent qu'au 14ème siècle. Ces vitraux, statues, enluminures et miniatures sont d’un art consommé. Faut-il de la perspective pour qu'une œuvre picturale mérite la qualification de moderne ? Picasso ne serait-il qu’un barbare moyenâgeux ?  La représentation de la perspective : tout ce qui reste de la Renaissance ? 

 

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Cathédrale de Reims sculpture du 13ème siècle représentant la synagogue, admirez le drappé de la robe

 

Les fenêtres apparues à la Renaissance.

On tombe ici dans le ridicule. Il n’y avait pas plus de fenêtres dans les murs d’une forteresse médiévale que dans celles de Vauban. Les gens n’habitaient pas les forteresses et les châtelains habitaient des palais pourvus de moult fenêtres, soit situés dans la basse cour du château soit situés au dessus des courtines avec le plus souvent des vues imprenables. Les  bâtiments civils médiévaux étaient autant pourvus de fenêtres qu’ils le furent après. Cependant la très grande quantités de constructions civiles érigées aux 13èmesiècles  fut détruite en France aux 18èmeet 19èmesiècle, il en reste de nombreux en Belgique.  (voir Violet Le Duc)

 

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Une construction civile du 13ème siècle, le palais épiscopal de Laon pourvu de larges fenètres

 

La démonstration pourrait être longue et peut être fastidieuse. Je ne peux conclure (provisoirement), que Michelet, s’il était un Républicain progressiste et sincère, ne connaissait rien à l’Histoire. Cela est possible dans la mesure ou les études historiques étaient loin, très loin de ce qu’elles sont devenues. Michelet en outre n’était qu’un compilateur des travaux d’autrui, il n’a jamais étudié par lui-même.

Cependant un doute m’habite. Personne n’est venu contredire Michelet et l’état français, républicain (ou prétendu) a validé la légende. Le « Malet Isaac » issu de la compilation historique de Michelet est devenue l’Histoire officielle de France et a formaté des générations de petits français appelés à faire de bons soldats n’hésitant pas à sortir de la tranchée sous la mitraille avec la certitude de mourir.

 Là est le nœud de l’affaire. Nous avons vu qu’aux 12èmeet 13èmesiècle, siège non pas d'une re-naissance comme certains l’affirment maintenant (La Renaissance du XIIe siècle - Jacques Verger cerf) mais d’une Véritable Naissance. La modernité est bien née à ce moment quand aucun état n’existait ! C’est mauvais pour le moral du pioupiou appelé au sacrifice suprême sur ordre de l’état.

L’idée républicaine dévoyée en étatisme, voila la raison de la vivacité de la légende et de son soutien par toutes les forces politiques institutionnelles.

           
Tous les despotismes européens ont abondamment  puisé dans la symbolique antique pour promouvoir et légitimer leur pouvoir. La symbolique antique est devenue la symbolique même du
pouvoir !

 

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Symbole fasciste italien

 

Les princes et tyrans italiens, les premiers qui en ont eu l’idée et l’ont exploité, merci l’humaniste Pétrarque! Les rois de France ensuite qui à partir du 16ème siècle ont plongé dans cette idée et avancé vers le concept de royauté absolue. Louis XIV, le premier qui constituera un état totalitaire, son état (c’était lui), fera de nombreuses références à l’antique. Ces abus totalitaires engendreront la Révolution française. Napoléon ensuite ; même la mode féminine et les coiffures s’inspireront de l’antiquité romaine. Les fascismes Italiens et Nazis après ne verront que par l’antique.

 

 

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Armes de la République Française avec un symbole romain identique au symbole fasciste

 

Alors pourquoi ai-je un symbole Romain sur mon passeport de la belle République française ennemie des rois et des princes, ennemie des fascismes de tout poils ?

L’idée républicaine dévoyée en étatisme, voila la raison de la vivacité de cette légende et de son soutien par toutes les forces politiques institutionnelles.

Des faux républicains bien sûr ; ils n’ont jamais rien compris ou voulu comprendre. La République c’est le pouvoir du peuple et l’état le pouvoir sur le peuple.

Aujourd'hui l'idée républicaine est totalement dévoyée et confondue avec le bal des « ripoux » et leurs comptes en Suisse. D'autres profitant de cet affaissement tentent de nous ressusciter l'intérêt du despotisme d'un chef et d'en finir avec la gueuse. La république ce n'est pourtant que la souveraineté de la nation c'est-à-dire de l'ensemble du peuple.

L'idée républicaine doit perpétuellement faire face au complot car elle est intolérable pour les puissants.

La renaissance de l’antique et le dénigrement du « Moyen Âge » a encore de beaux jours et voila pourquoi je me retrouve avec un symbole romain sur mon passeport français !

 

 

Cet article fut rendu possible après la lecture du livre de Jacques Heers ; "Le Moyen Âge, une Imposture"

Alain Benajam

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Published by Alain Benajam - dans Histoire
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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 10:31

 

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Jeanne d'Arc par Rembrandt 


2ème Partie

 

Apparition de l'état au royaume de France

 

 

 

La deuxième phase de la guerre de cent ans verra les prémisses  d'un état et la tentative de la bourgeoisie d'y participer, elle verra également des révoltes populaires, la peste et la reconquète des terres perdues.

Cette partie s'intéresse au règne de Charles V, celui-ci est  né en 1338 et est mort en 1380, la période de son pouvoir réel commence pourtant en 1356 en tant que régent, il ne sera couronné roi qu'en 1364. Elle s'intéresse surtout à sa tentative de reconstituer un état en France et à la volonté de la bourgeoisie d'y participer.


2-1- Charles régent de France 1356-1364.

L'état.

On peut considérer un état comme une organisation permettant à un pouvoir central de s'exercer sur un territoire donné. Il n'y avait plus une telle organisation dans le royaume de France depuis le dernier roi carolingien.

Charlemagne nommait des comtes à la têtes des «pagus» (pays) qui étaient une division administrative de l'empire. Il choisissait toujours ces comtes, parmi ceux qui étaient d'une autre origine que celle du «pagus» qu'il devaient administrer, ces comtes pouvaient être révoqués et lui devaient obéissance, ils représentaient le pouvoir central, l'état carolingien, comme un préfet.
A la mort de Charlemagne cette fonction devint héréditaire et les familles de ces comtes s'implantèrent durablement. Les derniers rois carolingiens, incapables de faire face aux invasions qui assaillaient de toutes parts les restes de l'Empire, ces comtes prirent le pouvoir localement.  En France Eudes comte de Paris qui s'illustra avec vaillance contre les attaques des  Vikings,  fut le premier d'une lignée, qui remplaça les rois carolingiens pour les robertiens d'abord puis les capétiens ensuite.

Le royaume de France s'organisa alors selon le mode féodal. Le Roi de France n'avait  de pouvoir administratif que dans son propre domaine réduit à l’Île de France, comme n'importe quel seigneur féodal.
L'organisation féodale, sans pouvoir central permettra d'augmenter considérablement le nombre des initiatives. Plusieurs types d'organisations individuelles ou sociales pouvaient posséder le pouvoir de ban. Cela pouvait être des seigneuries militaires de la noblesse ou des seigneuries ecclésiastiques des évêques s'exerçant surtout dans des villes. Cela pouvait être également des seigneuries collectives, qui pouvaient être des abbayes ou des villes organisées en commune, ayant obtenu des franchises. 

Cette multiplication de pouvoirs locaux différents multiplia les possibilités d'entreprises, artisanales, industrielles, commerciales ou agricoles qui n'étaient freinées par aucun obstacle. Ceci permit un formidable développement économique en Europe et particulièrement en France. 
La population tripla ainsi en trois siècles. Entre Loire et Somme, le tonnage en pierre de construction, vestige  de cette époque dépasse le tonnage des vestiges de 3000 ans de civilisation de l’Égypte  ancienne.

Une bourgeoisie citadine prospéra, s'enrichit au cours du beau 13ème siècle, elle réclama de participer aux pouvoirs locaux des cités. Cette bourgeoisie citadine organisée en communes obtint du roi ou du pouvoir nobiliaire régional ce que l'on appelait des franchises, c'est à dire un certain nombre de droits d'administration et de justice (ban), la bourgeoisie s'insérait parfaitement au sein du système féodal. Cette insertion était également militaire car les villes, comme toutes seigneuries,  fournissaient à l'ost royal de forts contingents de milices. 


Cette accession au pouvoir local des bourgeoisies sera beaucoup plus importante dans l'Empire Romain Germanique qu'en France. Au sein de l'Empire, en Italie du Nord de véritables républiques bourgeoises seront érigées avec un semblant de démocratie, Venise Florence, Sienne, Gène et en Allemagne du Nord la République de la Hanse. Dans le royaume de France ce sont les villes de Flandre qui obtinrent  les plus importantes franchises, notamment les villes de Bruges et Gand et certaines ville du midi comme Toulouse. A Paris les franchises accordées sont modestes.

La multiplication des pouvoirs locaux et l’absence de pouvoir central, fonctionne merveilleuse bien quand tout va bien  quand il n'y a pas besoin de fortes et puissantes coalitions.

Mais quand le dauphin Charles prit le pouvoir, plusieurs problèmes graves affectaient le royaume et cette dispersion des pouvoirs ne permit pas d'y faire face.

 Le premier de ces problèmes était l'agression organisée par un pays possédant des moyens : l'Angleterre. Cette agression concertée et méthodique d'un pays sur un autre était une nouveauté. Jusqu'alors ce qui fut plus tard la France n'avait été agressée que par des bandes d'envahisseurs plus ou moins bien organisés comme les Vikings à l'Ouest ou les Sarrasins au sud.



Etienne Marcel (Gravure du 19ème siècle)
262px-Etienne_Marcel.jpgLa tentative révolutionnaire d'Etienne Marcel.

Les défaites militaires engendrèrent une déconsidération brutale de la noblesse chevaleresque, elle avait failli à ce pourquoi elle était légitime pour le peuple, le protéger. Cette déconsidération encouragea la bourgeoisie des villes à la contestation et à la révolte. Cette contestation bourgeoise s'accompagna également de révoltes paysannes au nord de Paris, les Jacqueries.

Le pouvoir du futur Charles V  commence en 1356 après la bataille de Poitier quand son père Jean le Bon est fait prisonnier par les anglais. Dauphin il prend la régence, il a 18 ans. Il ne régnera pleinement qu'à partir de 1364. Charles possède une malformation de la main droite qui l’empêche de bien tenir une épée,  il ne possède ni les capacités physiques ni l’entraînement militaire de son frère Philippe qui à la bataille de Poitier combattit au côté de son père. Tout le monde a appris à l'école ses supposées paroles : « Père gardez vous à droite ! Père gardez vous à gauche !» ce qui lui vaudra le surnom de Philippe le Hardi et la couronne ducale de bourgogne en récompense. Charles qui s'est enfui à la bataille de Poitier, ce qui est une honte chevaleresque, ne possède pas les qualités requisent pour faire un chevalier guerrier et ce au grand  dam  de son père. Il possède en revanche et en compensation de bonnes qualités intellectuelles et d'organisation.

Le non intérêt du jeune Charles pour les choses de la chevalerie sauvera son trône et la France. Outre la guerre avec l'Angleterre le dauphin Charles est confronté aux ambitions de Charles le Mauvais roi de Navarre fils de Jeanne de Navarre qui aurait pu devenir reine de France si elle n'avait signé un renoncement. Charles le Mauvais est  l'arrière petit fils de Philippe le Bel, il s'estime plus légitime que le dauphin future Charles V et qu’Édouard III d'Angleterre, ce qui est vrai selon les lois féodales de succession.


C'est un combattant il prétend être mieux à même de repousser l'anglais que le dauphin.

En France, face à l'incompétence de la noblesse entichée de chevalerie, les bourgeois, notamment parisiens et flamands voulaient participer au pouvoir central, ils voulaient  une monarchie contrôlée par le peuple, enfin par les bourgeois.

Les pouvoirs politiques de la bourgeoisie, parfois très importants dans la chrétienté, surtout au sein de l'Empire étaient moindres dans le royaume de  France, cependant, les villes de Bruges et Gand avaient obtenues du comte de Flandre une grande autonomie, ceci donnait un exemple à la bourgeoisie parisienne dont le pouvoir politique était modeste. Les milices citadines flamandes avaient déjà montré leur force à Philippe le Bel en 1302 en décimant la fine fleur de la noblesse à la bataille de Courtrai dite des 1000 éperons d'or, ceux des nobles massacrés. Ces éperons d'or avaient été suspendus au beffroi de la ville. (Les éperons des chevaliers étaient toujours en or).

Il y avait eu pourtant une avancée avec la création, des États Généraux en 1302 par Philippe le Bel pour donner plus de crédibilité à ses décisions souvent impopulaires, surtout en matière financière.

On désignait par États Généraux les assemblées exceptionnelles convoquées par le roi de France pour traiter d'une crise politique, d'une guerre ou d'une question diplomatique, pour  décider d'une aide militaire ou fiscale. Ils réunissaient le clergé, la noblesse et la bourgeoisie des bonnes villes, celles bénéficiant de franchises. Jusqu'en 1484 ils étaient réunis de manière distincte par région de langue d'oïl ou de langue d'oc.
L'élection des députés de chaque province aux États Généraux se faisait par une élection au sein d'assemblées primaires provinciales, elle-mêmes séparées en trois collèges correspondant aux trois ordres. Les membres de ces assemblées primaires étaient pour la noblesse des représentants de toutes les familles, pour le clergé les titulaires des principaux sièges ecclésiastiques ou abbatiaux, et pour le tiers état les représentants des villes ayant un consulat ou un échevinage, c'est à dire une commune.

Étienne Marcel appartenait aux deux plus prestigieuses confréries parisiennes: la grande Confrérie de Notre-Dame aux prêtres et bourgeois de Paris et la Confrérie Saint-Jacques-aux-Pèlerins. Les membres de cette dernière faisaient serment de faire le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle dont la Navarre était  un point de passage obligé et dont son roi, Charles le Mauvais, était également membre de cette confrérie . Étienne Marcel prit un rôle prééminent dans ces confréries et en 1350, il fut cité comme prévôt de la Grande Confrérie de Notre- Dame.  Fort de son influence grandissante, il succéda en 1354 à Jean de Pacy comme prévôt des marchands de Paris.

Des États généraux se réunirent le 17 octobre 1356. Le dauphin se heurta alors à une forte opposition,  Étienne Marcel, à la tête de la bourgeoisie, était allié avec les amis de Charles le Mauvais,  Les États généraux, déclarèrent néanmoins  le dauphin lieutenant du roi (régent) et défenseur du royaume en l’absence de son père et lui adjoignirent un conseil de douze représentants de chaque ordre.


Les États Généraux du 17 octobre 1356, exigent la destitution des conseillers les plus compromis pour avoir dévalué la monnaie à plusieurs reprises,  la capacité à élire un conseil qui assistera le roi ainsi que la libération de Charles de Navarre, emprisonné auparavant par Jean Le Bon.  Le dauphin proche des idées réformatrices n’est pas contre l’octroi d’un rôle plus important des États Généraux dans le contrôle de la monarchie. En revanche, la libération de Charles de Navarre est inacceptable car elle mettrait fin au règne des Valois. Pas assez puissant pour pouvoir refuser d’emblée ces propositions, le Dauphin ajourne sa réponse, congédie les États généraux et quitte Paris,. Les États généraux sont prorogés et seront convoqués de nouveau le 3 février1357.


La grande ordonnance de 1357, pour  une monarchie contrôlée.


Le texte de cette ordonnance comporte 61 articles elle est l'esquisse d'une monarchie contrôlée et un vaste plan de réorganisation administrative. Il précise qu'une commission d'épuration composée de vingt-huit députés, dont douze bourgeois, aura pour charge de destituer les fonctionnaires fautifs (et particulièrement les collecteurs d'impôts indélicats). Les coupables seront alors condamnés et auront leurs biens confisqués. Le Dauphin renonce à toute imposition non votée par les états généraux et accepte la création d'un conseil de tutelle de 36 membres qui se met aussitôt en mesure d'exécuter un programme de réformes. Six représentants des états entrent au conseil du roi qui devient un conseil de tutelle, l'administration royale sera surveillée de près, les finances et particulièrement les mutations monétaires et les subsides extraordinaires seront contrôlés par les états. L'ordonnance prévoie aussi une monnaie fixe, les nobles ne pourraient plus être dispensés de l'impôt, le droit de réquisition des seigneurs doit être aboli, les fourrages et les chevaux mis à l'abri du pillage. En échange de ces mesures les villes fourniront un homme d'armes par cent foyers. Cinq jours après la promulgation de l'ordonnance, presque tous les conseillers royaux du moment sont exilés, les membres du parlement et de la chambre des comptes renouvelés, les officiers de justice et de finances destitués, la cour des aides créée. (Wikipedia)

Le dauphin est contraint d'accepter la promulgation de cette ordonnance révolutionnaire plus de 4 siècle avant la dernière réunion des états généraux du royaume le 5 mai 1789.
Jean le Bon roi en titre mais prisonnier à Bordeaux interdit l'application de cette ordonnance
L'exécution de cette ordonnance va être vite bloquée. La commission d'épuration est désignée mais ne fonctionne que 5 mois. Les collecteurs d'impôts nommés par les États Généraux rencontrent l'hostilité des paysans et des artisans pauvres. Les six députés entrés au conseil de tutelle sont en minorité et les états généraux manquent d'expérience politique pour contrôler en permanence le pouvoir du dauphin qui, en prenant de l'expérience, retrouve l'appui des fonctionnaires. Les déplacements fréquents, coûteux et dangereux à l'époque, découragent les députés de province et les états sont de moins en moins représentatifs. Peu à peu seule la bourgeoisie parisienne vient siéger aux assemblées. Mais enfin, le roi Jean II le Bon, gardant un grand prestige et venant de signer une trêve de deux ans avec les anglais, désavoue le dauphin et depuis sa prison de Bordeaux, interdit l'application de l'ordonnance de «réformation» le 6 avril 1357.
Étienne Marcel et l’évêque Robert Le Coq son allié protestent auprès du Dauphin, celui-ci se sentant soutenu par les provinces, lesquelles ne suivaient pas le mouvement imprimé par la bourgeoisie parisienne, interdit au mois d'août au prévôt et à ses alliés de se mêler désormais du gouvernement. Le Coq se retira dans son évêché ; mais le prévôt, resté à Paris, profita du départ du Dauphin Charles qui avait convoqué les États hors de la capitale, pour organiser la résistance.

