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27 février 2007 2 27 /02 /février /2007 12:05

 

Village


Terme commode utilisé en ethnométhodologie pour désigner un groupe social caractérisé par des membres qui pratiquent couramment une ou des méthodes identiques et  partagent par la même un certain nombre d’« allant de soi ».

Un « village » peut être technique: des informaticiens, des menuisiers ou des astronomes. Il peut être linguistique, français, allemands, etc. Il peut être ethnique, religieux, etc.

Cela peut être un comportement.

L’appartenance à un « village » n’exclut pas l’appartenance à d’autres. Un astronome, français, catholique, homosexuel pratiquant le tennis et aimant le cinéma appartient à divers « villages» .

Le terme de famille pourrait également convenir. Il existe une infinitude de villages, comme une infinitude d’idéologies associées à ces villages.

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27 février 2007 2 27 /02 /février /2007 12:01

 

 La validation est un processus d’appropriation par  un groupe d’homme, un « village », d’une méthode conduisant à une connaissance.


Ce qui est considéré valide est vrais ou fonctionnel, a contrario invalide est faux et dysfonctionne.

La validation est un jugement, une croyance. En fait cette croyance s’établit dans des limites acceptables par celui qui les traces.

Le principale mode de validation d’une méthode amenant à une connaissance est sa reproduction ou ce qui est considéré comme une reproduction par celui qui la conduit, il est seul juge, il accepte ou pas. Le plus souvent l’acceptation est sociale, la méthode conduite par les membres d’un groupe, d’un « village » est communément validée donc communément acceptée comme suffisamment reproductible pour l’usage que l’on compte en faire dans ce « village ».

La validation des méthodes d’un village, est un phénomène social complexe fortement lié à la cohésion du groupe, à ses croyances, sa religion et / ou aux mythes partagés. Certaines méthodes donc peuvent être valides dans un groupe et non dans un autre.

Dans le monde de la science la validation n’est qu’expérimentale. La suite de la procédure méthodique doit être accomplie et répertoriée de la même façon par un grand nombre de scientifiques différents pour être acceptée. L’acceptation de la reproductibilité est sévère et soumise à la critique de la communauté scientifique. Les scientifiques se réunissent régulièrement en congrès ou « workshop » (atelier) pour confronter leurs travaux et valider collectivement les nouvelles méthodes. Ainsi les méthodes sont perpétuellement variables au grès de nouvelles expérimentations et toujours acceptées comme seulement probables. Dans le monde scientifique, la validation se réalise toujours dans le cadre d’une incertitude qui doit être mesurée.

 Dans le monde de la religion la validation est non expérimentale et dogmatique. La validation dogmatique est acceptée comme telle, elle est invariable, c’est une vérité transcendantale, une certitude.

La validation est un processus d’appropriation par  un groupe d’homme, un « village », d’une méthode conduisant à une connaissance.

Valide, validation

 

 

La validation est un processus d’appropriation par  un groupe d’homme, un « village », d’une méthode conduisant à une connaissance.

 

Ce qui est considéré valide est vrais ou fonctionnel, a contrario invalide est faux et dysfonctionne.

La validation est un jugement, une croyance. En fait cette croyance s’établit dans des limites acceptables par celui qui les traces.

Le principale mode de validation d’une méthode amenant à une connaissance est sa reproduction ou ce qui est considéré comme une reproduction par celui qui la conduit, il est seul juge, il accepte ou pas. Le plus souvent l’acceptation est sociale, la méthode conduite par les membres d’un groupe, d’un « village » est communément validée donc communément acceptée comme suffisamment reproductible pour l’usage que l’on compte en faire dans ce « village ».

La validation des méthodes d’un village, est un phénomène social complexe fortement lié à la cohésion du groupe, à ses croyances, sa religion et / ou aux mythes partagés. Certaines méthodes donc peuvent être valides dans un groupe et non dans un autre.

Dans le monde de la science la validation n’est qu’expérimentale. La suite de la procédure méthodique doit être accomplie et répertoriée de la même façon par un grand nombre de scientifiques différents pour être acceptée. L’acceptation de la reproductibilité est sévère et soumise à la critique de la communauté scientifique. Les scientifiques se réunissent régulièrement en congrès ou « workshop » (atelier) pour confronter leurs travaux et valider collectivement les nouvelles méthodes. Ainsi les méthodes sont perpétuellement variables au grès de nouvelles expérimentations et toujours acceptées comme seulement probables. Dans le monde scientifique, la validation se réalise toujours dans le cadre d’une incertitude qui doit être mesurée.

 Dans le monde de la religion la validation est non expérimentale et dogmatique. La validation dogmatique est acceptée comme telle, elle est invariable, c’est une vérité transcendantale, une certitude.

Ce qui est considéré valide est vrais ou fonctionnel, a contrario invalide est faux et dysfonctionne.

La validation est un jugement, une croyance. En fait cette croyance s’établit dans des limites acceptables par celui qui les traces.

Le principale mode de validation d’une méthode amenant à une connaissance est sa reproduction ou ce qui est considéré comme une reproduction par celui qui la conduit, il est seul juge, il accepte ou pas. Le plus souvent l’acceptation est sociale, la méthode conduite par les membres d’un groupe, d’un « village » est communément validée donc communément acceptée comme suffisamment reproductible pour l’usage que l’on compte en faire dans ce « village ».

La validation des méthodes d’un village, est un phénomène social complexe fortement lié à la cohésion du groupe, à ses croyances, sa religion et / ou aux mythes partagés. Certaines méthodes donc peuvent être valides dans un groupe et non dans un autre.

Dans le monde de la science la validation n’est qu’expérimentale. La suite de la procédure méthodique doit être accomplie et répertoriée de la même façon par un grand nombre de scientifiques différents pour être acceptée. L’acceptation de la reproductibilité est sévère et soumise à la critique de la communauté scientifique. Les scientifiques se réunissent régulièrement en congrès ou « workshop » (atelier) pour confronter leurs travaux et valider collectivement les nouvelles méthodes. Ainsi les méthodes sont perpétuellement variables au grès de nouvelles expérimentations et toujours acceptées comme seulement probables. Dans le monde scientifique, la validation se réalise toujours dans le cadre d’une incertitude qui doit être mesurée.

 Dans le monde de la religion la validation est non expérimentale et dogmatique. La validation dogmatique est acceptée comme telle, elle est invariable, c’est une vérité transcendantale, une certitude.

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27 février 2007 2 27 /02 /février /2007 11:54


 Méthodes.


Emprunt au bas latin « methodus » du grec « methodos », formé de « meta » et de « hodos », route,  voie, signifiant direction qui mène au but.

 Depuis 1637, Descartes et son Discours de la Méthode le sens s’établit comme une suite d’actions accomplies, devant conduire à un résultat attendu.  Actions mémorisées en vu d’être reproduites afin d’obtenir un résultat  attendu identique.

 Une méthode peut être socialement enregistrée, dans ce cas elle devient valide.

 L’ensemble des méthodes accomplies par un homme ou un animal forme sa pratique (praxis).

 Une méthode mémorisée et reproduite usuellement sans être remarquée, devient implicite, « allant de soit ».

Toutes méthodes non implicites sont forcément explicites.

Une méthode explicite, peut être:

- soit, une méthode répertoriée, 

- soit une méthode implicite pratiquée par un individu, et explicitée à un autre qui ne la possède pas, sous forme d’apprentissage.

Une méthode explicite peut également s’appeler procédure ou procédé.

Le langage est une méthode. Les hommes, à la différence des animaux, ont la capacité de répertorier et d’enregistrer leurs méthodes  à l’aide d’artefacts. Les diverses façons de répertorier des méthodes par artefacts, sont des méthodes. Celles-ci sont variées, mais il est possible de citer parmi les plus usuelles: l’écriture, le dessin, le signe, l’exemple. 

Cependant, l’homme vient d’inventer une nouvelle méthode pour répertorier ses méthodes, à partir de la machine de Turing, l’ordinateur multi média, cet instrument modifie d’une façon qualitative les capacités humaines d’enregistrement et de diffusion de l’ensemble de ses méthodes.

L’Etre est indissociable de ses méthodes pratiquées pour expliciter ses méthodes.

Les méthodes implicites pratiquées par un individu forment: sa connaissance, ses capacités, sa conception du monde, son idéologie et pratiquées socialement ses « allant de soit »

L’ensemble des méthodes humaines explicites et valides forme La Science.

 

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27 février 2007 2 27 /02 /février /2007 11:48

Allant de soi, « account » (ethnométhodologie)

 

Termes commodes utilisés en ethnométhodologie pour désigner une idéologie, un comportement, une pratique socialement implicite et sa description.

Un «allant de soi » est vu, mais non remarqué, il est non décrit et  invisible par ceux qui le pratique. Il fait partie des fondements idéologiques d’un village.

L’"allant de soit" n’est pas explicitement enseigné comme tel, il est naturellement transmis par la société dans  les comportements «normaux », socialement appropriés et reproduits.

Par exemple dire « bonjour ç’a va !», en français et serrer les mains, en entrant au bureau, en France est un « allant de soi », le dire en japonais et se courber dans la même situation ne l’est pas, par contre il l’est au Japon. Les « allant de soit » des autres villages sont remarquables et perdent pour nous leur qualification « d’allant de soit ».

Les idéologies dominantes sont formées pour beaucoup d’ «allant de soit » c’est la raison pour laquelle elles ne sont pas qualifiées d’idéologie  par ceux qui s’y soumettent.

Si un « allant de soi » est une pratique et une idéologie, l’ethométhodologie utilise un mot anglais pour désigner sa description : l’ « account ». 

Account signifie compte-rendu, qui rend compte mais également  responsable.

Par exemple, dans la phrase: "son attitude rend compte de ce qu'il pense", ou ce qu'on dirait d'un tableau qui "rend compte" de tel ou tel sentiment de son auteur. Mais on pourrait dire également si "son attitude rend compte de ce qu'il pense", ce qu'il pense est "responsable" de son attitude, idem pour le "tableau qui rend compte" des sentiments de son auteur, mais ses sentiments sont "responsables" de son tableau.

« Rend compte », « account » est ce qui donne à voir et à penser, autant que le vu et le pensé.