 

Charles le Mauvais harangue les parisiens
Charles le mauvais et les ParisiensIl songea dès lors à opposer à la branche régnante des Valois une autre branche de la maison de France et trouva en la personne du roi de Navarre, Charles le Mauvais, un prétendant prêt à tout. Un coup de main combiné par le prévôt des marchands fit sortir le roi de Navarre du château d'Ailleux où il était détenu, et le Dauphin, revenu à Paris sans argent, dut une fois encore convoquer les États pour le 7 novembre. Sous la pression des chefs de la bourgeoisie, il accorda à son beau-frère le navarrais un sauf-conduit et l'autorisation de rentrer à Paris. Le 13 janvier 1358, les États Généraux s'assemblèrent de nouveau mais presque aucun noble et très peu de gens d'église ne s'y rendirent. Les députés se quittèrent sans avoir pu se mettre d'accord sur les moyens à trouver des subsides. Le 23 janvier suivant, le Dauphin prescrit une ordonnance l'autorisant à dévaluer la monnaie. Étienne Marcel, constatant l'échec de l'instauration d'une monarchie contrôlée par voie législative, va essayer de la faire proclamer par la force.

 

Assasinat des maréchaux

Le Dauphin contraint à porter le

chaperon rouge et bleu.

Assassinat marechauxLa nouvelle de l’acceptation par Jean le Bon du premier traité de Londres qui cède le tiers du territoire à l’Angleterre provoque un tollé dont Étienne Marcel va profiter. Un proche du Dauphin est assassiné le 24janvier1358, le meurtrier est saisi alors qu’il se réfugiait dans une église et le Dauphin fait de son exécution un exemple.  Étienne Marcel exploite les esprits qui s’échauffent, le 22 février 1358, Étienne Marcel déclenche une émeute réunissant trois mille personnes qu’il a convoquées en arme. La foule surprend Regnault d’Acy, l’un des négociateurs du Traité de Londres qui a rapporté la nouvelle à Paris. Il se réfugie dans une pâtisserie où on l’égorge férocement avec ses proches.

Puis la foule envahit le Palais de la Cité pour affronter le Dauphin futur Charles V,  Étienne Marcel et certains de ses partisans parviennent à sa chambre dans le but de l’impressionner. Il s’exclame: «Sire, ne vous ébahissez pas des choses que vous allez voir, car elles ont été décidées par nous, et il convient qu’elles soient faites». Le maréchal de Champagne Jean de Conflans et le maréchal de Normandie Robert de Clermont sont tués devant le dauphin, qui est couvert de leur sang et croit son existence menacée.
Étienne Marcel l’oblige à coiffer le chaperon rouge et bleu des émeutiers (aux couleurs de Paris), alors que lui même met le chapeau du Dauphin, et l'incite à renouveler l’ordonnance de 1357.
Ces événements semblent être une répétition de ce qui se passera à partir de 1789. Cette scène ressemble à celle de la prise des Tuilerie par les parisiens le 20 juin1792 quand Louis XVI est contraint de coiffer le bonnet rouge des insurgés.

La grande  Jacqueries et l'alliance momentanée avec la bourgeoisie parisienne.

La paysannerie est excédée par les exactions des soudards, par les impôts levés pour  la guerre et par l'incapacité des nobles à les défendre. Dans ce cadre une altercation entre paysan et nobles dégénère à Saint Leu d'Esserent  près de Chantilly, les nobles sont massacrés.

 Rapidement les exactions contre les nobles se multiplient au nord de Paris, 5 000 hommes se regroupent autour d’un chef charismatique, Guillaume Carle, mieux connu sous le sobriquet de  Jacques Bonhomme. Il reçoit très rapidement des renforts de 300 hommes de la part d’Étienne Marcel, afin de libérer Paris de l’encerclement que le dauphin est en train de réaliser, il voulait en préserver l’accès nord qui permettait de communiquer avec les puissantes villes du comté de Flandre (Bruges et Gand), solidaires des insurgés parisiens.
L’alliance avec Étienne Marcel semble réussir lorsque les Jacques s’emparent du château d’Ermenonville.


Massacre des Jacques sur le pont de Meaux
Jacquerie_meaux.jpgLe 9 juin, les hommes du prévôt de Paris et une partie des Jacques, environ mille hommes, conduisent un assaut sur la forteresse du Marché de Meaux où s'était réfugié le Dauphin et sa famille. C’est un échec,  alors que les Jacques se ruent à l’assaut de la forteresse, ils sont balayés par une charge de cavalerie menée par le comte de Foix, Gaston Phébus,
Mais le gros des forces de Guillaume Carle veut prende Mello, bourgade du Beauvaisis le 10 juin.
Écarté du pouvoir par Étienne Marcel qui a trop vite cru contrôler le régent après l’assassinat des maréchaux, Charles le Mauvais doit montrer au prévôt de Paris que son soutien militaire est indispensable. Pressé par la noblesse, pour réprimer la jacquerie Charles le Mauvais voit le moyen aussi d’affermir sa position de prétendant au trône de France, son allié Etienne Marcel doit abandonner les  Jacques.
Le navarrais prend la tête de la répression, engage des mercenaires anglais et rallie la noblesse. Il s’empare par ruse de Guillaume Carle venu négocier et charge les Jacques qui n'ont plus de chef. C’est un massacre et la répression qui s’ensuit est très dure, quiconque est convaincu d’avoir été de la compagnie des Jacques est pendu sans jugement. La jacquerie se termine dans un bain de sang dont Charles le Mauvais porte la responsabilité alors que le dauphin a su garder les mains propres. Il saura lui par la suite se montrer magnanime envers les rescapé de la répression.


La fin de d'Etienne Marcel et de l'espoir d'une monarchie contrôlée.


Étienne Marcelle et Charles de Navarre se réfugient alors dans Paris assiégé par le Dauphin. Une grande partie des chevaliers recrutés par le navarrais l'abandonne et vont se rallier à la légitimité du futur roi de France. Le gros des troupes recrutées pour la défense de Paris est alors  constituée de mercenaires anglais en déshérence des combats.
L'installation de cette troupe de soudards anglais dans Paris deviendra très vite impopulaire.
Le 21 juillet 1358, à la suite d’une rixe de taverne qui dégénère en combat de rue, trente-quatre archers anglais sont massacrés, les parisiens en armes en saisissent ensuite quatre cent qu’ils veulent soumettre à rançon.
Le lendemain, Étienne Marcel et Charles de Navarre réunissent la population place de Grève pour calmer les esprits, mais les événements leurs échappent et la foule réclame d'être débarrassés  des anglais. C'est alors que 8 000 piétons et 1 600 cavaliers en arme conduisent les parisiens en colère par groupes distincts vers les mercenaires anglais en embuscade, ceux-ci massacrent 600 à 700 parisiens dans l'affrontement.
Les parisiens suspectent Charles de Navarre, qui a quitté Paris avant ce massacre, d’avoir été prévenir d'autres mercenaires anglais et de les recruter afin de marcher sur Paris. Les parisiens prennent soudain conscience que leur chef, Étienne Marcel et son allié Charles le Mauvais soutenaient les ennemis de la France contre le Dauphin et contre la population. Les parisiens se sentent trahis et s'en  désolidarisent brutalement.


Assassinat d'Etienne Marcel Porte Saint Antoine

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La rumeur enfle rapidement, on dit que Philippe de Navarre, frère de Charles arrive avec 10000 anglais. Les Parisiens redoutent qu’ils ne vengent leurs camarades et pillent la ville.
Étienne Marcel, fait marquer les maisons de ceux qu’il suspecte de sympathie pour le Dauphin. Ces signes sont mal  interprétés et la suspicion à son égard augmente encore. L’échevin Jean Maillart, aidé de Jehan Pastoret, président du Parlement de Paris et du gentilhomme et chevalier Pépin des Essart, convainquent les bourgeois de demander l’aide du Dauphin.  Le 31 juillet1358, à l’aube, Étienne Marcel, en compagnie du trésorier de Charles de Navarre, essaye de se faire remettre les clefs de la porte de Saint-Denis pour faire entrer navarrais et anglais  mais il se heurte au refus de Jean Maillard. N’insistant pas il tente sa chance à la porte Saint-Antoine, mais Jean Maillart a sonné l’alerte et rameute le maximum de monde: Étienne Marcel surpris,  au signal convenu, il est massacré avec ses amis.
Les espoirs d’Étienne Marcel de voir s'établir en France une monarchie contrôlée par un parlement meurent avec lui. Pire, en réaction, le peu de franchises dont bénéficiaient l'échevinage parisien disparaît. Le prévôt des marchands ne sera plus élu par les échevins eux mêmes élus au sein de la bourgeoisie, il sera désormais nommé par le roi et lui devra donc cette charge.

 

Entrée triomphale du Dauphin

dans Paris

Entree_de_Charles_V_a_Paris.jpgLe réflexe national a joué finalement, les bourgeois ne voulaient pas de l'anglais allié à Charles le Mauvais lui même allié d’Étienne Marcel. Le réflexe de classe à joué également, la noblesse emmenée par le navarrais ne pouvant pas  permettre que des vilains massacrent des nobles.
Etienne Marcel entre deux alliances, celle du peuple et celle des ambitions personnelles de Charles de Navarre a finalement choisi se dernier, le peuple lui, préférant encore la légitimité du future roi de France compromis, ni avec l'anglais ni avec la répression contre la jacquerie.
Le futur Charles V sort vainqueur de ce conflit et entre triomphalement dans Paris le 2 août 1358. 

La noblesse est encore plus déconsidérée, la bourgeoisie rentre dans le rang et le pouvoir despotique royal est renforcé.

Pourtant la bourgeoisie parisienne ne renoncera pas, plus tard elle soutiendra le parti  bourguignon favorable à une monarchie contrôlée face au parti armagnac qui défendait une monarchie absolue, mais voilà le parti bourguignons s’allia aux anglais et l’évêque Cauchon fut l'une de leur figure, tandis que le parti armagnac nous sorti Jeanne d'Arc. Une autre histoire 70 ans plus tard.

Des révoltes également en Europe.


Révolte de paysans

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Les révoltes populaires n'affectèrent pas seulement la France à cette époque,
En Italie à Florence, c'est la révolte des Ciompi en 1378, ce sont les prolétaires de Florence qui prennent un moment le pouvoir contre les bourgeois et établissent une véritable démocratie.

 

Mort de Wat Tyler
250px-DeathWatTylerFull-copie-1.jpgEn Angleterre c'est la révolte de Wat Tyler en 1381 qui réussit à prendre la Tour de Londres avec ses partisans mais fut tué et celle du prêtre égalitariste John Ball la même année qui est l'auteur de cette phrase célèbre «Quand Adam bêchait et Ève filait, où donc était le gentilhomme?». Puis à la suite de John Ball vint le mouvement chrétien égalitariste des  Lollards qui fut actif jusqu'en 1399 année d'une terrible répression qui les décima.

 

 

En Bohème en 1419 dans l'empire ce fut la révolte des égalitaristes Hussites adeptes Jan Hus lui même adepte des égalitaristes Lollards dont les communistes Taborites de Jean Siska seront les plus nombreux et déterminés. Cette révolte vit nombre d'innovations en matière d'armement et de mœurs les Taborites pratiquaient l'amour libre et les ils allaient de victoires en victoires grâce à leur...  char d'assaut et à leur puissante artillerie. Il fallut nombre de croisades et d'efforts de 1419 à 1436 de la part du pape et de l'empereur pour les vaincre.

La peste noire.

 

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Parmi tous les malheurs que devaient subir le peuple à cette époque le pire fut la peste noire.
La peste noire sévit gravement en France de 1340 à 1440, soit pratiquement le temps de la guerre de cent ans, elle parti du sud de l'Europe pour se rependre pratiquement sur tout le continent. En France la propagation de la maladie, fut favorisée par la surpopulation des villes car les anglais ravageaient les campagnes et celle-ci étaient abandonnées. La malnutrition consécutive à cette guerre favorisa également son expansion ainsi que les mouvements de soldats et de mercenaires en tous genres venant de tous pays.
En France la population a décru de 17 à 10 millions d'habitants, une diminution de 41%.
Le registre paroissial de Givry, en Saône-et-Loire, l'un des plus précis, montre que pour environ 1500 habitants, on a procédé à 649 inhumations en 1348, dont 630 de juin à septembre, alors que cette paroisse en comptait habituellement environ 40 par an : cela représente un taux de mortalité de 40,6%.


Albrecht Dürer

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Ainsi se termine se chapitre par les 4 cavaliers de l'apocalypse La Mort, La Famine, La Guerre et La Peste

 

 

 

La suite prochainement.

2-2- Charles V, la reconquête.

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Published by Alain Benajam - dans Histoire
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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 16:15


En trois parties.

1- La fin d'un monde qui fut prospère
2- Apparition de l'état au royaume de France
3- Reconquête, victoire du despotisme et mythe national.


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Première partie.


La fin d'un monde qui fut prospère.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Image mythique de Jeanne d'Arrc au 19ème siècle

 

 

Les pouvoirs et les politiciens ont un grand intérêt pour l'histoire. Il espèrent en tirer des conclusions pour le présent qui soient favorables à leurs intérêts. Ainsi les pouvoirs forts, autocratiques sont toujours magnifiés dans les histoires officielles qui aiment Louis XIV et Napoléon, tandis que  la période féodale est vilipendée par les historiographes de tous bords car les pouvoirs y était trop dilués et trop partagés pour satisfaire les partisans politiques du despotisme et de la tyrannie.

Ainsi dans notre pays comme dans d'autres, les manuels scolaires rendent compte d'une histoire officielle le plus souvent composée de mythes fabriqués à posteriori. Il y a évidemment le grand exemples des césures: antiquité, moyen ages, renaissance et temps modernes puis époque contemporaine. Ces césures de l'histoire, qui ne correspondent à rien de rationnellement  descriptible permettent toujours comme je l'ai dit plus haut de vilipender les périodes libertaires, misent dans un sac «moyen age» ou se retrouvent des civilisations  complètement différentes et d'ainsi de pouvoir magnifier les périodes despotiques et étatiques venant après une supposée renaissance. 

Pourtant il existe réellement de courtes périodes ou les mutations sociales et techniques sont plus rapides celles-ci pourraient aisément remplacer les pseudo césures de l'histoire officielle . Une importante mutation passe par la guerre de cent ans que cette longue guerre a engendré, elle a créé le mythe national de Jeanne d'Arc déesse de la Résistance, mythe éminemment moderne.

Il ne s'agit pas ici pour moi de dérouler chronologiquement les événements de la guerre de cent ans pour cela chacun peut se reporter  à son livre d'histoire favori, il s'agit pour autant de relier des types d'événements en causes et en effets dans la mutation qui sera engendrée au cours de cette période historique. Il s'agit également d'essayer de comprendre comment les événements engloutirent une période féodale prospère, comment un état émerge et une nation se forme dans la douleur et le malheur des peuples.
Comment naît un mythe et comment l'histoire se fabrique, après coup.

La guerre de cent ans se déroule après une période très prospère pour la France et l'Europe occidentale en générale, celle du beau 13ème siècle, seul siècle sans famine jusqu'au 19ème siècle. Le nord de la France, entre Loire et Somme a été le lieux d'une explosion économique, culturelle et artistique, dont il nous reste en vestige les grandes cathédrales. Cette période des 12 et 13 ème siècle est une civilisation en soit, elle a vu la population triplée. Mais aussi quand débute le 14ème siècle commence une crise économique profonde avec de nombreuses faillites de banques, sur fond de pollution urbaine et de déboisement massif. L'histoire officielle l'appelle le Moyen Ages classique. Le peuple se souviendra de cette période qu'il appellera longtemps celle du « bon temps du roi Saint Louis»

 

 

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St Pierre de Beauvais

 

                                                                               sculpture cathédrale de Reims

 

La guerre de cent ans couvre une période de 116 ans de 1337 à 1453 bien que le traité y mettant un point final officiel date de 1475 mais nulles batailles ou escarmouches ne sont livrées après 1453 année de la bataille finale de Castillon, les anglais étant pris par une guerre civile, dite guerre des deux roses.

On peut diviser la guerre de cent ans en trois périodes.

1- La cause initiale, une guerre de succession classique au sein de la noblesse qui se déroule de 1337 à 1364,  guerre ou le peuple anglais est peu impliqué, le peuple français le sera de plus en plus et souffrira beaucoup. Cette période couvre les règnes de Philippe VI de Valois et de son fils Jean le Bon c'est un désastre pour la royauté française, sa noblesse et le peuple.

2- Une période de reconquête très habile sous Charles V, dit Charles le Sage roi de France  de 1364 à 1380.  il réussit à récupérer la quasi-totalité des terres perdues par ses prédécesseurs, instaure un État relève un peu le royaume de ses ruines, mais au prix de très grandes souffrances pour le peuple qui gronde et se révolte.

3- Une guerre nationale suite à une invasion massive anglaise, qui commence par le désastre militaire d'Azincourt en 1415, puis une terrible guerre civile entre deux partis politiques ne partageant pas la même conception du pouvoir royal. Cette période se termine par la reconquête, la victoire du roi de France à partir de la défaite anglaise de la bataille du coude de la Loire en 1429 marquée par l'apparition de Jeanne la Pucelle appelée plus tard Jeanne d'Arc et l'imposition du despotisme royal en France.

La cause initiale, une guerre de succession pour la trône de France.


900px-Généalogie Charles V.svgImbrication des familles royales



Quand la guerre de cent ans commence le sentiment d'être français ou anglais n'existe pas, l'appartenance ne concerne réellement que sa ville ou son village voir la principauté ou l'on habite, on est normand, poitevin, champenois plus que français. Pire les rois d'Angleterre possèdent de nombreux fiefs sur le continent et donc de nombreux vassaux, être aquitain ou poitevin c'est être aussi « anglais », c'est à dire vassal du roi d'Angleterre. Le peuple est sous l'unique pouvoir de celui qui détient le ban c'est à dire le droit de punir et de contraindre, ce droit peut être détenu par un seigneur, une abbaye ou une ville ayant obtenu des franchises. Le roi, titre honorifique ne possède de pouvoir que dans ses possessions personnelles. Quand commence à s'établir le système féodal au 11ème siècle son territoire propre se résumait à  l'Ile de France actuelle.

Les pouvoirs sont très dilués et très partagés.

Cette guerre de cent ans commence comme une guerre féodale classique entre deux lignées familiales se disputant le même royaume, le royaume de France. Il y a d'un côté  les plantagenets, capétiens par la mère et les valois, capétiens par l'oncle.  L'une des lignée, les plantagenets, possède le royaume d’Angleterre et est vassale du roi de France pour  la Guyenne. La Normandie qu'elle revendique fut ôté  à l'un de ses membres, Jean Sans Terre par Philippe Auguste un siècle et demi auparavant.
En 1328 à la mort de Charles IV, fils de Philippe le Bel, le royaume de France détenu par la lignée capétienne se retrouve sans successeur mâle.
La loi féodale commune à toute la chrétienté  n'interdit pas à une femme de prendre la succession d'un bien territorial.  Un royaume est un bien territorial nobiliaire comme un duché. Justement près de deux siècles auparavant Aliénor duchesse d’Aquitaine avait transmis  le duché à la couronne de France par son mariage avec Louis VII et l'avait récupérée après son divorce d'avec le roi de France, puis elle l'avait  transmise aux plantagenets par son mariage avec Henri II  roi d'Angleterre, duc de Normandie et d'Anjou, qui devenait aussi duc d'Aquitaine par sa femme.

 

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Empire plantagenet au 12ème siècle en brun et rose, le domaine royale en vert foncé et en vert claire, les vassaux directs du roi de France

 


L’aîné des fils de Philippe le Bel, Louis X le Hutin avait eu une fille Jeanne de Navarre, elle aurait du régner, mais on lui avait fait signer un renoncement à la couronne de France avant son mariage avec le comte d'Evreux, preuve s'il en est, qu'elle avait le droit régner selon cette loi féodale, mais elle y avait renoncé.
La succession pouvait donc se tourner vers Isabelle de France fille de Philippe le Bel, mais mariée au roi d'Angleterre le plantagenet  Edouard II. Celui-ci étant brusquement décédé d'un tisonnier rougi introduit par ou il avait l'habitude de pécher, son fils Edouard III, capétien par sa mère devenait roi d'Angleterre et était parfaitement en droit de briguer également la couronne de France.
Tel ne fut pas l'avis des grands du royaume de France, emmenés par Charles de Valois, frère de Philippe le Bel qui préférèrent son fils Philippe, celui-ci fut donc couronné roi de France en 1328  sous le nom de Philippe VI le premier roi Valois .
Afin de rendre cette dérogation à la loi féodale valide, ils inventèrent  une loi « salique » du nom des Francs saliens tribu à laquelle appartenait Clovis. Cette loi prétendait que les femmes franques ne pouvaient régner, comme la royauté française se prétendait descendante des Francs saliens, cette prétendue loi fut invoquée et adoptée pour écarter du trône de France  Edouard III fils d'Isabelle de France, arrière petite fille de Saint Louis.
Pour Edouard III c'était une supercherie et cette loi pure invention, ce qui était le cas.

Le 7 octobre 1337, à l'Abbaye de Westminster  le roi d'Angleterre Édouard III lance publiquement un défi à son cousin, le roi de France. Il conteste la légitimité de Philippe VI de Valois et revendique la couronne de France pour lui-même. C'est le début de la guerre de Cent Ans.
Les deux lignées familiales ennemies plantagenets et valois sont autant françaises de culture et d'origine l'une que l'autre. Les plantagenets sont normands par Mathilde de Normandie petite fille de Guillaume le conquérant mère d'Henri II. Ils sont angevin par Geoffroy Plantagenet duc d'Anjou père d'Henri II qui donne son nom à la lignée, celui-ci épousa Mathilde devenue veuve de l'empereur germanique, enfin  ils sont aquitains par Aliénor qui épousa Henri II après son divorce d'avec Louis VII. Les plantagenets sont exclusivement francophones ils ne parlent pas un mot de saxons, l'anglais se formera pendant leur règne par le mélange des deux langues à parts égales de saxon et de français.


La première campagne d'Édouard III en 1339 passe relativement inaperçue. Il s'attire habilement le soutien des villes flamandes, grosses clientes des produits lainiers anglais. Une hégémonie anglaise au nord du royaume de France s'amorce.
En 1340, après avoir tenu sa cour à Gand et pris le titre de "roi d'Angleterre et de France", Édouard III, engage la seconde campagne sur terre et sur mer. Elle se solde par la défaite de la marine française lors de la bataille navale de l'Écluse
En 1346, Édouard III entreprend une troisième campagne ayant pour but de piller les provinces françaises proches de la Manche. C'est au cours de cette campagne qu'eut lieu la bataille de Crécy.
La bataille de Crécy (1346)  inaugure une série de défaites retentissantes de l'armée nobiliaire    française face à l'armée de métier anglaise composée pour beaucoup de paysans.

 

 

 

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Bataille de Crécy d'après les chroniques de Froissard.

Sur la gauche on remarque la bannière du roi de France et à côté l'oriflamme rouge de France. A droite la bannière du roi d'Angleterre. A gauche les arbalétriers génnois à droite les archers anglais. Les belligérants ne portent pas encore de marques nationales.

 

 


Caractéristiques de l'armée féodale nobiliaire appelée ost et raison de la succession de défaites françaises.

Jusqu'au règne de Charlemagne tous les hommes libres, les francs étaient convoqués à l'ost   impériale, quelque fut leurs moyens. Chaque homme libre devait posséder ses armes et de paysan il se faisait guerrier. Sous le règne de Charlemagne, tous les ans, au printemps, l'ost était convoqué, ce qui désordonnait le travail agricole. Pour plus d'efficacité militaire et plus de capacité à se mouvoir rapidement d'un bout à l'autre de l'empire, Charlemagne finit par  ne plus convoquer que ceux des hommes libres possédant un cheval et pouvant combattre à cheval, les autres pouvaient continuer à cultiver la terre.
La guerre devenait essentiellement une affaire de cavalerie. Au 10ème siècle l'état carolingien s'effondre sous les assauts des grandes invasions. Il n'y a plus d'état susceptible d'organiser et d'entretenir une armée. Chacun se regroupe autour d'un chef de guerre local qui deviendra seigneur, châtelain. Les grands chefs de guerre sont souvent issus de l'ancienne aristocratie carolingienne anciens propriétaires des immenses domaines qui vont se morceler. Le système est le suivant, l'ex grand propriétaire d'un domaine, offre à ses compagnons d'arme, qui peuvent être de toutes extractions, des parcelles de ce domaine, à leur charge de les exploiter et de les défendre. En contre partie le vassal, celui qui à reçu la parcelle, doit à son suzerain, l'ex propriétaire, fidélité militaire et doit se rendre à son ost privé séance tenante sur toutes convocations et avec son propre personnel de guerre et ses armes. Chaque vassal ayant au demeurant ses propres vassaux eux même possédant leur propre personnel de guerre. Les vassaux sont obligatoirement des chevaliers, c'est à dire appartenant à une confrérie militaire combattant exclusivement à cheval, ils sont adoubés durant une cérémonie religieuse particulière.
Ainsi se forme, à partir du 10ème siècle une nouvelle classe sociale, la noblesse qui jusqu'à la fin du 13ème siècle ne sera que militaire. Le roi suzerain, suprême convoque s'il en a besoin son ost, comme n'importe quel seigneur. Il convoque ses vassaux directs, le ban, qui convoquent leurs vassaux et les vassaux des vassaux, l'arrière ban. Tous doivent de se rendre à cette convocation.  L'ost royal est rassemblé à Saint Denis, devant la basilique ou après une cérémonie religieuse l’évêque  donne au roi l’oriflamme de guerre rouge, avec d'un côté inscrit Montjoie et de l'autre Saint Denis.


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Oriflamme de France Montjoie de l'autre côté


 

Cette confrérie des chevaliers  devient une caste avec son mode de vie bien particulier, elle possède un code de l'honneur dont il n'est possible de déroger. Elle fait la guerre toujours de la même manière en suivant  ses rites et son code fort précis. Les chevaliers passent tout le temps de leur vie, souvent très court à faire la guerre ou à s'entraîner à la guerre, la guerre est leur seul  raison de vivre et mourir. 
L'entraînement collectif à la guerre s'effectue dans les tournois. Les tournois sont de véritables batailles rangées entre équipes en utilisant des armes à peine émoussées, il y a de nombreux blessés et des morts. Les tournois deviennent des jeux d'argent ou l'action consiste à faire prisonnier un adversaire puis à réclamer une rançon pour sa libération, il est également possible de lui prendre son équipement et notamment ses éperons d'or. Cela devient également des jeux de sexe. Les tournois sont des spectacles organisés comme tels pour des spectatrices plus que des spectateurs. Les dames de la noblesse sont juchées sur des estrades et ne perdent rien de ce spectacle particulièrement violent, elles ont toutes leur chevalier servant en lice. Celui-ci possède un objet qu'elle lui aura offert. Gagnant le chevalier fera un beau mariage avec la dame de son choix, perdant il se contentera des nombreuses filles de joie entourant en permanence ces rudes hommes de guerre.
Pour ces chevaliers,  guerre et tournois se confondent, dans les deux cas des hérauts d'arme professionnels suivent les combats et notent des appréciations sur le courage et la tenue des uns et des autres, ces appréciations,  les « hauts faits d'arme » peuvent être repris par des trouvères dans des chants et gare à celui qui a fuit devant l'ennemi sa réputation sera compromise et sa place dans la caste nobiliaire remise en question, plus de riche mariage, plus d'argent.

 

Chevallerie

Pression sociale
Dans cette image venant d'une édition du Roman des Chevaliers de la Table Ronde, éditée à la fin du 15ème siècle (reconnaissable aux types d'armets (casques) ) on voit un tournoi ou un combat guerrier, les armes ne sont pas celles des tournois, il y a équivoque. Pourtant on voit les dames sur une estrade qui assistent à la scène et jugent l'engagement ou tremblent pour leur chevalier servant. 

 

Cette pression sociale qui agit sur le chevalier est accentuée par la littérature. Les romans de chevalerie, les chansons de gestes sont largement lus dans la noblesse et même dans la bourgeoisie. Le plus fameux d'entre eux est le Roman des Chevaliers de la Table Ronde de Chrétien de Troyes et  avec  les traités et roman d’amour courtois le Fin'amor occitan. Cette littérature magnifie le chevalier au service de sa Dame défendant la veuve et l'orphelin. Aucun chevalier n'aimerais déroger aux mythes qui entourent son état. Ces mythes prégnants s'accentuent au 15 ème siècle avec la diffusion des livres.

 

L'apparition de l'armure correspond avec le début de la guerre de cent ans, avant les chevaliers revêtaient un haubert en maille de fer. Cette armure commence par la fixation de plaques de fer sur le haubert, elle ira en se sophistiquant jusqu'au 16ème siècle on l'appelle armure de plates puis harnois blanc.  

 

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Tenue d'un chevalier fin 14ème siècle un peu après Crécy le haubert ou cotte de maille est encore présent. C'est le début de l'utilisation de l'armure de plates. Ici Thomas Beauchamps comte de Warwick chevalier anglais d'origine française comme l'indique son nom. (d'après son gisant). A gauche avec un masque protégeant la face.

 


La guerre médiévale, du chevalier est mythique et invariable.


1- L'unité de combat est la « bannière », ou « lance », elle est composée d'un «conroi» c'est à dire d'une équipe de 6 à 12 chevaliers (voir plus pour les riches)  ayant l'habitude de combattre ensemble au tournoi, cette équipe est très soudée et est commandée par un chevalier banneret, ou un homme de plus haute noblesse, sous cette bannière et derrière le «conroi», suivent les non chevaliers, écuyers, sergents, (à cheval), homme à pied et éventuellement homme de trait. Il n'y a pas d'effectifs établis pour une bannière, les hommes de haute noblesse peuvent disposer jusqu'à une centaine d'homme et ceux des moins riches une douzaine seulement. La bannière est carrée, ou rectangulaire fixée à la hampe par le grand côté, elle est portée par le chevalier le plus proche du banneret dont elle porte les  armes, c'est un honneur, les autres chevaliers exhibent  à leur lance un pennon (petit drapeau triangulaire).  Chaque chevalier porte une cotte de tissu sur son armure et un écu (bouclier) à ses propres armes.  Les hommes d'arme portent une cotte aux armes du chevalier dont ils sont au service mais souvent ne portent aucune marque et ne sont pas reconnaissables.

 

 

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Bannière de Raoul de Gaucourt                                                          Bannière de  Jean de Beuil

 

 

2- L'action militaire commence toujours par une charge de cavalerie à la lance, les «conrois» juxtaposés formant une bataille, (se mettre en ligne de bataille, la signification du terme glissera de la formation à l'action) ), puis suit la mêlée souvent à pied ou chacun combat pour soit avec les hommes de sa bannière, c'est une suite de combats singuliers essentiellement à l'épée pour les chevaliers, arme noble par excellence. 


3- Les ruses de guerre et la dissimulation sont prohibées elles ne sont pas chevaleresques, le chevalier et ses armoiries doivent être vues.


4- Les chevalier ne peuvent utiliser d'arme de trait: arc, d'arbalète ou d'armes à feu, l'usage de ces armes est réservé aux roturiers, aux manants (qui travaillent de leurs mains),  elle sont méprisées ainsi que ceux qui les utilisent.


4- Le but de la guerre, comme du tournoi, n'est pas de tuer l’adversaire mais de le faire prisonnier afin d'obtenir une rançon pour sa libération. Il est mal vu de tuer un adversaire autre qu'en combat singulier et encore plus d'exécuter des prisonniers nobles.


5- Chaque chevalier ne combat que pour son suzerain, c'est sa seule et unique motivation. Si le suzerain change de camp, le chevalier change de camp également. Ainsi nombre de chevaliers « français »,changèrent souvent de camp durant la guerre de cent ans au grès des traités qui accordent des territoires donc des fiefs au roi d'Angleterre ou lui enlève. Ceci ne posera aucun problèmes moraux aux chevaliers.  Gagner des fiefs c'est également augmenter le nombre d'homme à sa disposition à la guerre.


Si ces  usages chevaleresques de la guerre sont absolument respectés par les français, ils ne le sont pas par les anglais, pourquoi ?


Il y a bien  évidemment une chevalerie anglaise qui suit les mêmes règles que la chevalerie française, elle a l'habitude de participer aux tournois sur le continent et possède les mêmes mythes. Cependant les effectifs de cette chevalerie anglaise sont beaucoup moindres, chevaliers contre chevaliers, bataille contre bataille, les anglais perdraient toujours.
Les anglais avait commencé à réutiliser l'arc contre les écossais, cette arme était tombée en désuétude face à l'arbalète, mais ils en avaient amélioré l'efficacité avec le «long bow» en bois d'if. Le «long bow» comme l'arbalète était capable d'envoyer des traits pouvant percer des armures, en outre il avait une cadence de tire allant jusqu'à 8 traits à la minute alors que l'arbalète avait une cadence de 1 trait par  minute seulement. Edouard II  avait composé des compagnies d'archer (long bow men) avec de forts effectifs capables de faire tomber sur l'ennemi une pluie ininterrompue de flèches, blessant les chevaux qui couraient ainsi en tous sens et désorganisaient les charges de cavalerie adverse.

 

archer1.gifArcher anglais et son "long bow"


Quand le contingent anglais débarque en France en 1346, il est composé majoritairement de soldats non nobles, bien payés, parmi lesquels un très grand nombre d'archers. Les anglais n'étaient pas en mesure de suivre les règles chevaleresques de la guerre, la majorité des hommes de troupe anglais n'en avaient  que  faire et si ils les avaient suivi, ils auraient toujours été vaincus.
Les anglais inférieurs en nombre combattaient essentiellement en utilisant leurs arcs, utilisaient peu la charge de cavalerie, ils dissimulaient leurs archers et essayaient de tuer le maximum d’adversaires  ils achevaient les blessés et tuaient les prisonniers en les égorgeant y compris les nobles, ils ne gardaient prisonnier que les hommes de très haute noblesse capables de payer de très fortes tançons.


Ils ne suivaient pas en cela les mêmes règles que les français.


Ainsi, contrairement aux usages chevaleresques un très grand nombres de nobles français furent tués au cours des batailles de Crécy en 1346, Poitier en 1356 et surtout Azincourt en 1415, toutes ces batailles suivant a peu près le même scénario.