"Account"  " rend compte" est un unique terme  utilisé pour désigner  deux éléments en rapport dialectiques, d'un coté l'acte, la praxis et de l'autre, la pensée, la personnalité qui selon K. Marx sont indissociables et dialectiquement contradictoires et selon H. Garfinkel, indissociables, descriptibles et rapportables dans le sens ou la praxis observée en tant que pensée objectivée peut être consignée, celle-ci devenant un rapport sur la "représentation du monde" de l'observé.

 

Les "accounts" peuvent prendre la forme d'un outil, prolongement de la main, véritablement intégré dans l'incarnation d’une méthode, le microscope, les jumelles sont effacées de la perception de l'observateur, seul compte pour lui l'objet observé.

Seule une observation précise et un compte rendu exhaustif d’une méthode sera en mesure de révéler ses "accounts".

Les "accounts" sont bien évidemment locaux ils ne sont rapportables que pour un groupe défini donné, dans un contexte donné. L'étude des "accounts" peut revêtir une grande importance pour une entreprise. Ces "accounts" industriels révèlent les capacités du groupe étudié. Ce groupe est capable de:.... ce groupe utilise usuellement  tels ou tels outils, communique de tel ou telle façon, machine à café, cantine, réunions formelles, etc...

Les instructions qui lui sont transmises, sont-elles en rapports avec les "accounts" du groupe. Ce groupe trouve t-il les instructions normales ? Si le groupe trouve les instructions anormales, irresponsables,  non "accountable", il ne les comprendra pas et elles risquent de ne pas être suivies.

L’ « account » peut être pris pour une production conforme, si conforme qu’elle devient invisible, elle va de soi.

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27 février 2007 2 27 /02 /février /2007 11:45

Ethnométhodologie.

 

Du grec « ethnos », peuple et méthodologie, discipline des méthodes.

Ethnos, peuple: groupement de familles dans une aire géographique variable, dont l'unité repose sur une structure familiale, économique et sociale commune et sur une culture.

Une définition plus large mais néanmoins plus précise de peuple: un  groupe qualifié, dont les membres partagent des éléments culturels communs définis par des éléments de pratiques communes.

L'ethnométhodologie est une discipline cognitive qui s'attache  à étudier les méthodes utilisées par des groupes définis et qualifiés dans leurs accomplissements quotidiens et ordinaires.

Les pratiques accomplies ordinairement, machinalement, et le plus souvent inconsciemment par les membres d'un village sont les éléments fondamentaux qui intéressent les études ethnométhodologiques, ces pratiques implicites, néanmoins observables et rapportables nommées « account »sont significatives de la représentation du monde social dans lequel le groupe évolue. De même cette représentation du monde sociale n'est observable, rapportable, que par la description des pratiques de ce groupe.

Comme ces pratiques ne sont observables et racontables que localement car elles ne peuvent prendre en compte qu'un groupe qualifié défini, local, utilisant ces dites pratiques. Le monde social descriptible, dicible, en fait objectif, ne peut être que local. Ce monde social local n'utilise qu'une rationalité  locale intelligible seulement dans son contexte.

 

Pratiques ordinaires implicites et pratiques formelles explicites, sont des parties intégrantes par exemple d’un processus de production, elles sont intimement liées et ne peuvent être disjointes.

Les unes explicites, formelles, telles que plans, descriptions, cahiers de charge, gammes de montage, en fait les instructions ¨ entraînent ¨ les autres, implicites, les savoir-faire particuliers nécessaires à l'accomplissement de la pratique de production, tel que fraisage, tournage, câblage, montage, capacité de développement de logiciel, etc..., le tout formant la méthode de fabrication.

 

Les unes, les instructions concernant la méthode à reproduire, explicites, sont étrangères au groupe, elles arrivent, elles sont données, elles peuvent être acceptées ou rejetées par le corps social du groupe, tels des antigènes par des anticorps reconnaissants une différence. Elles sont acceptées si elles sont comprises et paraissent évidentes, elles seront bien évidemment rejetées en cas d'incompréhension.

 

Les autres, pratiques implicites, ordinaires, sont  des capacités, ce sont des potentialités. Le groupe recevant les instructions est « capable »  ou non de réaliser les instructions données. La capacité du groupe ne peut être bien évidemment évaluée que par les pratiques antérieures à l'instruction donnée observées et rapportées. Si l’instruction est trop éloignée des pratiques passées du groupe donné, saurait-il accomplir la tâche définie par cette instruction ?

 

L'instruction concernant la méthode à accomplir ajoute une expérience au groupe renforce ses savoir-faire. L'instruction à été intégrée, digérée, de nouvelles capacités apparaissent. La nouvelle méthode est devenue implicite. Le groupe à su faire, il saura certainement refaire.

 

L'évaluation des pratiques courantes, ordinaires d'un groupe, par exemple une entreprise industrielle, est donc une tâche remarquable propre à l'ethnométhodologie, elles seront significatives des capacités de ce groupe, de sa compréhension des événements en tant que faits extérieurs, en fait de sa perception du monde social qui l'entoure.

 Pour l'ethnométhodologie, ces pratiques, descriptibles, rapportables, sont  identiques à la perception du monde que possède ce groupe.

 

" Les activités par lesquelles les membres organisent et gèrent les situations de leur vie courante sont identiques aux procédures utilisées pour rendre ces situations descriptibles"  (H. Garfinkels studies in ethnomethodology)

 

Ainsi, comme le mathématicien Lebensfelt montra que « l’énoncé d’un théorème était identique à sa démonstration », (paires de Lebensfelt). H. Garfinkel montra que l’existence d’une nouvelle galaxie dans l’univers était identique aux procédures mises en œuvre pour l’observer.  

 

L'intérêt d'études, d'audits  ethnométhodologique pour une entreprise est considérable. Car ces audits vont s'efforcer de rapporter la totalité du processus de production en tentant de répondre aux questions cruciales suivantes:

- ou se trouvent les instructions complémentaires non écrites,

- comment elles interviennent,

- comment ces instructions sont enchaînées à leur contexte pour être réalisées,

- comment évaluer et décrire les compétences tacites nécessaires à la production,

- comment définir les conditions de la reproductibilité des méthodes comme n'étant qu'internes à des instances localement construites ?

(Garfinkel colloque Université Paris 8, mai 1995)

 

L'ethnométhodologie a établi un certain nombre de concepts, voire d'axiomes, dont les buts ne vont servir qu'à faciliter l'observation et la description des pratiques objets de l'étude. Ces axiomes ne sont que des outils à la disposition d’un observateur. Il est bien entendu que pour l'ethnométhodologie le seul compte rendu de la pratique observée présente de l'intérêt.

 

Cependant, rendre compte d'une pratique, d'une procédure le plus fidèlement possibles, présente un certain nombre d'écueils. Ces écueils sont connus et traités par l’ethnométhodologie, les éviter, ne peut être qu'une tendance. Les deux écueils principaux à la description relevés par l’ethnométodologie  sont: la non-connaissance intime et la prise de parti, l’opinion.

Pour l’ethnométodologie connaissance et pratique sont identiques, comment rapporter sur les mathématiques sans être mathématicien. Il est donc nécessaire pour rapporter sur un « village » d’être membre de ce « village ».  La prise de parti ne peut qu’entraîner des biais dans les descriptions, par exemple, qu’elle confiance aurions-nous dans le rapport sur un crime provenant d’un officier de police qui serait lié à la victime ou à l’assassin. Pour tenter de palier ce type d’écueil l’ethnométhodologie définit une posture que le rapporteur doit impérativement observer. Cette posture est appelée « indifférence ethnométhodologique », cette indifférence se réfère à une compétence accordée à celui dont la méthode est décrite et qui ne peut être mise en cause. Cette compétence est appelée « compétence unique », « unic adequacy ». Le descripteur ne peut être indifférent qu’en jugeant la méthode décrite comme possédant  une unique compétence, il ne veut ni ne peut la discuter, la remplacer par la sienne propre, la remettre en cause.  Ce type d’attitude est fondamental pour régler des rapports complexes entre les individus dans une entreprise réalisant des produits complexes en utilisant des méthodes complexes. Chacun doit accorder le bénéfice de la « compétence unique » à celui qui utilise une spécialité, une pratique qui n’est pas la sienne.

 

Tous les principes fondamentaux ou non, toutes les idées, toutes les pratiques, utilisables par la discipline ou le courant de pensée de l'ethnométhodologie sont en réseau, donc interactifs et s'inscrivent dans une machinerie idéologique, exprimant avec force le principe fondamental suivant.

 

- Les pratiques d'un groupe qualifié sont identiques aux représentations du monde de ce même groupe. Cette représentation, observée et rapportée, est ainsi objectivée, car elle est devenue dicible.

Cette représentation matérialisée par le rapport est propre au groupe qualifié observé, elle ne peut définir que localement sa propre rationalité.

 

 L'ethnométhodologie étudie la relation triadique: conception du monde / existant et fait / compte rendu.

(R.Marty, Pour une approche sémiotique de l'ethnométhodologie in Pratiques de Formation -  Paris 8)

 

Il existe une infinitude de groupes humains pouvant être qualifiés, ( en fait un nombre fini, la puissance mathématique de la population définissant toutes les combinaisons possibles, ces combinaisons  peuvent être représentées par un fractal) donc il existe une infinitude de représentation du monde.

 

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27 février 2007 2 27 /02 /février /2007 11:33

Empires et féodalités

L’organisation des sociétés est régie, comme l’ensemble des activités humaines, par des  idéologies  elles mêmes issues de pratiques passées. Ainsi, l’organisation des Etats modernes semble obéir à deux tendances provenant d’organisations anciennes, une tendance impériale ou une tendance féodale.

Par exemple le système impérial a disparu en Russie seulement en 1992, il  perdure en Chine bien qu’étant sur le point de disparaître. Il a totalement disparu en Europe occidentale au 10 me siècle.  Il n’a jamais existé, dans les îles britanniques et les pays scandinaves. La culture sociale  anglo-saxonne comparée à celle de la  Russie ou de la Chine comporte des caractéristiques d’évidence. Par contre, le mode d’organisation japonais comporte, lui, des similitudes avec l’Occident, car le système féodal s’y est perpétué jusqu’au 19 me siècle. Ces différences culturelles se calquent à la fois sur des différences de niveaux de vie et sur la répartition du pseudo-« communisme  », en fait de l’étatisme. Est-ce un hasard ?