Une armée française composée essentiellement de nobles  indisciplinés car chacun voulant œuvrer pour son propre compte et sa propre gloire, bousculant ses propres troupes à pieds composées de manants méprisables. Ce groupe nobiliaire informe que l'on ne peut appeler armée était face à une véritable armée anglaise inférieure en nombre mais avec encore une proportion moindre de nobles. Elle était composée surtout de soldats  très disciplinés. Cette armée cherchait seulement à vaincre en tuant le plus possible d'adversaires.


Batailles après batailles la noblesse chevaleresque française disparue physiquement. Elle avait déjà subi un massacre de ce genre à la bataille de Courtrai en 1302 face aux milices citadines flamandes, qui ne connaissant non plus les règles de la chevalerie et qui  avaient massacré la fine fleure de la noblesse française embourbée dans les marais.


Dans la guerre médiévale, il n'y avait que très peu de batailles rangées impliquant des milliers d'hommes. L'action militaire essentielle et devant être efficace pour abattre l'ennemi était constituée de ce que l'on appelait des «chevauchées». Ces chevauchées avaient pour but de razzier le territoire ennemi en portant atteinte aux revenus nobiliaires des adversaires. Ces revenus, constitués de produits agricoles devaient être supprimés en détruisant les moyens de productions paysans. La troupe de la « chevauchée » parcourait la campagne en brûlant les champs et les villages en tuant les paysans et en pillant tout ce qui pouvait l'être.
Les combats, étaient des escarmouches mobilisant peu d'hommes le seigneur agressé dans ses terres essayant d'arrêter pillage et massacres et de ses paysans.


La première conséquence historique pour la France de la guerre de cent ans fut la fin du rôle primordiale joué par  la noblesse d'épée et la chevalerie militaire,  par disparition physique, déconsidération, et ruine.
Ce fut donc la fin de la période féodale classique.
 

 

 

Anglais et français

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Roi d'Angleterre                                                                                                      Roi de France

 


En paix on appelait « français » les seuls habitants de l'actuelle Ile de France, en guerre  on considérait  « français » ceux qui combattaient pour le roi de France. On considérait «anglais» ceux qui combattaient pour le roi d'Angleterre y compris ses nombreux vassaux continentaux "français" d'un moment. Par dérision ces chevaliers passant d'un camp à l'autre, un jour « français » un autre « anglais » étaient appelés des « tournés ».  Cette guerre devenait nationale dans sa dernière phase les « tournés » finiront par être considérés comme traîtres. Beaucoup dans la noblesse gasconne toujours fidèle au roi d'Angleterre seront exécutés pour traîtrise après la dernière bataille de Castillon. 


 Au début de la guerre de cent ans, il n'y avait  pas de marques nationales pour les soldats (non nobles), seules étaient visibles les armes (armoiries) sur les écus, les cottes recouvrant les armures, sur les bannières et les penons des lances. Puis comme les anglais portaient une cotte blanche avec une croix rouge, la croix de Saint Georges, les français non nobles prendront l'habitude de porter une croix blanche, pour se reconnaître entre eux,  souvent (pas toujours) sur fond rouge. A la fin de la guerre de cent ans ces marques nationales, seront majoritairement portées y compris sur les bannières. Croix rouge sur fond blanc, contre croix blanche sur fond rouge. Les bourguignons, troisièmes acteurs alliés des anglais portaient une cotte bleue avec une croix de Saint André blanche.

  
Les deux bannières ennemies présentaient des armoiries françaises


Azure aux fleurs de lys d'or pour l'ost du roi de France et oriflamme de guerre rouge, marquée de Montjoie d'un côté et Saint Denis de l'autre pour le roi.


Ecarté 1, 4 d' azur aux fleurs de lys d'or (armes de France) et de gueule aux trois léopards d'or lampassés d'azur en 2, 3 ( armes de Normandie ) pour l'ost du roi d'Angleterre. Ainsi le roi d'Angleterre s'affirmait roi de France et duc de Normandie.


Les langues parlées par les belligérants, l'usage d'une langue étant formateur du sentiment d'appartenance.


Au début de la guerre, les nobles et chevaliers des deux camps parlaient exclusivement le français «d'oïl», le français standard ou français  de cour, bien que la langue officielle de l'Angleterre fut l'anglo-normand très proche.  Dans l'ost « anglaise » du Prince Noir fils d'Edouard III, prince de Bordeaux on devait sûrement privilégier le français « d'oc » ou combattait une majorité de gascons, langue parlée par la noblesse gasconne et à la cour du Prince Noir.
Edouard III quand il forme la confrérie chevaleresque de l'ordre de la jarretière durant  le siège de Calais lui donne une devise en français :  « Honnit soit qui mal y pense » toujours présente sur les armoiries de l'Angleterre avec adjoint « Dieux et mon droit ».


Les soldats, hommes de pied et sergents à cheval parlaient leur langue locale, il y en avait de forts nombreuses dans les deux camps. En outre, dans le camps français il y avait des italiens, génois, arbalétriers et canonniers,. De nombreux écossais combattaient également dans l'ost française. L'Ecosse se saignera pour fournir continuellement des contingents d'hommes d'armes au roi de France.


Dans le camp anglais il y avait beaucoup plus de non nobles que dans le camp français. Les archers étaient gallois ou anglais, ils parlaient leur langue nationale. Les anglais, paysans recrutés, jusqu'à l'automne seront de plus en plus nombreux pour occuper les vastes territoires du Nord de la France acquis par le traité de Troyes. L'anglais mélange de français et de saxon parlé par le peuple et la petite noblesse saxonne, commençait à se standardiser notamment avec Geoffrey Chaucer 1343-1400 et ses très populaires contes de Canterbery inspirés du Décaméron de Boccace. L'usage de l'anglais se répendait dans la bourgeoisie et la petite noblesse.


En1361 Edouard III  imposa l'anglais comme langue officielle pour l'Angleterre à la place de l'anglo-normand.


Pourquoi cette décision capitale?

Le peuple anglais d'origine saxonne était dominé depuis 1066 date de la bataille de Hastings par les Normands puis, après le pouvoir plantagenet, par les angevins, les deux imposant leur français de l'époque et leur pouvoir sur le peuple, la noblesse saxonne et la langue saxonne. Par cette habile décision Edourd III plantagenet, francophone, va chercher à s'allier le peuple anglo-saxon dans sa guerre. Il va contribuer à nationaliser cette guerre en essayant d'effacer son aspect purement nobiliaire entre dynasties continentales françaises.

Ainsi les populations occupées du Nord de la Loire feront l'amalgame entre les soudards anglais avec leurs  exactions et  la  langue anglaise.  Les anglais étaient surnommés «godons» en reproduction de leur juron préféré « God dam » (Dieu me damne) les soudards et leur langue deviendront impopulaires pour le petit peuple de France.

Autre conséquence de la guerre de cent ans fut l'abandon de la langue anglo-normande comme langue officielle du royaume d'Angleterre et son remplacement par l'anglais. L'anglo-normand était très proche du français.  Cette imposition  va grandement contribuer à former et séparer les sentiments d'appartenance entre français et anglais.

Le temps des chevauchées et des malheurs du peuple.


La défaite française de Crécy ne mettait pas fin à la guerre, les anglais n'ayant pas encore atteint leur but qui était le couronnement d'Edouard III roi de France et d'Angleterre.

 Parmi les nombreuses chevauchées de la guerre de cent ans celles du Prince Noir marquèrent  durement les français du sud de la Loire.

 

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Les chevauchée avant le traité de Brétigny

 

Edouard Plantagenet de Woodstock fils d'Edourd III, dit plus tard le Prince Noir s'établit à Bordeaux il fut nommé Prince de Bordeaux par son père. Il disposait d'une importante armée constituée d'archers gallois et de chevaliers et hommes d'armes gascons. Il avait gagné ce surnom de Prince Noir, non pas seulement en raison de la cotte noire qu'il revêtait au dessus de son armure mais  également en raisons des graves dérogations aux règles de la chevalerie qu'il avait prises en faisant massacrer blessés et prisonniers nobles après la bataille de Crécy. Les chevauchées du Prince Noir vont ravager le sud de la Loire pendant que son père Edouard III ravage le Nord et tente de prendre Reims lieu mythique ou sont couronnés les roi de France. Ces chevauchées vont terroriser les populations qui se réfugièrent dans les villes fortifiées. Non équipés d'armes de siège le Prince Noir et son père devaient contourner les villes hostiles. Ils s'épuiseront vainement.


Néanmoins, la France à genoux, le roi de France Jean II le Bon fait prisonnier à la bataille de Poitier est contrainte de signer les traités  de Londres et de Brétigny en 1365  et doit payer une importante rançon pour la libération du roi. Ces traités accordent aux anglais et à la domination du Prince Noir, les anciennes possessions plantagenet du sud de la Loire,

 

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Traité de Brétigny



Cette période s'achève sans réelles victoire pour l'un et l'autre camp, certes l'armée féodale française fut durement vaincue, certes le traité de Brétigny toucha durement la France, mais Edouard III n'a pas vaincu, ses forces s'étaient épuisées. La peste noire commença à faire des ravages et en France comme en Angleterre les révoltes paysannes et bourgeoises grondèrent contre une noblesse déconsidérée.


La noblesse française n'a pas réussi à protéger le peuple et la noblesse anglaise qui s'est confortablement enrichie par les pillages, n'a pas réussi à vaincre et ainsi atteindre son objectif.

La suite prochaine, la deuxième phase celle du règne de Charles V verra la reconquête des terres perdues, la construction d'un état, la peste, des révoltes et des guerres civiles.



 

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Published by Alain Benajam - dans Histoire
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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 18:26

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La Gauche, mythe ou réalité?



Le terme politique de gauche, comme de droite, provient de la disposition des partis et courants politiques dans l'hémicycle du parlement français au début de la troisième république.


Dés 1870, à gauche siégeaient les partisans de la république comme mode de gouvernement pour la France et à droite siégeaient les royalistes. Au début de la troisième république le clivage politique était simple et marqué, républicains contre royalistes. Les républicains étaient à cette époque progressistes c'est à dire qu'ils œuvraient pour un progrès continu de l'humanité dans tous les domaines, que cela concernait la démocratie, l'industrie, la santé, l'éducation les libertés ou même les mœurs. Les royalistes étaient conservateurs c'est à dire qu'ils refusaient le progrès de l'humanité tel que décrit succinctement.


La gauche était républicaine et progressiste.


L'habitude a donc été prise partout, par comparaison avec la disposition du parlement français, dans tous les pays de désigner les progressistes comme étant de gauche et les conservateurs comme étant de droite. Cette façon d'évaluer les opinions politiques est resté peu ou prou identique.


Après ce premier combat politique droite gauche, monarchie contre république, gagné par la gauche, ce fut l'affaire Dreyfus » à partir de 1894. Le capitaine Dreyfus juif alsacien fut accusé faussement d'espionnage par l'état major de l'armée qui était royaliste et gagné à l'antisémitisme. La droite antisémite pris parti contre Dreyfus cette droite fut appelé anti-dreyfusarde tandis que la gauche radicale républicaine dreyfusarde défendit ce capitaine juif. Pourtant toute la gauche ne prit pas parti dans ce premier combat contre l'antisémitisme, puisque l'extrême gauche socialiste de Jules Guesde, qui commençait à exister refusa de défendre Dreyfus arguant que c'était un combat de bourgeois.


Dégradation du capitaine Dreyfus


Avec l'arrivée des socialistes siégeant à gauche dans l'hémicycle le terme évolua de républicain et progressiste en ajoutant un aspect revendicatif, ouvrier et social voir socialiste.


La gauche se retrouva en 1901 avec le gouvernement républicain radical du petit père Combe, sur le combat anticlérical, en effet le pape avait pris position contre la république refusant  ce mode d'organisation d'un état qui, selon lui allait à l'encontre des préceptes de l'église. Ce fut la séparation de l'église et de l'état avec les lois laïcs de 1905. La droite royaliste et cléricale combattit ces lois laïcs. La différenciation droite gauche était fortement marquée à cette époque.


La gauche devint nettement anticléricale.

 



Le Parti Socialiste (SFIO), Section Française de l'Internationale Ouvrière, adhérant à la deuxième internationale fut créé en 1905, ce parti défendit les revendications ouvrières notamment celle de la journée de huit heure.


La gauche devint sociale.

 

Evoquation du massacre de Fourmies contre des ouvriers qui réclamaient la journée de

8 heures


En 1914 chaque parti d'Europe adhérant à cette deuxième internationale socialiste pris fait et cause pour la guerre. Seul Jaurès clama son opposition il fut assassiné. Cette guerre inique fut un holocauste et l'internationale socialiste sombra. A ce moment il n'exista plus en Europe de droite et de gauche tout le monde voulait la guerre.


La gauche n'avait plus de signification.


En 1917 les socialistes prennent le pouvoir en Russie pour arrêter la guerre. Sur ce point le Parti Ouvrier Social Démocrate de Russie se divise, les « Bolchéviks » ou majoritaires pour l'arrêt des hostilités et les « Menchéviks » minoritaire pour continuer. Les Bolchéviks l'emportent et prennent seuls le pouvoir en Russie. Lénine chef de fil des majoritaires « Bolchéviks » créé un autre parti et dans le même temps une autre internationale. Ce nouveau parti socialiste prend le nom de communiste et la nouvelle internationale, 3 ème internationale, prend le nom d'Internationale Communiste. Cette nouvelle internationale prône la création partout en Europe et dans le monde de Partis Communistes organisés selon le précepte léniniste d'une organisation militaire et pyramidale appelé « centralisme démocratique » chaque parti adhérant à l'internationale communiste s'engage à établir dans son pays la dictature du prolétariat sous la direction d'un parti unique.


En 1919 les socialistes toujours unis, avec les radicaux, votent la journée de huit heures, la gauche s'est retrouvée.


En 1920, au congrès de Tour, le parti socialiste français (SFIO) se scinde, une partie sous la direction de Marcel Cachin veut adhérer à la 3 ème internationale communiste, une autre sous la direction de Léon Blum, refuse les préceptes léninistes et veut rester adhérante à la 2 ème internationale.

Le Parti Communiste SFIC (Section Française de l'Internationale Communiste) est donc créé en France à cette date.


La gauche se divise entre partisans et adversaires de l'URSS, partisans et adversaires de la dictature du prolétariat.

Les communistes ne peuvent être républicains puisque le principe de dictature du prolétariat est contradictoire avec le concept républicain d'intérêt général.


Les communistes sont-il de gauche?


Dans les années 30 c'est la montée du fascisme partout en Europe et particulièrement en Italie et en Allemagne. En 1934, l'extrême droite veut prendre le pouvoir en France, elle organise le 6 février 1934 un violent assaut contre l'assemblée nationale. Socialistes et communistes prennent peur et organisent spontanément le 9 février une manifestation commune sévèrement réprimée. Afin de protester contre la répression antifasciste et faire front contre la montée du fascisme en Europe une grande manifestation commune est organisée à Paris le 14 février 1934.


La gauche se retrouve et avec les radicaux va jeter les bases du Front Populaire.


Les communistes poussés ou non par la 3 ème internationale et Moscou prônent alors une large alliance antifasciste incluant les classes moyennes et les libéraux du Parti Radical. Un Programme minimum commun est réalisé entre le Parti Communiste SFIC, le Parti Socialiste SFIO et le Parti Radical, pour: Le Pain, La Paix et la Liberté. Cette coalition de gauche gagne les élections du 26 avril et du 3 mai 1936. De mai à juin 1936, un mouvement de grève se généralise en France et obtient la satisfaction d'un certain nombre de revendications ouvrières dont les congés payés, validés par la majorité de gauche.


La gauche à ce moment est essentiellement antifasciste.


Serment du14 février 1934


Les communistes ne désirent pas participer au gouvernement du Front Populaire.

En Espagne, le Front Populaire également au pouvoir par les élections doit combattre une rébellion militaire et fasciste dirigée par le Général Franco et soutenue par les puissances fascistes. Le gouvernement français de gauche refuse son aide militaire à la jeune république espagnole, c'est la politique de « non intervention ». Celle-ci résiste difficilement face à l'aide militaire massive apportée par l'Allemagne nazi et l'Italie mussolinienne. Les communistes lèvent partout en Europe des troupes de volontaires pour aller combattre le fascisme en Espagne ce sont les brigades internationales, mais en vain.

La coalition du Front Populaire explose. Alors que le combat prioritaire des communistes était la lutte contre le fascisme, Socialistes et Radicaux ne suivent pas. Pire le 29 et 30 septembre 1938 la conférence de Munich doit permettre à Hitler d'annexer les Sudètes, cette province germanophone du sud de la Tchécoslovaquie, l'ensemble des parlementaires français, à l'exception des communistes votent pour cette trahison.


La gauche française a disparu laissant une voie royale au fascisme.

Le socialistes et les radicaux sont-ils encore de gauche à ce moment.


Répondant à cette trahison des puissances occidentales et de la gauche française et la laissant démunie face à l'Allemagne hitlérienne, l'URSS signe avec cette Allemagne un pacte de non agression.

Le Parti Communiste jugé trop proche de Moscou est interdit.


En 1939, après l'invasion de la Pologne par les nazis la guerre contre Hitler ne peut plus être évitée même si la droite française clame haut et fort: « plutôt Hitler que le Front Populaire ».

Forts de cette maxime, les chefs militaires français traditionnellement de droite , combattent on ne peut plus mollement les armées nazis et dans leur masse trahissent en abandonnant le combat au printemps 1940.


Seul un colonel, Charles de Gaulle chef d'un régiment blindé résiste avec succès, il est rapidement promu général puis secrétaire d'Etat à la Guerre, mais il est trop tard, les troupes françaises abandonnées par leurs chefs se débandent.

Les députés français, à l'exception des communistes interdits votent les pleins pouvoir au Maréchal Pétain. Celui-ci s'empresse de signer une armistice aves les nazis et entame une politique de collaboration, la république française est abolie, la gueuse, comme l'appelaient les royalistes est morte beaucoup à droite sont satisfaits.

 



A partir de cette période il n'est plus possible de parler ni de gauche ni de droite.

Ou de Gaulle était-il de gauche ?


Le Général de Gaulle réfugié à Londres à partir de son appel du 18 juin essaye et espère rassembler sous son commandement des militaires patriotes refusant la défaite. Le Général de Gaulle est un homme de droite, comme nombre d'officiers il était membre de l'action française royaliste. Il appela des militaires à venir le rejoindre peu, très peu se présentèrent. Comme il le dit dans ses mémoires j'attendais des militaires je vis venir des « juifs et des barbus ». Cependant il put s'appuyer en Afrique sur un autre officier également membre de l'action française Leclerc de Hautecloque qui organisa une force militaire en Afrique ce furent les Forces Françaises Libre.

Dans la France occupée le Parti Communiste clandestin organisa une force armée de résistance les Francs Tireurs et Partisans Français (FTPF). La conjonction de ces deux forces militaires efficaces a placé la France parmi les vainqueurs.


La division politique à ce moment entre droite et gauche n'avait plus de sens il n'y avait que des résistants patriotes d'un côté et des collaborateurs de l'autre.

A moins de dire que tous ceux qui défendaient la patrie républicaine étaient de gauche et les collabos fascistes étaient de droite, ça se tient parfaitement!


La résistance communiste, monument aux FTP-MOI du Père Lachaise


Le secrétaire du Général de Gaulle, Jean Moulin, un radical, réussit à convaincre le Général d'unifier la résistance au nazisme et au pétainisme dans une organisation commune ou serait inclus les communistes avec leur organisation militaire ce fut le Conseil National de la Résistance CNR. Puis un gouvernement provisoire fut organisé à Alger composé de toutes les forces politiques non collaborationnistes. L'ex gauche et l'ex droite française se retrouva au sein du CNR et du gouvernement provisoire. Il est vrai que l'influence politique de la gauche et du parti communiste y était prépondérante. Le CNR élabora un programme politique progressiste devant être mis en oeuvre à la libération, comportant la sécurité sociale et le droit de vote des femmes.


Jean Moulin était assurément de gauche mais Leclerc de Hautecloque alors?

 

La république fut rétablie en août 1944 sous le gouvernement provisoire GPRF (Gouvernement Provisoire de la République Française)


Le GPRF décide de procéder le 21 octobre 1945 à un double référendum sur la question des institutions, et à une élection législative. La première question du Référendum doit permettre à la nouvelle Assemblée d'être constituante, les électeurs votent OUI à 96% ; la deuxième question prévoit de limiter les pouvoirs de cette Assemblée, les électeurs votent OUI au deux tiers. Les élections législatives, qui ont lieu le même jour, mettent en avant trois partis principaux : le PCF, le MRP (chrétiens sociaux) et le Parti socialiste SFIO. Ces derniers forment par la suite une force gouvernementale unie, que l'on nommera le tripartisme.


1945 le PCF premier parti de France la gauche est majoritaire

 

De Gaulle en désaccord avec la nouvelle constitution de 1946 démissionne.

La gauche semble pour un temps se recomposer mais pour un temps très court seulement.

A la conférence de Yalta de 1945 les vainqueurs, anglo-saxons et soviétiques s'étaient partagé le monde en zone de domination.

Le gouvernement triparti composé de ministres de gauche communistes et de socialistes va perdurer jusqu'en mai 1947.

Le partage de Yalta et la guerre froide qui suivit partagera également la France et deux camps, partage traversant également la gauche.

D'un côté des communistes qui soutiennent l'URSS, de l'autre les socialistes et les sociaux chrétiens du MRP qui soutiennent les anglo-saxons et sont soutenus par eux (les Radicaux on quasiment disparu du paysage politique français). De Gaulle a créé un parti politique en 1947, le RPF (Rassemblement pour la France) qui est classé à droite.

La gauche n'existera plus en France, l'ex gauche non communiste se mettra au service des anglo-saxons par la vertu du pacte atlantique, cette gauche n'obéira plus qu'aux ordres venus de Londres et de Washington.

Les trotskystes lambertistes de la 4 ème internationale ourdissent avec la CIA une scission au sein de la CGT c'est la création de Force Ouvrière en 1947 qui s'empresse d'adhérer à la CISL (Confédération Internationale des Syndicats Libres) elle même création de l'AFL CIO organisation des « Trades Union » étasuniens étroitement contrôlées par la CIA. Les socialistes soutiendront ce syndicat anti CGT. Le mouvement syndical français s'en trouvera durablement affaibli.

Troskystes agents de l'impérialisme US, de gauche ou de droite?

Jules Moch, exemple d'un ministre socialiste au service des anglo-saxons et de la droite.

Des grèves dans les charbonnages du Nord, furent déclenchées en octobre 1947 par la CGT en raison d'un retard des salaires sur les prix de plus de 30%, l'inflation étant alors un mal chronique malgré le plan Marshall. Elles furent sévèrement contrées par le ministre de l'Intérieur Jules Moch, qui mobilisa 60 000 CRS et soldats contre les 15 000 grévistes retranchés dans les puits, et imposa la reprise du travail fin novembre. À la faveur de la lassitude des travailleurs et de la division des syndicats, en CGT et FO, la répression fut sévère, avec plus de 2 000 licenciements, cinq morts et de nombreux blessés. Jules Moch crée les inspecteurs généraux de l'administration en mission extraordinaire (Igames), les premiers préfets régionaux. Au ministère de la Défense, il contribue à la modernisation de l'armée, met sur pied la participation française à la guerre de Corée et contribue à la mise en œuvre de l'OTAN.

Les différents gouvernements socialistes régulièrement au pouvoir à partir de 1947 se lanceront dans les guerres coloniales à la demande des anglo-saxons qui craignent que les colonies françaises ne tombent sous influence soviétique en accédant à l'indépendance. C'est la guerre d'Indochine puis la guerre d'Algérie ou les socialistes iront jusqu'à justifier l'emploi de la torture.

Le Parti Communiste quasiment exclusivement se mobilise contre les guerres coloniales et contre la torture en Algérie ( Voir le livre d'Henri Alleg: "La Question " alors secrétaire général du Parti Communiste Algérien)

La faillite de la gauche socialiste est totale jusqu'au gouvernement Guy Mollet contraint en 1958 d'aller rechercher le Général de Gaulle.

Les anglo-saxons font agir leurs réseaux «stay behind» pour remettre en scelle le Général de Gaulle afin que celui-ci puisse continuer avec sucés, l'espèrent-ils, la guerre d'Algérie. Si les socialistes fidèles aux anglo-saxons, sont favorables au retour du Général, les communistes y sont très hostiles.

Cette prise de pouvoir (soutenue par la SFIO) est en principe marquée comme une action de droite.

Pourtant de Gaulle, contrairement à ce qui était attendu de lui, entreprend d'arrêter la guerre d'Algérie et de décoloniser. Après une tentative de putsch dont les anglo-saxons assureront  la logistique et après 40 tentatives de meurtre contre sa personne perpétrées par une organisation, l'OAS, pilotée par les «stay behind» anglo-saxons, de Gaulle entreprend de se détacher résolument la tutelle anglo-saxonne pesant sur la France depuis la signature du Pacte Atlantique.


Un quarteron de généraux (made in USA)


Les soviétiques ne cesseront d'applaudir aux initiatives anti anglo-saxonnes du Général de Gaulle.

Ici va commencer un aspect fort curieux de l'Histoire de France qu'il faudra un jour débrouiller.

Les communistes français, ne vont pas suivre les soviétiques dans leur contentement de voir de Gaulle au pouvoir en France. Ils vont s'attacher à reconstituer une gauche unie, anti gaulliste, ils vont s'attacher à remettre en scelle un parti socialiste moribond, fidèle allié des anglo-saxons et promoteurs d'une organisation européenne voulue par ces anglo-saxons. Dans ce processus d'intégration européenne les nations perdrons leur souveraineté dont la France bien évidemment.

En mai 1968 une extrême gauche venue d'on ne sais ou, entreprend de déstabiliser le pouvoir gaulliste. Dans cette extrême gauche nous trouvons des trotskystes tient la CIA,! Nous trouvons des maoïstes staliniens fortement opposé au PCF et à l'URSS et avec eux une ribambelle de révolutionnaires de salon. Tout ce monde de «communistes» d'opérette se cristalisera dans la critique virulente non seulement du gaullisme mais également du PCF et de l'URSS.


Les socialistes et leurs amis s'entendront au cours d'un fameux meeting au stade Charlety pour enfoncer le clou de l'anticommunisme (au sens anti PCF) commencé par des «gauchistes» venus de nulle part et disparus juste après. Les communistes du PCF qui s'engouffreront par entrainement dans la contestation n'ont rien vu venir, toujours aveuglés par l'histoire du Front Populaire, qu'ils espèrent réitérer. Il est vrais qu'aux accords de Grenelle les salariés obtiendrons quelques avancées notables, mais rien qui puisse faire penser a ce Front Populaire.

 

Mai 68

Piéger les communistes, déstabiliser de Gaulle et faire peur aux français


La «gauche» non communiste à l'œuvre, au service des anglo-saxons contre leurs deux pires ennemis de Gaulle et les communistes.

Si les communistes avaient eu une vision géostratégique du monde et non pas une vision idéologique sectaire, pour suivre leur utopie ils auraient choisi de s'allier avec le Général de Gaulle et la face du monde en aurait été bouleversé. Une gauche véritable républicaine et progressiste aurait pu se constituer. Je reviendrai sur cet aspect dans un autre article.

Les communistes paieront très cher par la suite d'être tombé dans ce piège, ils n'iront plus que de Charybde en Sylla.

Le cadre national souverain permettant l'exercice du pouvoir politique du peuple sur l'économie étant perdu, contre les volontés gaullistes et communistes, l'idéologie de libre échange fera des ravages jusqu'à l'effondrement économique d'aujourd'hui.

Si la gauche, définie d'après ses concepts initiaux de défense de la république et du progrès n'a plus existé en France après 1947, une néo gauche sera reconstituée petit à petit à partir des années 60 par les communistes en fausse gauche ou gauche de patronage, sous l'œil d'abord déconcerté, puis étonné puis amusé, puis encouragé des anglo-saxons.

Chronique d'un désastre.

Au début des années 60, le parti communiste français, en souvenir de ses succès de 1936 et de 1945, entrepris une nouvelle stratégie de prise de pouvoir par la voie électorale. Déjà en 1945 au cours d'une interview au Time, Maurice Thorez explicita « qu'il existait d'autre chemins que ceux choisis par les communistes russes pour construir le socialisme », il sous entendait ainsi qu'il était favorable à une prise de pouvoir par les urnes. La représentation électorale du PCF étant insuffisante, les communistes choisirent une voie intermédiaire pour parvenir à leur fin: le socialisme et au delà le communisme.

Cette voie était une « démocratie avancée ouvrant la voie au socialisme », cette « démocratie avancée » devait être construite en alliance avec le parti socialiste et la gauche en générale afin de pouvoir parvenir à une majorité. Le parti communiste mis au point un programme de gouvernement minimum pouvant être accepté par les socialistes avec ce programme minimum des négociations furent entreprises avec les socialistes et les radicaux en vu d'élaborer un programme commun.

Dans ce programme figurait un certain nombre de nationalisations préfigurant un socialisme en devenir. Le parti socialiste SFIO à la fin des années 60, n'existait pratiquement plus. Aux élections présidentielles de 1969, après la démission de de Gaulle le candidat communiste, Jacques Duclos obtient 21% des voix tandis que le candidat SFIO, Gaston Defferre n'en recueille que 5% et le PSU de Michel Rocard 3%. Le rapport de force au sein d'une gauche était initialement favorable aux communistes.

Le 13 juin 1971 se tient à Epinay un congrès devant unifier ce qui pouvait rester d'une gauche non communiste atomisée. François Mitterrand alors président de la CIR (Convention des Institutions Républicaines) devient le secrétaire général de ce nouveau parti intitulé socialiste sur une ligne politique d'alliance avec les communistes et avec un programme commun de gouvernement.

Ce programme commun de la gauche sera signé le 26 juin 1972 entre communistes, socialistes et radicaux de gauche de Robert Fabre, les radicaux s'étant divisés sur l'opportunité d'une alliance avec le PCF.

Cette alliance est devenue rapidement très populaire parmi les français puisqu'elle ouvrait des perspectives concrètes de changements de gouvernement. Cependant les français perçevaient cette initiative comme étant celle de François Mitterrand et des socialistes et non celle réelle des communistes. A partir de la signature de ce programme, les communistes vont perdre continuellement des voix aux différentes élections et les socialistes en gagner. Les communistes ont ainsi offert un fantastique renouveau aux socialistes et un splendide tremplin à François Mitterrand.

Les français ne perçoivent plus un PCF, un PS et des radicaux différenciés mais une gauche mythique rapidement associée au seul PS avec son symbole: la rose au poing.

François Mitterrand fort de sa gauche mythique avec son « peuple de gauche » pourra gagner les élection de 1981. A partir de 1982 les USA avec son outil la NED CIA entreprendrons de favoriser la bipolarisation politique dans tous les pays sous leur contrôle afin de faciliter leur influence: une à gauche, l'autre à droite mais en France le travail était déjà fait... par les communistes. Ainsi les anglo-saxons ne verront aucun inconvénients à la participation de ministres communistes secondaires au gouvernement français.

Mitterrand savoure sa victoire au Penthéon.

Les communistes sont finis


La gauche au pouvoir en 1981, incluant des communistes déjà en cours de marginalisation, entreprend derechef l'application d'un mini programme commun composé essentiellement de nationalisations. Ces nationalisations sont en fait des étatisations remplaçant les actionnaires privés de quelques entreprises liées à la défense et de quelques banques. Déjà les effets de l'européïsmes aveugle et du début de la mondialisation commencent à se faire sentir, la France se désindustrialise, le chômage augmente et la France commence à s'endetter. Ces nationalisations n'auront évidemment aucun effet, c'est la fin des 30 glorieuses et la crise commence.

Différents gouvernements suivront en 25 ans avec cohabitation gauche droite, avec la gauche seule, avec la droite seule, avec communistes, sans communistes, avec nationalisation puis avec privatisation.

De tout ça: rien de mieux ni des uns ni des autres. De tout ça forcément rien puisque droite et gauche mythique étaient d'accord sur l'essentiel c'est à dire la perte consentie de souveraineté du peuple français sur la France ne lui permettant plus de contrôler l'économie ni d'agir sur elle, comme il avait été fait avec durant la période gaulliste.


Augmentation continuelle de la dette publique de la France depuis 1981


La messe était dite maintenant on paye!

Une gauche mythique remplace aujourd'hui une gauche véritable éteinte depuis 1947.

La gauche issue du programme commun ne sera plus désormais une gauche politique liée à des partis ou issue d'analyses politiques ou de prises de positions fortes venant de combats périlleux, comme pouvaient l'être à la fin du 19 ème siècle la lutte pour la république, pour la laïcités contre l'antisémitisme, puis au début du 20 ème contre la guerre, pour des lois sociales, contre le fascisme, contre la collaboration, puis à partir de 1945 contre l'impérialisme, le colonialisme et le racisme.

Il n'y aura plus qu'un «peuple de gauche » se ralliant à quelques mythes construits avec quelques souvenirs du passé ou à quelques concepts vidés de leur sens n'étant plus que des mots modes ou l'attitude de « gauche » n'est plus qu'une somme de « bons sentiments » propres à procurer une satisfaction de soi.

Je publierai dans quelques jours, sous l'intitulé : «La Gauche de Patronage» une critique de ces concepts détournés et de ces erreurs sémantiques de  notre néo gauche de salon qui a pleinement participé à placer la France dans la crise actuelle.


Dans l'attente:

Faite voter comme je le fais moi-même pour les listes de « Debout La République » au prochaines élections européennes.



 


 

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25 mai 2008 7 25 /05 /mai /2008 19:06

A ma mère, à mes filles, à mes petites filles, à mes sœurs, à ma nièce, à mon épouse, à Personne que je viens d'adopter et à toutes les femmes que j’ai connu qui m’ont laissé..... comme un enfant !

 

A la France mon amour: Hommage (Cliquer ici avant lecture*)

 

Ma France est une femme.


J’ai rencontré il y a quelque temps à Saïgon, un homme, plus tout à fait jeune, vietnamien, francophile, médecin renommé et humaniste qui s’intéressait aux déesses. Il m’avait fait part de ses réflexions sur la France en me disant que notre pays avait particulièrement, plus que tous les autres, développé le culte des déesses. Grand fut mon étonnement car je ne pensais pas que les français depuis qu’il exista le monothéisme et l’athéisme pouvaient s’adonner à de tels cultes.

Bien entendu il s’agit pour nous d’un « allant de soi » car il est vu mais non remarqué, dont nous sommes naturellement incapables de nous rendre compte.

La France est une femme, encore une particularité qui s’ajoute à toutes celles qui distinguent notre pays des autres. Que nous le voulions ou non, nous ne vénérons que des déesses.

Cathédrale d'Amiens 1249

La vierge Marie déesse de la paix et de la fécondité, symbole de la France depuis le 12ème siècle jusqu’à la Révolution. Les armes du royaume de France, d’azur fleurdelisé d’or puis d’azur à trois fleurs de lys d’or sont un symbole marial et bien entendu féminin.