Le système impérial est l’aboutissement de la logique étatique. L’ Etat est devenu puissant et centralisé,  il est accompagné d’une superstructure idéologique toute aussi puissante étayant sa légitimité. Cette superstructure présente un caractère religieux ou dogmatique. Les lois sont  complexes, (droit romain, droit napoléonien, Coran ), la  police et l’armée sont omnipotentes.

La production est organisée en de vastes domaines autarciques avec de grandes concentrations de  travailleurs esclaves ou à liberté restreinte, latifundia, combinats etc. 

L’Etat devient totalitaire, il offre aux sujets une conception du monde transcendantale et sécuritaire.

L’organisation sociale est pyramidale. L’organisation politique est soumise au clientélisme et au népotisme, les Russes ont inventé le terme de «nomenklatura », pour désigner une aristocratie (qui n’est pas une noblesse), il ne peut exister de démocratie. La sécurité est assurée pour tous ( sauf  les déviants qui sont sévèrement punis), la cohésion sociale des « normaux » est souvent maintenue par le rejet collectif et mystique des « déviants »  perpétuellement dénoncés, les juifs ou les homosexuels font souvent l’affaire. Il n’y a pas de pègre ni de mafias. L’individu ou les communautés d’individus ne peuvent prendre d’initiatives, ils n’ont pas de place dans le système. Le système impérial est efficace dans l’exécution de travaux monumentaux, il est efficace dans l’exploitation par la contrainte d’autres peuples qu’il soumet. Le système impérial peut mobiliser de grandes quantités d’individus, il est stable, non dynamique non inventif et peut durer sans modification, il se termine par un effondrement soudain et irrémédiable. La société impériale déstructurée se transforme rapidement en sociétés féodales ou les ex-nomenklaturistes travaillant pour leur propre compte deviennent les « châtelains » féodaux de la nouvelle organisation. 

Dans l’économie impériale, la monnaie est peu utilisée et la marchandise joue un rôle social faible, il y a peut d’échanges. L’idéologie sociale est marquée par l’égalitarisme de bas niveau et la soumission. Le pseudo- «communisme » a put facilement s’établir sur les empires et les remplacer sans les modifier.

Le système féodal est lui caractérisé par un Etat faible ou absent, au 10 et 11 me siècle en Occident, il n’y avait pas d’Etat, comme à l’Ouest des USA à la fin du 19 me siècle.  Il n’y a pas ou peu de lois écrites mais des coutumes transmises oralement. L’aire sociale est divisée en communautés fermées, ces communautés peuvent être dominées par des seigneurs  tyrans ou autogérées de façon démocratique. Ce qui caractérise le monde féodal est l’extrême diversité des situations d’une communauté à une autre.

La production est assurée par des hommes libres, mais le plus souvent liés à la communauté à laquelle ils appartiennent et qui les assujetti. La sécurité ne peut exister que dans la communauté, c’est une solidarité,  l’insécurité est la règle pour tous hors de cette communauté, faibles ou puissants. Le pouvoir est assuré au niveau de chaque communauté par celui qui l’a pris, par la force, la richesse, l’association, ces pouvoirs peuvent former une noblesse (et non une aristocratie). Les mafias ou pègres forment des communautés comme les autres, elles sont puissantes et bien tolérées. Il n’y a pas de légitimité transcendantale d’un pouvoir d’Etat, bien que chaque communauté tente toujours d’en établir une a son niveau. Le pouvoir de l’Etat est perpétuellement combattu par des communautés qui peuvent devenir sectaires.

L’ensemble des communautés d’une aire féodale peut être fédéré par une idéologie commune et superstructurelle induisant une coercition, plus morale que physique. Les déviants peuvent former une communauté qui s’inscrit dans l’aire féodale et peut se défendre ainsi contre les autres. La déviance n’est en fait qu’intra-communautaire. L’ensemble des communautés féodales peut être représenté par un chef (roi) qui a peu de pouvoirs, ce chef (roi) est le plus souvent le chef de la communauté la plus puissante, une République peut fédérer les communautés en lieu et place d’un roi, mais cela ne change rien au système, comme  les Républiques urbaines italiennes ou allemandes du moyen âge. Il peut être établi une hiérarchie de communautés, sans qu’un système pyramidal, légitime puisse perdurer. Des contrats moraux ou écrits règlent les rapports de vassalité  entre les individus et les communautés. Le droit écrit, quand il existe ainsi que la coercition publique doit seulement permettre l’observation des contrats. Le système est mouvant au rythme des guerres entre communautés, des disparitions ou apparitions. L’économie est monétaire et fortement marchande, chaque communauté est également une entreprise marchande. Les communautés communiquent en réseau. L’ensemble féodal est fortement dynamique il est soumis à des avancées soudaines et des crises profondes voir dramatiques. La population française a triplé entre le 12me et 13me siècle et diminuée de moitié au 14 et 15me siècles.

L’idéologie sociale est marquée à la fois par l’individualisme, la valorisation de l’initiative et de la force ainsi que par la solidarité communautaire. Le capitalisme ne peut se développer que sur des systèmes  féodaux et non impériaux.