     

 

A partir du 10ème siècle, un nouveau système social et de pouvoir s’établit en France puis en Europe, le système féodal.  Les invasions Vikings, Mayar et Sarrasines ont détruit totalement la société carolingienne précédente.  L’anarchie et la violence règne partout en Europe. Les guerres privées ravagent les campagnes. La polygamie est devenue la règle chez les grands, les femmes s’enlèvent ou s’achètent. Le mouvement dit de la paix de Dieu est  demandé par le peuple et entrepris par l’église, il se développe au cours du 11ème siècle et tente de canaliser la violence des chevaliers et d’adoucir les mœurs. C’est à ce moment que l’église choisi de faire la promotion du culte marial.  Bien entendu, à cette époque la Vierge Marie fait partie du Panthéon chrétien, mais ne fait l’objet d’aucun culte particulier. L’iconographie et surtout la statuaire mariale se développe partout et un véritable culte, bien particulier nait jusqu’au point de pratiquement supplanter  le culte monothéiste trinitaire.  La vierge Marie symbole de pureté est également représentée très souvent « à l’enfant » et devient par la même symbole maternel, une femme véritable douce et apaisante.

Agnés Sorel représentée en vierge à l'enfant, une icône de son temps bien avant BB en Marianne

Deux symboles de Marie, le bleu toujours la couleur de son manteau et la fleur de lys qui l’accompagne, deviendront le symbole du royaume des francs, puis du royaume de France. Ceci est particulièrement remarquable car il n’existe que très peu de fleurs en héraldique. Les grands de cette époque, duc, comtes, rois  et empereurs choisissent toujours pour emblème un élément agressif ou de défense, souvent un animal mythique. De gueule à deux léopards d’or pour la Normandie et l’Angleterre,  d’argent à l’aigle de sable pour l’empire germanique, le lion pour les Flandres, le château pour la Castille. Etc.. L’aigle, le lion et le léopard étant généralement employé pour symboliser la puissance. Pour la France … des fleurs et  une femme à l’enfant.  Cette symbolique pacifique semble dire faite l’amour pas la guerre.

En France, les femmes se courtisent.

Au début de l’ère féodale les mœurs masculines sont très rudes et difficiles à supporter pour les femmes. L’enlèvement et le viol sont souvent la règle.


A la cour d’Aquitaine d’autres pratiques commencent à s’employer et se généraliseront rapidement . La courtoisie (pratique de cour) va modifier profondément les rapports hommes femmes. Aliénor duchesse d’Aquitaine, reine de France puis reine d’Angleterre, passera la plus grande partie de sa vie dans son aquitaine natale. Aliénor fera la  promotion, à la suite de son grand père Guillaume IX le duc troubadour, des romans d’amour courtois ou fin’amor  en occitan.  Ces romans et chansons seront diffusés dans toute la France par les troubadours et trouvères  et connaîtront un vif succès auprès des nobles mais pour beaucoup auprès  des bourgeois. Le thème récurent et principal de ces romans est remarquable. Un jeune chevalier est amoureux de la femme de son seigneur.

 


 

 

Comme Lancelot amoureux de Guenièvre épouse du Roi Arthur dans le roman des Chevaliers de la Table Ronde.  Ce jeune chevalier entreprend de se faire remarquer, l’épouse du seigneur ne le décourage nullement, elle lui offre des objets personnels, ils s’écrivent des billets, le jeune chevalier porte les couleurs de la dame au tournoi et au combat, elle tremble pour lui. Ce qui est remarquable c’est que l’hommage féodal se déplace dans ces romans du suzerain à la femme du suzerain. Le terme hommage provient de la cérémonie féodale au cours de laquelle un vassal devient l’homme d’un seigneur. C’est une cérémonie ambiguë et l’on comprend bien son glissement romanesque du seigneur vers la femme du seigneur. Au cours de cette cérémonie le vassal est à genoux devant son suzerain qui prend ses mains jointes entre ses mains et lui dit tu es mon homme, puis l’embrasse sur la bouche.


Scènes d'amour courtois

Ces romans modifieront profondément l’image de la femme en France puis en Europe occidentale ou ils seront traduits en différentes langues et diffusés. La femme n’est plus seulement un objet sexuel mais une personne a vénérer, à qui l’on rend hommage dans une posture de soumission.

Les hommes prendront soin de leur corps et de leurs manières.  L’habitude de se laver et de se baigner se généralise et les bains publics se multiplient. Le fin’amor sera censuré par l’église dés le 14 ème siècle, avec beaucoup de difficultés. Les bains publics qui étaient mixtes et jugés lieux de licences sexuelles, seront fermés petit à petit. A la fameuse « Renaissance » tout ceci fut oublié et remplacé par un « Humanisme» inventé de toute pièce au.... 19ème siècle par des ignorants.

Au moyen age on se baignait ensemble en festoyant et après.....

(Image destinée à ceux qui pensent encore que la Renaissance c'était mieux)

Cependant en France « l’allant de soi » que des hommes pouvaient vénérer des  femmes (quasiment au sens religieux) s’était solidement implanté et pour longtemps.

Jeanne d’Arc déesse de la guerre ? Non de la résistance à l’envahisseur.

Le mythe de Jeanne d’Arc fait parti des très grands mythes constructeurs de notre nation. Ceci à tel point que l’aspect miraculeux au sens chrétien du terme ne sera jamais mis en doute y comprit par des historiens agnostiques ou athées car il est devenu blasphématoire de contester une parcelle de la légende.

 

Seule image contemporaine de Jeanne d'Arc

Légende qui historiquement et scientifiquement parlant est proprement incroyable.  Je revoyais encore récemment une vidéo de l’interview de Georges Duby se mettant en colère envers ceux qui mettaient en doute ce que la légende nous avait légué.  Jeanne la Pucelle bergère de Donrémy en Loraine qui après avoir entendu des voix, enfourche son cheval entreprend une fantastique chevauchée jusqu’à Chinon, reconnait le Dauphin Charles alors qu’elle ne l’avait jamais vu. Revêt une armure va délivrer Orléans fait sacrer le Dauphin à Reims et boute les anglais hors de France. Les Anglais qui se vengeront en la faisant brûler à Rouen avec l’aide de collabos comme l’évêque Cauchon ce cochon.  C’est ce qui reste dans la mémoire de chaque français même dans celle de ceux qui dormaient pendant les cours d’Histoire de France. Séparer la réalité historique du mythe est encore une œuvre à accomplir et bien peu oseraient s’y risquer.

Image mythique de Jeanne d'Arc à rapprocher avec le tableau de Delacroix

Image mythique de Jeanne d'Arc en femme

Il reste une femme véritable représentée comme une déesse de la guerre, image icône de la résistance armée face à l’envahisseur.

(Pour la réalité Jeanne d’Arc était toujours habillée en homme et avait des manières de soudards qui ne plaisaient pas du tout à Charles VII qui en matière de femme préférait nettement Agnès Sorel et on le comprend).  

Jeanne d’Arc s’est confondue avec la France naissante le reste de la mythologie féminine française qui va prendre corps avec la Révolution ne peut découler que de là.

De la vierge Marie à Aliénor d’Aquitaine et le fin’amor une filiation bien féminine  puis de Jeanne d’Arc à Marianne et la Liberté une filiation naturelle et souvent guerrière.

http://www.sinofrance.org/site/francais/document/lepersonnagedeMarianne.htm

Ce prénom a été utilisé pour la première fois comme symbole de la République en 1792 dans une chanson révolutionnaire en occitan : la Garisou de Marianno (la Guérison de Marianne) de Guillaume Lavabre. Ce prénom était courant à l’époque chez  les servantes des nobles et la santé de Marianne, ce dont se préoccupe la chanson devient la santé de la France révolutionnaire. Avec un bonnet phrygien rouge sur la tête, Marianne devient le symbole de la première République.


 Avec la fin de l’expérience républicaine le nom de Marianne devient le mot de passe des républicains clandestins et le symbole de la Liberté qui remplace la République perdue. De cette imagerie émerge un chef-d’œuvre vite devenu un classique de l'art français, La Liberté guidant le peuple aux barricades d‘Eugène Delacroix. Femme allégorique dans le rôle de combattante entraînant sa troupe à l'assaut, La Liberté porte le bonnet phrygien rouge, elle a la posture véhémente et le torse dénudé.  Elle exalte un combat révolutionnaire, celui que le Paris patriote a mené contre Charles X lors des Trois Glorieuses, les 27, 28 et 29 juillet 1830.


A partir de 1870 Marianne devient à la fois le symbole de la France agressée, le symbole de la Liberté et de la République elle deviendra le symbole de la Commune de Paris en 1871. L’image révolutionnaire de la déesse de France s’est accentuée.

  La France amputée de l'Alsace et de la Loraine par le traitre A. Thiers

 

Toujours Adolphe Thiers en pécurseur de la collaboration

Gravures de Pilotelle caricaturiste et communard avant, pendant et après la Commune de Paris

La troisième république fera définitivement de Marianne son symbole officiel, qui restera jusqu'à nos jours. 

La semeuse qui veille sur nos économie vient complèter notre panthéon républicain, c'est une Marianne agricole

Brigitte Bardot

Dans chaque mairie trône son buste, véritable objet de culte. Une femme représente notre Mère Patrie, ce n’est pas le « vaterland (pays père) » de nos voisins, ceci rend compte de l’image de la femme que possèdent les français, une image de profond respect et d’attention.  C’est un « allant de soi» hérité  de 1000 ans d’histoire.

 

PersonneLa France en Personne

 

* Que les ayant droit de cette chanson de Charles Trenet me pardonnent face à un si petit préjudice et un si grand hommage

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8 avril 2007 7 08 /04 /avril /2007 17:46

De l’imposture dans l’Histoire… et dans les élections présidentielles de 2007.

 

A ma petite fille Juliette qui a eu 20 en Histoire.


Celui qui ne peu comprendre son passé envisagera mal son avenir. Ce qui est vrai pour chacun l’est  pour la société dans laquelle nous vivons.

L’accès à la connaissance du passé permettrait aux  peuples de s’émanciper en les conduisant dans le chemin du meilleur destin. Ceci ne peu plaire aux despotismes de toutes tendances pour  qui la connaissance de l’Histoire doit être adaptée aux objectifs de propagande devant faire accepter à ces peuples leur asservissement. Certains despotismes avaient même décrété récemment la fin de l’Histoire, cette monstrueuse utopie devait dans l’esprit de ses auteurs étatsuniens, cacher définitivement au monde le moteur de sa destinée et ne fabriquer que des esclaves sans conscience.

Pourtant, dans notre pays, la France républicaine et démocratique, qui est en mesure de comprendre le passé, tant  notre Histoire officielle est composée de mythes et d’impostures?

Quelque soit le niveau d’étude de nos concitoyens qu’ils soient ouvriers ou intellectuels, s’ils n’ont pas eus de volonté personnelles de recherche, de volonté de sortir des idées reçues, cette connaissance du passé sera corrompue par un certain nombre d’idéologies prégnantes.  Ces idéologies nous demandent qu’une chose, accepter le pouvoir d’un Etat tyrannique.

Depuis que l’Histoire existe depuis ses balbutiements, les tenants de la vérité révélée descendue de la bouche des maîtres n’ont eu de cesse que de procéder à la promotion d’un pouvoir personnel ou au mieux oligarchique. C’est notamment le sens des césures introduites dans l’histoire officielle. Cette imposture a été d’autant plus efficace qu’elle nous a été servie par de prétendus humanistes, de prétendus républicains et de prétendus hommes de gauche. C’est la triste histoire du Moyen Age et de la Renaissance imposture majeure, véritable complot politique.

Etre asservi par ceux qui  pérorent vouloir vous libérer est la forme la plus sophistiquée la plus efficace et la plus courante des despotismes de ce bas monde.

Une idéologie devenue « allant de soit ».

Qui n’a pas en tète quelques infamies attribuées au « moyen âge », le terme moyenâgeux ayant la signification la plus négative qui soit. Que s’est-il passé durant cette période de 1000 ans environ pour mériter l’opprobre des faiseurs de conformité? Quelle révolution extraordinaire et quels changements fondamentaux sont-ils issus de cette Renaissance tant louée par ces mêmes faiseurs. L’étude approfondie de ce fameux passage de « l’obscurité » vers le « modernisme » est en effet très instructif pour justifier le complot.

 
Le Moyen Age: quelle période ? On ne sait vraiment !

Qu’elle est cette période d’environ 1000 ans ? Ou commence le moyen age et ou finit-il ? Le terme semble être apparu au 16ème siècle pour désigner une période obscure pour l’époque, courant de ce que l’on pensait être la fin de l’Etat romain (période antique) allant vers une autre période qualifiée de « moderne », pourquoi ? Nulles justifications descriptibles et claires ne sont jamais données pour décrire cette « transition ».

Si on ouvre un livre d’Histoire officiel français, le Moyen age irait du 5ème siècle avec l’abdication du dernier Empereur romain d’occident jusqu’au règne de Charles VIII, notamment son mariage avec Anne de Bretagne c’est à dire, le rattachement de la dernière principauté française indépendante à l’Etat français central, la fin du 15ème siècle. Ceci évidemment ne vaut que pour la France. Chaque pays européen possède ses propres critères de césure. En Italie par exemple l’Empire romain d’Orient héritier et continuateur de l’Empire d’Occident est présent jusqu’au 7ème siècle et en Grèce jusqu’au 15ème siècle! La « Renaissance » donc la supposée modernité commencerait aussi beaucoup plus tôt, quand ? On ne sait vraiment. Souvent il est attribué au peintre Giotto les prémices de cette fameuse renaissance. Si l’on se réfère à le Web Gallery of Art Giotto di Bondone est né en 1267 et meurt en 1337 il est classé comme peintre médiéval mais qualifié comme suit : « Florentine painter and architect. Outstanding as a painter, sculptor, and architect, Giotto was recognized (par qui ?) as the first genius of art in the Italian Renaissance”, ce qui situerait  la Renaissance vue d’Italie au début du 14ème siècle.

 

Donc le début du Moyen Age en Europe se situerait entre le 5ème et le 7ème siècle sa fin venue avec la « Renaissance » se situerait entre le 14ème et le 16ème siècle. On aurait donc pour le début de la période qualifiée de Moyen Age 200 ans de transition au début et 200 ans à la fin.

Déjà sur 200 ans, tout un chacun peut placer toute césure dans l’Histoire et la justifier à sa guise par des changements pour lui significatifs.

 

Les historiens professionnels d’aujourd’hui ont conscience de ce flou qualifiant la période médiévale ils ont donc redistribué cette période en sous périodes. Il y aurait donc une antiquité tardive du 3ème voir 2ème au 7ème siècle, puis un haut moyen age du 7ème au 10ème  siècle puis un Moyen Age classique du 11ème au 13ème siècle puis un bas moyen age du 14ème au mi 16ème siècle période ou se situerait la fameuse « Renaissance »  et les « Temps Modernes ».

 

Ces 1000 ans d’Histoire sont une période fourre tout comprenant différentes civilisations remarquablement dissemblables.

 

Si je me réfère au mode de production, qualifiant les rapports de production donc les rapports humains, la période antique coure jusqu'à l’apparition du système féodale, nouveau mode de production totalement différent du précédent. La transition se situerait au cours du 10ème siècle après les grandes invasions.

Puis les 11, 12, et mi13ème siècle avec essentiellement une production féodale mais avec un très fort dynamisme évolutif et de très importantes différences de situation tant spatiales y compris sur de courtes distances que temporelles, les situations se modifiant perpétuellement. Durant cette période de 2 à 3 siècles aucune généralisation sur le « Moyen Age » n’est pertinente et admissible, tout est différent de la France du nord à la France du sud, du St Empire à l’Espagne etc.. La modernité se met en place !

Puis vers la fin du 13ème siècle, début du 14ème siècle (Règne de Philippe IV), tous les éléments de la modernité, en référence à notre civilisation actuelle, sont disponibles: Industrie, mécanisation, classe ouvrière, actionnariat, temps de travail salarié, grèves, sociétés anonymes, banques, comptabilité, capitalisme et capitalistes richissimes, monétarisme, spéculation monétaire, banqueroutes, dévaluations monétaires, révoltes de masse et répressions de masse  et… prémisses de l’Etat et … décadence !

 

Au cours du «moyen age» officiel existeront successivement parfois dans le même temps, trois modes de production différents : antique, féodale et capitaliste donc trois civilisations totalement différentes.

Le mode de production antique est remarquablement stable, reproductible et descriptible et ne varie pas depuis la haute antiquité. L’unité de production est le domaine, du latin « dominus »: propriétaire qui exploite la force de travail d’esclaves, les dominés. Le domaine est très étendu (plusieurs 10 aines de km2). Le «dominus» propriétaire vit avec sa famille (familiae) dans sa villa (villae) formé des parents proches et éloignés avec les clients, hommes libres assurant la défense du domaine. Le domaine est autarcique, il produit tout ce dont il a besoin : nourriture, outils, vêtements, armes, véhicules etc... Peu de monnaie n’entre ou ne sort du domaine. Tous les hommes libres sont assujettis au service militaire sur convocation de l’empereur ou du roi.

A la fin du 9ème siècle commencent les grandes invasions qui vont contribuer à totalement détruire le système social. Les Vikings au nord et à l’ouest, les Magyars à l’est et les Sarazins au sud déferlent sur l’Europe occidentale. Les domaines sont peu défendables et ne résisteront pas à ces invasions. Les armées régulières royales et impériales s’avèrent inefficaces pour contrer ces agressions, les peuples envahis doivent se défendre par leurs propres moyens.

 

Le système féodal système de pouvoir local et absence d’état.

Je n’ai pas l’intention de procéder à une description exhaustive du système féodal, un livre n’y suffirait pas et puis, est-il totalement descriptible tant il semble chaotique et évolutif intrinsèquement ?

Les peuples agressés devront organiser leur défense localement. L’organisation locale et atomisée de la défense sera la base de la nouvelle organisation sociale. Cette organisation à la fois militaire et économique, va profondément et durablement modifier la société.

D’abords les hommes doivent se regrouper dans des systèmes de défense alors qu’ils vivaient dilués. Quand le terrain est accidenté comme le midi ils se regroupent sur des hauteurs en abandonnant les plaines. S’il n’existe pas de promontoires, des levées de terre seront construites, des « mottes » sur lesquelles seront plantées des palissades et des tours de bois. D’autres se regrouperont dans les anciennes citées gallo romaines fortifiées, largement  abandonnées dont ils remonteront les remparts.

Les hommes s’organisent dans le même temps autour de chefs de guerre, la guerre étant permanente.

Ces guerriers peuvent provenir de tous horizons. Les guerriers professionnels de l’Empereur ou du roi combattant maintenant essentiellement à cheval qui formeront la chevalerie, les anciens « dominus » aristocrates des grands domaines mais également des gens du peuple voir des esclaves s’illustrant particulièrement dans les combats.

L’espace des grands domaines sera morcelé en fief. Le grand seigneur souvent ex « dominus » attribue à ses compagnons d’arme devenus vassaux des parts de ce domaine à sa charge de les exploiter, d’en vivre et surtout de pouvoir s’armer convenablement pour être disponible militairement à toute convocation du seigneur, l’ost, devenu suzerain. Le vassal peut également attribuer à ses compagnons d’arme des fiefs taillés dans son propre fief, selon la même disposition. Avec les mariages entre familles de guerriers devenus nobles, un système très  complexe de dépendance volontaire s’établit ou parfois un vassal peut avoir plusieurs suzerains.

Le mode d’exploitation de la terre change et le statut social des non guerriers change aussi.

 

La seigneurie, déjà parcelle du domaine se partage souvent en deux espaces, le domaine propre du seigneur, exploité par des serfs et esclaves, les esclaves devenant petit à petit serfs c'est-à-dire semi libres. Puis un autre espace, des manses ou tenures louées à ferme à d’anciens hommes libres, non guerriers, ou d’anciens esclaves libérés.

Le fermier est libre d’exploiter la manse comme il l’entend sous réserve de redevance au seigneur, en nature ou en monnaie. Il restera surtout dans le midi beaucoup de petites exploitations libres et pratiquement aucune dans le nord de la France.

 

Qui possède le pouvoir ?

Celui qui possède le ban, c'est-à-dire le droit de punir et de contraindre qui est la définition même du pouvoir. Ce pouvoir est possédé par une multitude d’institutions individuelles ou sociales.

Les seigneuries multiples et variées, quelles soient militaires ou cléricales.

Les communautés monastiques, par exemples les cisterciennes qui joueront un rôle très important dans la mise en œuvre des technologies industrielles et agricoles nouvelles.

Les communes ou communautés urbaines, dont le pouvoir de ban s’étend d’une lieue autour de la ville d’où le terme banlieue.

 Surtout il n’y a ni état, ni pouvoir central, le roi n’est maître que dans son propre domaine comme n’importe quel seigneur. La France ne s’appelle plus que l’Isle de France, domaine royal.  

 

Le système évolue très rapidement pour les causes suivantes.

 

Concentration des populations dans les espaces de défense. Les gens de ce fait communiquent, échangent, se coalisent et se solidarisent.

Multiplication des initiateurs et des initiatives individuelles et sociales donc des expériences. Les seigneurs qui deviennent chef d’entreprise, la seigneurie. Les fermiers (anciens esclaves libérés) deviennent également chef de leur entreprise la ferme dont la signification va glisser de système de location à exploitation agricole tant se mode sera généralisé.

Urbanisation avec l’apparition de la commune et du bien commun. Deux nouvelles classes sociales vont apparaître qui ne cesseront de prendre de l’importance, le bourgeois et l’ouvrier. Le bourgeois devenant chef d’entreprise de son exploitation artisanale et pour certains industriel. La communauté urbaine devient le siège d’un pouvoir au même titre qu’une seigneurie.

 

Les effets.

 

La monétarisation devient explosive. Dans le système précédent beaucoup d’échanges et de paiements se réalisaient en nature. Dans le système féodal, le seigneur exige de plus en plus de monnaie pour les redevances. La raison en est la complexification de l’armement et des systèmes de défense demandant une main d’œuvre et un artisanat qualifié payable qu’en monnaie. Les artisans du domaine seigneurial ne suffisent plus. Le seigneur doit gagner de l’argent « cash ». Le fermier doit donc échanger sa production contre de la monnaie en la vendant à la ville ou au bourg. La ferme prend une valeur quantifiable en monnaie ainsi que la seigneurie. La terre devient commercialisable et devient donc un bien foncier avec lequel il est possible de spéculer. Dans ce système tout devient quantifiable en monnaie, tout à un prix.

L’amélioration du rendement monétaire de la production agricole devient une exigence et induit un progrès technique continu. (voir La Révolution Industrielle du Moyen Age - Jean Gimpel).

L’accroissement des disponibilités monétaires, accroît la demande de certains produits qui deviennent plus sophistiqués, comme l’habillement et la construction. En corollaire, la forte demande en habillement induit une industrialisation de sa fabrication. Toute production qu’elle soit agricole artisanale ou industrielle se spécialise.

L’accroissement des échanges monétaires conduit à l’invention de techniques d’utilisation et de gestion de capitaux : Banque, comptabilité à deux colonnes, sociétés par action, lettre de crédit, spéculation.

 

 

Aux 12ème et 13ème  siècle, un certain nombre d’innovations sociales et techniques induites par le besoin de monnaie vont amener la société à un niveau qualifiable de moderne à contrario de ce qu’elle était auparavant, qualifiable d’antique.

 

Innovations sociales déterminantes, quelques exemples significatifs:

 

Société par action et capitalisme.

La possession de monnaie en quantité, que l’on peut appeler capitaux devient aussi déterminante que la possession de terre. Le capital pouvant s’investir et fructifier, une coalition de possesseur de capitaux permet de posséder un outil financier plus efficace. La société anonyme par action est inventée ou le partage des bénéfices acquis se fait au prorata des capitaux amenés par chacun des associés.  On connaît l’histoire de plusieurs sociétés par action attestée par le conflit sans fin devant les tribunaux entre les sociétés de barrage et de moulin sur la Garonne à Toulouse notamment le conflit entre le Basacle et la Daurade qui se terminera par la victoire du Basacle société qui perdurera jusqu’au 20ème siècle.

 

Industrie et classe ouvrière.

L’industrie est la rationalisation par parcellisation et automatisation de taches répétitives d’une production de marchandises. L’industrie fait son apparition dans les manufactures de drap. La mécanisation de taches pénibles comme le foulage est assurée par la force hydraulique.

Le développement de l’industrie en Flandre et en Italie du nord induit plusieurs conséquences sociales déterminantes. La constitution d’une classe ouvrière et de révoltes populaires durement réprimées. Les partisans de Wat Tyler en Angleterre, les Ciompi à Florence, les Maillotins à Paris, les milices ouvrières flamandes qui battent la fine fleure de la chevalerie française à la bataille de Courtrai en 1302.

 

Banque, paiement par écriture.

Les nombreuses monnaies en cours posent un certain nombre de problèmes de change. L’utilisation de capitaux importants pour l’industrie et le commerce pose également un problème de sécurité. De l’Italie du nord et surtout de Florence va venir une innovation déterminante la lettre de change ou lettre de crédit. Cette lettre possédée par un marchand ouverte par son banquier « Lombard » permet de se faire payer en monnaie locale, en n’importe quel lieu où officie un banquier « Lombard ». Ceux-ci sont présents dans tous les lieux où s’opèrent des échanges monétaires importants.

 

La commune et le bien commun, prodrome de la République.

Beaucoup de cités auparavant dirigées par un évêque vont gagner de l’indépendance en usant des moyens les plus divers, de la force brutale à la persuasion. La vie des citadins très concentrés, nécessita la mise en œuvre de règles de vie communes. Dans ces cités médiévales siège d’un artisanat et d’une industrie de plus en plus technique et spécialisée certains bourgeois accumulèrent de conséquentes richesses et ce faisant, briguèrent une participation au pouvoir. Des communes vont s’ériger plus ou moins indépendantes du pouvoir royale ou seigneuriale et plus ou moins démocratiques selon le lieu. Au sein de ces villes dirigées par une commune un sentiment  collectif va naître : le bien commun. Dans le nord de l’Italie des républiques totalement indépendantes vont être proclamées.    

 

Des innovations techniques déterminantes.

 

L’utilisation de la force hydraulique se généralise.

Si le moulin à eau est connu depuis l’antiquité, les 12ème et 13ème siècle vont voir son utilisation se propager et se généraliser à l’usage d’une multitude de procédés. Sur toutes les rivières partout ou portait le regard il y avait un moulin à force hydraulique, il y en avait 68 à Paris. L’invention de l’arbre à came va multiplier l’usage de ces machines car il pouvait ainsi animer des marteaux utilisés dans le foulage des draps ou comme marteaux pilons dans les forges. Les forges et les hauts fourneaux utiliseront également des machines hydrauliques pour animer des soufflets parvenant ainsi à fabriquer et couler de la fonte. La transmission de mouvement rotatif en mouvement alternatif va amener l’usage de scies hydrauliques avec avance automatique et proportionnelle du tronc, ce qui permettra la fabrication industrielle de planches, ces types de scies seront en usage jusqu’au 20ème siècle. Cette invention est attribuée à l’ingénieur Villard de Honnecourt dont l’activité professionnelle se situe entre 1225 à 1250 et dont beaucoup de dessins techniques seront repris par Léonard De Vinci.   

 

Le bâtiment, l’invention de la croisée d’ogive et de l’arc boutant.

C’est peut être l’innovation la plus spectaculaire de cette période car elle va permettre la construction des ces immenses cathédrales dans l’environnement parisien, cathédrales que tout un chacun peut encore et journellement admirer. La croisée d’ogive sur plan carré ou barlong ainsi que l’arc boutant donne la possibilité de faire porter le bâtiment par des colonnes et non plus par des murs porteurs, c’est une architecture dynamique. Le résultat fait que la surface des assises au sol en proportion de la surface couverte n’est plus que de 9%, alors qu’elle était auparavant avec l’arc de plein cintre romain de 20%. Cette proportion retournera à 20% avec l’abandon de cette technologie qualifiée de « gothique » par les admirateurs du passé antique. Elle ne reviendra qu’avec les constructions métalliques dynamiques de Gustave Eiffel à la fin du 19ème siècle. Entre la Loire et la Somme, durant les 12 et 13ème siècle il sera construit en tonnage de pierre plus qu’il ne fut construit durant toute l’Egypte ancienne. Aujourd’hui  près d’un chrétien sur deux pratique sa religion dans une église construite durant cette période. Beaucoup de bâtiment civiles furent construits également et majoritairement détruits au 18ème et 19ème siècle. L’extraction de pierre donnera lieu également à une intense activité industrielle.

 (Chronologie des inventions médiévales)

Dans le domaine agricoles les innovations seront également très nombreuses.

L’attelage du cheval par collier d’épaule permettant son utilisation efficace et rapide dans les labours.

La herse.

La charrue à train de roue avec soc versoir et coutre.

L’assolement triennal.

La sélection dans l’élevage.

Les fermes modèles cisterciennes.

Tout ceci va permettre un rendement agricole accru. Il n’y aura aucune famine durant le 13ème siècle.

La population va tripler sur environ le territoire de la France actuelle, du 10ème au 13ème siècle. Les effectifs de cette époque ne seront retrouvés qu'au 18ème siècle


De nombreuses et fondamentales innovations intellectuelles.

Contrairement aux idées reçues la lecture et la glose des maîtres anciens étaient l’activité principale des écoles et universités. La connaissance de l’existence de ces maîtres grecques et romains a toujours persisté même depuis le haut Moyen Age cependant, dés le 12ème siècle de plus nombreux ouvrages d’origine grecques  ou latines deviendront disponibles traduits de l’arabe depuis Tolède ou musulmans, juifs et chrétiens travaillèrent ensemble pour diffuser la culture antique notamment la pensée d’Aristote. Des penseurs Arabes comme Ibn Rushd « Averroès » et Ibn Sinna « Avicenne » apportèrent leurs propres commentaires à la philosophie aristotélicienne. Cette philosophie légèrement agnostique sera reprise par l’université de Paris sous le nom d’Averroïsme. Des intellectuels parisiens apportèrent leur propre touche à cette pensée qui deviendra la première à mettre en avant le doute et l’expérimentation pour le levé.  (Penser au  Moyen Age  - Alain de libera  - Seuil)

La scolastique parisienne dont le maître fondateur fut Pierre Abélard est bien la prémisse de la pensée rationnelle et scientifique. Descartes dans son Discours de la Méthode s’inspirera profondément de la pensée de Pierre Abélard exprimée dans son maître ouvrage Sic et Non. Certains aujourd’hui n’hésitent pas à parler même de plagiat tant il y a proximité entre la pensée de ces deux intellectuels dont l’un vécut 500 ans avant l’autre.

De très nombreux intellectuels, humanistes, chercheurs et ingénieurs vécurent durant cette période et apportèrent la modernité de leur pensée. On peut citer sans être exhaustif outre Pierre Abélard inspirateur de Descartes, Thomas d’Aquin  précurseur de l’expérimentation en laboratoire Robert Grosseteste et son disciple Roger Bacon, Abélard de Bath, Gérard de Crémone, Maître Eckart, Bernard de Chartre, Villard de Honnecourt, Pierre de Maricourt (le magnétisme 1269), Siger de Brabant et bien d’autres.   

 

Pourtant cette brillante civilisation dont l’épicentre était Paris connaîtra une fin. Cette fin est représentée par une date précise, le 7 mars 1277 quand l’archevêque de Paris Etienne Tempier interdit l’enseignement de 219 thèses de l’université de Paris et fait jeter en prison le maître Siger de Brabant accusé d’Averroïsme (collusion avec les musulmans déjà).  

A la fin du 13ème siècle le monde européen bascule et s’effondre, outre les débuts de la censure et de l’intolérance religieuse qui vont mettre à bas l’université de Paris comme premier centre intellectuel d’Europe, des séries de catastrophes s’enchaînent.

Des banqueroutes à répétitions des plus grandes banques italiennes, des dévaluations monétaires, des famines dues à des changements climatiques et  à la spéculation. Puis la peste noire fait son apparition au début du 14ème siècle, certaines villes vont perdre jusqu’aux deux tiers de leurs effectifs.

La France ne pourra résister à ce choc avec en adjonction les débuts de la guerre 100 ans. Un autre monde va naître fait de mysticisme, d’intolérance et de guerre avec son cortège d’exactions, les cavaliers de l’apocalypse seront maint fois représentés. 

En Italie du nord, les banquiers capitalistes ont, durant la période faste des 12ème et 13ème siècle accumulés d’immenses fortunes et en dépit de nombreuses banqueroutes les fortunes personnelles s’élèveront en avoir au niveau de ce que pouvaient posséder des états comme la France et l’Angleterre réunies. Avec les guerres perpétuelles, ils vont investir massivement dans l’armement, autant en recherche et développement qu’en fabrication industrielle. Cet armement va connaître des améliorations techniques considérables, notamment l’artillerie (Veuglaires: Chargement par la culasse et Ribeaudequin: Multitubes avec tir en rafale). 

 
L’absence d’état et de pouvoir central qui accompagnent un développement explosif de la société féodale des 12ème et 13ème siècle vers la modernité est le fait le plus remarquable, de l’histoire du monde occidental.

C’est également le fait le plus déprimant pour les laudateurs de toutes les tyrannies possibles et imaginables. Ceux-ci de droite ou de gauche n’auront de cesse d’effacer cette période des mémoires en révisant l’Histoire. Il s’en suivra une haine récurrente de la France et une promotion toute aussi récurrente de l’antique Romain.

 

Des français contre la France (comme toujours) c’est la triste histoire du mythe de la Renaissance, ou que vient faire un symbole romain sur mon passeport ??    

 

Une Renaissance ?

 

Une ville, Florence.

Dans ce contexte d’immenses richesses d’un côté et de catastrophes de l’autre le centre intellectuel de l’Europe va glisser de Paris … à Florence.

De l’argent, beaucoup d’argent

La Florence des 14 et 15ème siècle, des « trecento et quadracento » n’est pourtant plus celle de la période précédente elle a déjà perdu près du tiers de son chiffre d’affaire, mais elle investi dans l’armement, le prêt aux belligérants de la guerre de 100 ans et… dans l’art.

Des artisans devenant artistes de cour.

Un phénomène nouveau : l’artiste de cour. (voir l’Artiste et la Cour de Martin Warnke).

Les artistes médiévaux sont considérés comme des artisans et à ce titre ils doivent s’inscrire dans des corporations, le plus souvent dans le bâtiment où ils doivent suivre des règles strictes et œuvrer comme la corporation l’entend et non à leur guise. Les puissants commenceront à s’attacher des artistes artisans comme serviteurs (même statut qu'un valet de chambre) et d’ainsi les libérer des contraintes de leur corporation. Biens logés, bien nourris et bien payés ces artisans en gagnant les cours des princes et riches bourgeois, deviendront artistes car mis en possibilité d’œuvrer comme ils le désirent, ou presque car la condition, bien évidemment, était de devenir les laudateurs de leurs bienfaiteurs. Ces artistes devenus par contrainte laudateurs des pouvoirs seront les artisans du mythe.