 

Quelques éléments historiques.

Les empires se sont développés essentiellement à la périphérie sud-ouest, sud et sud-est des plaines d’Asie centrale. Empires romains, grecques, égyptien, perse, indien, chinois. Ces Empires  sont la continuité des Etats formés en  syncrétisme entre d’anciennes civilisations néolithiques sédentaires et la civilisation préhistorique pastorale et guerrière d’Asie centrale, représentée par les Kourganes et dite Indo-européenne.

Ces Etats impériaux sont caractérisés par un mode de production et d’exploitation, qui est celui du domaine.

Le domaine en latin « familiae » est un territoire possédé individuellement par un propriétaire, en latin « dominus ». Sur ce territoire, possession d’un seul homme vit une multitude d’individus soumis à ce propriétaire ils sont les dominés.

A l’origine, le domaine est totalement autarcique, il produit tout ce dont il a besoin, nourriture, outils, armes, et vêtements, spécialité du gynécée. Le commerce, très faible, est le plus souvent réalisé par échange et ne concerne que des produits de luxe à l’usage du propriétaire.

Le domaine antique est un véritable Etat avec ses propres lois et sa religion. L’association des domaines formera des cités-état, réunions de propriétaires pouvant être associés en République puis l’association de cités, formeront des empires.

 L’extension de l’empire romain dans la partie Nord occidentale de l’Europe est tardive et brève, elle s’applique à des populations qui ne l’ont pas « inventé », comme les Celtes (Gaulois), cependant il ne pourra que marquer. Alors que l’empire romain est balayé par les Germains au 5 me siècle il perdure sur ses bases de départ culturel, en Grèce et dans le sud de l’Italie. L’empire gréco-byzentin, étend alors son influence en Russie et l’impérialisme arabo-musulman s’établit sur le flan sud de l’empire romain.  Les périodes mérovingiennes et carolingiennes sont des périodes de transition historiques vacillantes entre un empire-état voulant à tout moment resurgir et la pesanteur sociologique germanique foncièrement hostile à ce type d’organisation.

 

D’autres civilisations provenant des empires antiques se conserveront ou établiront de nouveau systèmes impériaux. L’empire byzantin issu de l’empire gréco-romain  génère l’empire russe, puis influence l’impérialisme arabo-musulman, en lui laissant la place. Celui-ci va créer de vastes empires parfois liés parfois ennemis. Empire arabo-persique, empire arabo-égyptien, empire indo-mogol, empire arabo-berbère en Afrique du Nord et en Espagne, empire ottoman. L’empire chinois échappera à l’emprise musulmane, peut-être grâce aux Mongoles nomades dont les occidentaux verront des alliés potentiels. Toutes ces zones vont ignorer la révolution féodale du 10 me siècle et capitaliste du 13 me, elles conserveront parfois jusqu’à nos jours un mode de production domanial évoluant en latifundia (aciendas)

L’Europe occidentale délaissera  peu à peu le système impérial, entre le 5me et 10me siècle pour se recentrer sur ses bases germaniques, en abandonnant la Méditerranée à l’impérialisme arabo-musulman. Au 10 me siècle surgit la révolution féodale.

Il s’agit bien d’une révolution, car contrairement au système impérial, l’initiative individuelle ou communautaire deviendra la base de l’organisation sociale, entraînant la disparition de l’Etat antique.

Il est possible de considérer le système féodal comme un syncrétisme entre l’organisation sociale germanique fortement communautaire, solidaire et non territorial et l’organisation domaniale gallo-romaine dégénérant en villas et toujours ancrée sur le sol et la propriété.

Les causes exactes de l’apparition du système féodal restent encore inexpliquées. Cette apparition est cependant marquée par deux types d’événements. D’une part l’effondrement de l’empire carolingien qui, du fait de son étendue et des successions de type germanique avec partage, sombre dans la division. D’autre part, les vagues successives d’envahisseurs, (Vikings, Magyars, Maures) affectant l’Europe occidentale et obligeant les habitants de prendre eux-mêmes l’initiative de la défense. 

Charlemagne avait lui-même commencé à atomiser l’Empire en instituant une fonction comtale héréditaire. Il avait aussi modifié l’organisation militaire mérovingienne qui était constituée par le rassemblement de tous les Francs ou hommes libres. Au temps mérovingien l’armée, l’ost, était hétéroclite, les Francs venaient combattre selon leur bon vouloir, à pied pour les plus pauvres, à cheval pour les riches. Charlemagne ne convoqua plus pour l’ost que les Francs pouvant combattre à cheval, afin d’assurer la plus grande mobilité à son armée. Il se format une classe d’homme de guerre permanent combattant exclusivement à cheval, les chevaliers. Les hommes de guerre, sous la pression des envahisseurs délaissèrent l’ost royal et s’établirent localement derrières des fortifications de fortune. Les villas furent abandonnées, les habitants se réfugièrent sur les hauteurs. En plaine, des mottes de terres furent érigées et des tours de bois construites sur ces mottes.

Sur le plan économique, les grands domaines, indéfendables se déstructurèrent. L’organisation impériale de l’Etat s’écroula, les impôts ne furent plus collectés, chacun s’organisa à sa guise au niveau local sous l’emprise des plus forts. L’organisation économique et sociale s’établit principalement de trois manières et sous trois emprises, non exhaustives, en fait, il en existe de multiples.

Une emprise seigneuriale, une emprise cléricale, une emprise urbaine.

L’emprise seigneuriale.

Le domaine carolingien commençait déjà à se diviser, des fermes ou manses étaient accordés à des couples de paysans, libres ou non, chaque manse devant une redevance en nature au propriétaire. La distinction libre, non libre devint de plus en plus difficile à discerner, des couples mixtes se formèrent. Les exploitants des manses sont tous appelés « servus » cerfs. Les esclaves sont rapidement affranchis, la distinction au sein du servage devenant inutile. Les serfs sont libres d’exploiter leur ferme comme ils l’entendent, à condition de payer le tribut  convenu, et d’effectuer des corvées sur les terres du seigneur.  La partition territoriale des domaines se modifie. Le roi ou l’empereur, accorde des terres à ses soldats, principalement dans les vastes domaines appartenant à l’église. Des terres nouvelles sont défrichées, la classe seigneuriale peut s’agrandir avec les plus forts.  Les guerres, la désorganisation de l’ordre ancien, l’anéantissement de certains domaines par les envahisseurs, permet aux plus entreprenants d’émerger. La force au combat et la capacité à se fortifier devient la caractéristique primordiale d’accès a la classe seigneuriale possédante. Cette classe remplace les propriétaires domaniaux dont la possession n’était basée que sur l’héritage.  Le seigneur, nouveau propriétaire foncier, doit s’organiser militairement au niveau local pour défendre son bien contre tous types d’envahisseurs, seigneurs voisin, Vikings, Sarrasins. Il se doit de recruter des hommes d’armes. En contre partie du service militaire accordé par la recrue, le seigneur lui offre une terre afin qu’il puisse avoir les moyens de s’équiper. Un véritable contrat est passé entre suzerain et vassal ou le service est échangé contre la terre et la protection.. Outre l’usufruit de la terre accordée, le suzerain transfert pour cette terre son pouvoir de ban au vassal, (droit de punir et de contraindre). Le vassal peut lui même recruter d’autres vassaux, il peut devenir vassal de plusieurs suzerains. L’atomisation des pouvoirs et des possessions devient extrême.  

Le seigneur, suzerain premier possédant, est assisté au combat par ses vassaux usufruitiers des terres seigneuriales accordées. Le territoire est partagé par une multitude d’armées locales qui guerroient entre elles, conquièrent de nouvelles terres prises aux adversaires, les conquêtes sont accordées à de nouveaux vassaux, de véritables principautés se forment.  Seule la convocation à l’ost par le roi ou l’Empereur permet une certaine trêve des combats privés.  L’accession à la classe militaire chevaleresque est possible, pour les hommes libres ou les esclaves, remarqués au combat. Une classe sociale se crée, militaire et propriétaire, la noblesse, le domaine clos disparaît au profit de la châtellenie. 

L’emprise cléricale.

L’église est l’héritière directe de l’empire romain, elle en conserve la culture et l’idéologie. Cependant elle s’adapte rapidement aux nouveaux maîtres germains et à leur conception du monde fondamentalement différente de celle qui prévalait sous l’empire. En fait, elle subit et tente de réguler les excès germaniques: polygamies, guerres privées, meurtres, ordalie (combat rituel ou jugement de dieux), mais également relative liberté des femmes, naturalisme, paganisme, etc... L’église mettra plusieurs siècles à imposer son ordre moral. Cependant cette église sera un élément fédérateur de l’occident, la superstructure minimum sans laquelle le système n’aurait pu tenir, c’est un empire fantôme. L’église, si elle possède la culture et le savoir, est également la première propriétaire terrienne elle exploite ses domaines strictement comme un propriétaire laïque. C’est une communauté féodale au même titre qu’une autre et particulièrement dynamique dans l’application de technologie nouvelle et dans le travail agricole.

L’emprise urbaine.

Aux temps mérovingiens et carolingiens, du 5 me au 10 me siècle les villes, d’origines romaines, sont quasiment abandonnées, seul subsiste le siège de l’évêque représentant du pape selon l’ancienne hiérarchie impériale. Avec les invasions, ces villes se repeuplent en devenant des refuges, car elles  sont ceinturées de  remparts. Les villes seront habitées par des populations en marge de l’exploitation seigneuriale, les artisans. Face  à la précarité,  les artisans se regroupent en organisations communautaires sous la protection d’un Saint Patron. Ces organisations ou ghildes sont à la fois des communautés religieuses, des communautés d’entre aide sociale, et des organisations professionnelles, on les appelle les métiers jurés, elles seront appelées plus tard corporations. Ces ghildes, organisations religieuses s’organisent d’abord avec la bienveillance de l’Evêque, seigneur citadin exerçant les pouvoirs du ban. Par la suite, elles prendront en maintes cités le pouvoir aux Evêques, elles établiront des organisations plus ou moins démocratiques ou oligarchiques appelées communes, dans certains cas elles exerceront le ban y compris sur les campagnes avoisinantes. Les ghildes favoriseront l’émergence des sociétés capitalistes par action, dès le début du 13 me siècle, les compagnies. Certaines communes prendront le nom de République.