Un prince puissant avec des ambitions politiques

Un des précurseurs de l’utilisation d’artistes pour soigner son image politique fut Robert d’Anjou roi de Naples petit fils de Saint Louis. Robert d’Anjou (1309-1343), prince le plus puissant d’Italie aspirait à jouer un rôle majeur dans la péninsule et pourquoi pas en Europe. Principal soutient des Guelfes de Florence, partisans du pape contre les Gibelins partisans de l’empereur germanique, il fut nommer par le pape vicaire pontificale.

Une idée politique : la renaissance de l’Etat romain.

Les capitalistes italiens, princes autant que marchands ayant acquis les plus grosses fortunes d’Europe, aspirèrent à y jouer un rôle majeur.  Au cours des rénovations urbaines et de la construction de somptueux palais, de nombreux vestiges antiques sont mis à  jour. Ces vestiges viennent rappeler la puissance passée. Ne pourrait-elle revenir ? Un sentiment national commence à s’exprimer. Ce sentiment s’exprime par la critique de ce qui vient de l’autre côté des Alpes d’où sont venus les hordes barbares qui ont détruit l’empire. Ce qui n’est pas italien est qualifié avec mépris de Tedesco ou Gotico c'est-à-dire germanique y compris et surtout ce qui vient de France. Ainsi sera appelé « Gothique, Gotico » l’architecture allogène typiquement française utilisant la croisée d’ogive  contrairement au style romain n’utilisant que l’arc de plein cintre. Que Rome telle qu’elle fut dans l’antiquité redevienne la maîtresse de l’Europe occidentale et que les légions y fassent régner l’ordre face à l’anarchie féodale voilà le nouveau mot d’ordre politique exprimé par ceux qui aspirent à redevenir les maîtres.

Un comité d’admiration mutuel  bien « sponsorisé» initialise l’idée qu’avant c’était mieux.

Un des militants de la cause romaine Pétrarque. Pétrarque ami et / ou serviteur de Robert d’Anjou et du pape ne ménagera jamais sa peine pour que Rome puisse retrouver son pouvoir d’antan, que l’antique redevienne le goût du jour et que l’on en finisse avec la France.  Pétrarque va constituer un comité d’admiration mutuel (comme le disait mon ami Marc Boureau en décrivant la situation médiatique actuelle). Dans ce comité, dont lui et Robert d’Anjou seront les animateurs, en feront parti des écrivains dits « humanistes »comme Boccace, et Dante et surtout un peintre : Giotto. Dans ce comité ou puissants, écrivains et artistes se côtoient, chacun est le laudateur des autres, l’argent ne manque pas, une légende fort vivace ainsi se crée: avant, quand nous Romains dirigions l’Europe, c’était bien mieux. Cette légende coure encore !

 

Une légende qui en sautant  les siècles nous revient: Giorgio Vasari

Giorgio Vasari (30 juillet 1511 à Arezzo - 27 juin 1574 à Florence) est un peintre, architecte et écrivain italien. Né dans une famille modeste, il est l'auteur du précieux recueil intitulé Les vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes (Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettori) (1560-1570). Il est, à partir de 1553, un proche des Médicis à Florence et fonde l'Académie de dessin en 1562. En mars 1565, il écrit, pour le mariage de François de Médicis et de Jeanne d’Autriche, la Mascarade de la généalogie des dieux, dont il publie le livret. (D’après Wikipedia).

Vasari est typiquement un artiste de cour habitué à formuler les louanges qui conviennent au maître. Dire les bons et les moins bons selon ses goûts ou plutôt celui de son maître Médicis. Les Médicis depuis Cosme l’Ancien (1389-1464) étaient passés maîtres dans l’utilisation d’artistes comme image de marque. La fortune personnelle de Cosme aurait dépassé les avoirs des états français et anglais réunis auxquels il vendait des armes et prêtait de l’argent. Les Médicis, drapiers, industriels et banquiers eurent de grandes ambitions de pouvoir, ils donnèrent deux reines à la France. Vasari encense dans son livre, bien évidemment les amis de Florence dont Pétrarque et Giotto qui y trouvent une place d’honneur. Giotto le florentin ne cessera jamais d’être l’icône du mythe, ceci est pourtant peu mérité, (voir vierges) Simone Martini son contemporain a bien plus de talent, mais il est siennois, l’ennemi. Les Médicis qui seront les fossoyeurs de la république de Florence seront, générations après générations les artisans perpétuels et infatigables du mythe de la prééminence de l’antique et de la légende dorée de l’art italien contre le «Gotico» méprisable.

La légende dorée de l'art italien.

«L’Italie, il est vrai, a eu deux bonnes fortunes refusées à la France, et dont il importe de tenir un grand compte: celle d’avoir conservé intactes les œuvres de ses anciens maîtres et celle d’avoir eu, grâce à Vasari, sa légende dorée de l’art. Maîtres de l’opinion aux XVIe et XXVIIe siècles, les Italiens dispensèrent trop souvent la renommée selon leurs préventions ou leurs dédains. Sans contredit, la France du XIIe et du XIIIe siècle posséda dans son sein un mouvement d’écoles comparable à celui de l’Italie du XIVe siècle; mais elle n’eut pas de narrateur légendaire pour ce grand développement. Ses génies créateurs ne sont guère connus que de nom ou par les chétives images qui nous les montrent sur le pavé de leurs églises, revêtus de l’humble manteau de l’ouvrier.»
ERNEST RENAN, "L'art du moyen âge" in Mélanges d'histoire et de voyage, Paris, Calmann-Levy, 1978.

Le livre de Vasari, tombé dans l’oubli, est réédité au 19ème siècle et considéré à ce moment comme la bible de l’histoire de l’art de la « Renaissance » ce terme, oublié également revient donc à la mode au 19ème siècle et Giotto est propulsé comme précurseur d’où la phrase illustrant Giotto dans la Web Gallery of Art :  "Florentine painter and architect. Outstanding as a painter, sculptor, and architect, Giotto was recognized (par qui? par Vasari et ses maîtres) as the first genius of art in the Italian Renaissance”.

 Michelet, Isaac et l’Histoire officielle de France.

Je suis et le proclame bien haut, un républicain, athée, de gauche,  pur et dur comme le furent Michelet et également d’origine juive comme le fut Isaac.

Ceci doit être dit parce qu’il est question maintenant de disséquer un malentendu voir une imposture dont la source vient des miens. (Suite)

 

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8 avril 2007 7 08 /04 /avril /2007 11:30
Qu’avait donc Michelet en tête pour promouvoir cette «Renaissance», complot ourdi et fourgué au travers du temps, comme une bombe à retardement par ces italiens nationalistes qui voulaient reconstituer l’état romain impérial.

Une magnifique réussite ! J’en vois un des résultats à chaque fois que je sors mon passeport et j’ai honte d’y voir figurer un symbole romain, de répression en plus puisque je crois distinguer verges et hache, symbole le la brutalité romaine et de son impérialisme. (J’aurais préféré y voir figuré la cathédrale de Chartre)

J’ai beaucoup de difficulté à trouver de raisons ayant un début de valeur républicaine ou progressiste.

La première République proclamée à Paris s’est également appuyée sur une première commune de Paris appelée comme telle en souvenir des communes médiévales dont le souvenir était encore prégnant, communes aux seins desquelles est né le sentiment de bien commun, prodrome de l’idée républicaine.

 La « Renaissance » et les « temps modernes » qui ont suivi, on vu la disparition complète de ces communes. Les républiques urbaines italiennes ont également disparu à cette époque chacune confisquée par un despote local, à Florence ce furent les Médicis promoteurs de Pétrarque, Giotto, Vasari et du mythe entier !

Un nouvel humanisme aurait marqué cette renaissance ? Pétrarque, Dante et Boccace. Auteurs italiens du début de 14ème siècle, Pétrarque ami, serviteur et laudateur du petit fils de Saint Louis. Quand il écrit, en France règne Philipe IV Le Bel puis les Rois Maudits, la guerre de 100 ans n’a pas commencé, l’armure ou harnois blanc, symbole dans l’esprit de chacun du chevalier médiéval, n’a pas encore été inventé, les premières ne verront le jour que mi 14ème .
Il est difficile de placer ces auteurs dans une « Renaissance » dont même les prémisses n’existent pas. Ces humanistes ne veulent à ce moment que restaurer le passé. Ils sont anti modernes, modernisme représenté par la France et sa culture « Gotico ». Et puis ce ne sont certainement pas les premiers auteurs littéraires médiévaux, que faire du « fine amor » et de  Chrétien de Troy?

 

La « Renaissance » ou l’accession à un monde moderne?

Au cours des 14ème et 15ème siècles l’hygiène corporelle disparaît peu à peu avec la disparition des bains publiques, forts nombreux au 12 et 13ème siècle ils ne réapparaîtront qu’au 20ème siècle. Il est vrai qu’ils étaient mixtes et le théâtre de licences sexuelles, l’église n’a pas supporté. A la « Renaissance » et après on était sale sur soi.

Les lieux d’aisances : Aux 12 et 13ème siècle on ne construisait jamais un lieu d’habitation château ou maison sans ses latrines, disparus à l’époque moderne, à Versailles on chiait partout.

Après les débuts de 14ème siècle et avec l’invention de l’horloge aucune autre grande invention technique ne verra le jour dans la vie courante des gens avant le 19ème siècle, que ce soit dans le domaine agricole ou industriel. (Chronologie des inventions médiévales). L’encyclopédie de Diderot ne rapporte que des technologies médiévales.

Cependant les 14 et 15ème siècles verront des bouleversements dans la technologie militaire.

L’armure de plate ou harnois blanc, le plus souvent faites en séries en Italie d’où leur nom de milanaise. Puis et surtout l’artillerie au 15ème siècle avec des canons avec hausse, à chargement par la culasse ou multitubes (attribués faussement près d’un siècle plus tard à Léonard de Vinci). Ces innovations admirablement maîtrisées par les frères Bureau qui réorganisèrent l’artillerie de Charles VII permirent de battre les Anglais aux batailles de Formigny et Castillons et d’ainsi bouter les anglais définitivement hors de France. Ces inventions ne passèrent pas les fameux « temps modernes » abandonnées elles ne reverront le jour qu’à la fin du 19ème et au 20ème siècle.

Du 14 au 17ème siècle (Renaissance et Temps Modernes inclus) sévira la chasse aux sorcières ou des milliers de femmes suspectées de commerce avec le diable seront brûlées vives. On ne brûlera jamais tant, on ne torturera jamais tant, on ne massacrera jamais tant qu’au 16ème siècle (renaissance dite française). Alors qu’au 12ème siècle Pierre Abélard pouvait écrire « Dialogue entre un Chrétien un Juif et un Musulman ».

Rôle de l’église médiévale avant 1277 (censure de l’université de Paris).

L’église médiévale avant cette date, n’a jamais freiné ou cherché à freiner le commerce, l’industrie et la technologie.

Seuls les juifs autorisés à faire commerce d’argent ? C’est une légende non corroborée par les faits. Les plus grands banquiers étaient Florentins, bons chrétiens et amis du pape. Ce qui leur permit fortune faite, de lancer la légende de la « Renaissance».

Les communautés religieuses cisterciennes furent le fer de lance de l’innovation technologique et Saint Thomas d’Aquin fut un précurseur dans l’expérimentation en laboratoire.

Quand au peuple écrasé par l’impôt féodal, on ne payait beaucoup moins d’impôts sur ses revenus aux 12ème et 13ème siècle que maintenant en pleine démocratie républicaine. 

 Ah ! J’oubliais la perspective et les fenêtres, important, l’argumentaire favori des idées reçues!

La perspective dans l’art pictural. La représentation par peinture sur fresque était surtout employée dans le midi et en Italie ou les églises romanes avaient des murs. Dans la France du Nord ou les églises sont construites sur croisée d’ogive à partir du 12ème siècle (Basilique de Saint Denis), il n’y a pas de murs et donc pas de représentation picturale possible. La représentation religieuse et pour beaucoup civile s’exprimera sur vitraux car les parois de ces églises ne sont que vitrées. Ceci ne peut donner lieu qu’a une représentation stylisée. De nombreuses représentations non religieuses son visibles encore dans ces églises. Scènes de la vie courante mais également publicités que les artisans ne manquaient pas d'inscrire sur les vitraux , bien visibles.

L’art pariétal était extrêmement développé, avancé et divers avec autant de représentations religieuses que civile. (voir documents). La représentation picturale n’existe vraiment que dans les enluminures et miniatures dont la perspective est schématique quand elle existe. L’artiste de cour n’existant pas encore, les portraits et tableaux n'apparaissent qu'au 14ème siècle. Ces vitraux, statues, enluminures et miniatures sont d’un art consommé. Faut-il de la perspective pour mériter à une œuvre picturale la qualification d’art moderne ? Picasso ne serait-il qu’un barbare moyenâgeux ?  La représentation de la perspective : tout ce qui reste de la Renaissance ?

 Les fenêtres apparues à la Renaissance.

On tombe ici dans le ridicule. Il n’y avait pas plus de fenêtre dans les murs d’une forteresse médiévale que dans celles de Vauban. Les gens n’habitaient pas les forteresses et les châtelains habitaient des palais pourvus de moult fenêtres, soit situés dans la basse cour du château soit situés au dessus des courtines avec le plus souvent des vues imprenables. Les  bâtiments civils médiévaux étaient autant pourvus de fenêtres qu’ils le furent après. Cependant la très grande quantités de constructions civiles érigées aux 13ème siècles  fut détruite en France aux 18ème et 19ème siècle, il en reste de nombreux en Belgique.  (voir Violet Le Duc)

                                                                                                       

La démonstration pourrait être longue et peut être fastidieuse. Je ne peu conclure (provisoirement) que Michelet s’il était un Républicain progressiste et sincère ne connaissait rien à l’Histoire. Ceci est possible dans la mesure ou les études historiques étaient loin, très loin de ce qu’elles sont devenues. Michelet en outre n’était qu’un compilateur des travaux d’autrui, il n’a jamais étudié par lui-même.

Cependant un doute m’habite. Personne n’est venu contredire Michelet et l’état français, républicain (ou prétendu) a validé la légende. Le « Malet Isaac » issu de la compilation historique de Michelet est devenue l’Histoire officielle de France et a formaté des générations de petits français appelés à faire de bons soldats n’hésitant pas à sortir de la tranchée sous la mitraille avec la certitude de mourir.

 Là est le nœud de l’affaire. Nous avons vu qu’aux 12ème et 13ème siècle, siège non pas d'une re-naissance comme certains l’affirment maintenant (La Renaissance du XIIe siècle - Jacques Verger cerf) mais d’une Véritable Naissance. La modernité est bien née à ce moment quand aucun état n’existait ! C’est mauvais pour le moral du pioupiou appelé au sacrifice suprême sur ordre de l’état.

L’idée républicaine dévoyée en étatisme, voila la raison de la vivacité de la légende et de son soutient par toutes les forces politiques institutionnelles.

           
Tous les despotismes européens ont abondamment  puisé dans la symbolique antique pour promouvoir et légitimer leur pouvoir. La symbolique antique est devenue la symbolique même du pouvoir !

Les princes et tyrans italiens, les premiers qui en ont eu l’idée et l’on exploité, merci l’humaniste Pétrarque! Les rois de France ensuite qui à partir du 16ème siècle ont plongé dans cette idée et avancé vers le concept de royauté absolue. Louis XIV, le premier qui constituera un état totalitaire, son état (c’était lui), fera de nombreuses références à l’antique. Ces abus totalitaires engendreront la Révolution française. Napoléon ensuite, même la mode féminine et les coiffures s’inspireront de l’antiquité romaine. Les fascismes Italiens et Nazis après ne verront que par l’antique.

Alors pourquoi ai-je un symbole Romain sur mon passeport de la belle République française ennemie des rois et des princes, ennemie des fascismes de tout poils ?

 L’idée républicaine dévoyée en étatisme, voila la raison de la vivacité cette légende et de son soutient par toutes les forces politiques institutionnelles.

Des faux républicains bien sur, ils n’ont jamais rien compris ou voulu comprendre. La République c’est le pouvoir du peuple et l’état le pouvoir sur le peuple.

La preuve par la campagne pour les présidentielles 2007. Chaque candidat voulant devenir… quoi au fait ?

Président de la République ? Chef de l’Etat plutôt ! A moins que cela soit Roi ou Reine de France car que disent-ils.

Quand je serais président, chef, roi (rayer la mention inutile) je ferai ceci, je ferai cela, alors que la constitution encore républicaine ne les gratifiera d’aucun pouvoir. Ils abondent tous dans la confusion générale et anti républicaine qui existe entre pouvoir législatif et pouvoir exécutif, d’ailleurs le président de la république n’a de pouvoir exécutif qu’en étant le chef des armées.

Faut-il rappeler qu’en République le peuple est souverain et que ses représentants, les députés sont seuls habilités à formuler et voter les lois. Nos candidats ont-ils oublié les valeurs républicaines ? Les ont-ils jamais admises ?

La renaissance de l’antique a encore de beaux jours et voila pourquoi je me retrouve avec un symbole romain sur mon passeport français !

Alain Benajam (avril 2007)


Je tiens à remercier ici le Professeur Jacques Heers. A la lecture de ses livres j'ai pu, non seulement apprendre quelques notions d'histoires médiévales, mais son livre,: "Le Moyen Ages, une Imposture" (bibliographie) m'a ouvert les yeux sur l'effrayante problématique de "l'Histoire officielle" toujours révisée de la véritable. Ce révisionisme officiel de bon aloi, ne peut servir que le despotisme.

Que ceux qui se prétendent de gauche ou républicains lisent et relisent les livres de Jacques Heers qui, serait le bien venu au Réseau Voltaire.

 

Alain Benajam: Administrateur du Réseau Voltaire

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