Des milices urbaines assurent la défense des villes, leur organisation est à la fois démocratique et réellement efficaces. Les milices flamandes battent et massacrent la chevalerie Française à la bataille de Courtrai (1302), bataille dite des mille éperons d’or, car cette quantité d’éperons prise sur les nobles français morts orneront longtemps le beffroi. Le système féodal se répand dans toute la chrétienté romaine et seulement dans la chrétienté romaine à partir du 10 me siècle. Ce système est caractérisé par une extrême atomisation des pouvoirs et une extrême diversité des modes d’exercice de ce pouvoir. Du pouvoir seigneurial parfois tyrannique au pouvoir parlementaire citadin parfois démocratique, l’air de la ville rend libre disait-on. Il est également caractérisé par un communautarisme avoisinant le sectarisme. Le système féodal prendra des formes néanmoins différentes, selon qu’il se situe sous influence de l’empire « romain germanique », sous l’influence du roi de France, ou du roi d’Angleterre.

Dans l’Empire au 10me siècle, actuellement, l’est de la France ( frontière, Meuse Saône, Rhône), la Belgique ( Hainaut), la Hollande, l’ouest de l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche, la Tchéquie, et l’Italie du Nord, jusqu’à Rome, le féodalisme y est le plus atomisé, le pouvoir seigneurial chevaleresque, faible, le pouvoir citadin puissant, et ce jusqu’au 19me siècle. L’Empire constitue un Etat faible et embryonnaire, la fonction impériale, plus honorifique qu’effective devient élective. L’Empire est caractérisé par le pouvoir des villes et des bourgeois capitalistes. L’atomisation allemande induira le fédéralisme et en Italie, l’opposition Nord Sud issue de deux civilisations différentes durera encore certainement des siècles. Le Saint Empire Romain Germanique ne sera impérial que de nom.

C’est dans les royaumes de France, de Navarre et d’Aragon que  la féodalité militaire chevaleresque  est la plus forte,  car la guerre y est permanente avec la guerre de 100 ans et la « reconquista ». Le pouvoir bourgeois capitaliste est le plus faible, exception faite des Flandres drapantes, ( Flandre française et Belge actuelle) qui seront en opposition permanente avec le royaume ( bataille de Courtrai) et fortement liés à l’Italie du Nord capitaliste et à l’Angleterre fournissant la laine, matière première des draps. Le pouvoir de l’Etat est inexistant aux 10 et 11me siècle. Les rois de France feront beaucoup d’efforts pour développer des institutions étatiques, sous Philippe le Bel, Charles 5, 6 et 7 puis Louis 11 en s’opposant systématiquement aux diverses féodalités, seigneurs, église papale, parlements citadins, confréries, judaïsme.  Les rois de France, contestés, par l’Empereur, battu à Bouvine par Philippe Auguste en 1214, et contestés par les Anglais, boutés hors de France sous Charles 7,  développeront une mystique nationaliste et religieuse du pouvoir . Le reste de l’Europe se moquera longtemps des sujets du royaume de France vivant en tyrannie. L’Etat devient totalitaire sous Louis 14. La France est certainement le premier Etat-Nation européen, ouvrant ainsi la voie aux idées  jacobines.
En Angleterre, la féodalité militaire chevaleresque est essentiellement d’origine continentale. Richard Coeur de Lion n’ira pratiquement jamais dans l’ Ile. Les seigneurs militaires sont absents, occupés à guerroyer sur le continent. Un Etat se forme, plus gestionnaire qu’absolu influencé par les bourgeois urbains et leurs parlements, les préoccupations économiques deviennent essentielles. Les libertés individuelles seront plus développées qu’ailleurs avec un communautarisme moins sectaire, ce qui mènera à la proclamation de l’Habeas Corpus, à l’exercice du parlementarisme, de la démocratie et des partis politiques. 

Le système féodal européen enfantera la première révolution industrielle et le capitalisme . Ce type d’organisation sociale et les mentalités qu’il a induite, pouvoir de l’individu ou de ses communautés, état faible, « communisme phalenstérique », marque profondément et marquera encore durablement l’ensemble de la planète ou il s’est complètement répandu. Il s’oppose à l’organisation sociale et aux mentalités directement issues des sociétés impériales domaniales, pouvoir central de l’Etat, soumission des esclaves, sécurité et irresponsabilité ayant été propice à l’établissement provisoire, du « communisme politique », comme une ultime réaction de rejet.

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23 février 2007 5 23 /02 /février /2007 10:38

 Libéralisme

 

Le libéralisme est une doctrine politique qui préconise le maximum de libertés individuelles comme mode d’organisation sociale.

Le terme, provenant de liberté puis de libéral, est attesté pour la première fois en 1823. Il est né suite aux combats révolutionnaires aux Etats Unis et en France, mais aussi avec l’avènement de la démocratie en Angleterre qui la première accordait à l’individu la responsabilité de lui-même, (Habeas corpus)

Ce combat pour la liberté qu’est le libéralisme historique, possède dés son origine deux aspects. Un aspect politique humaniste et un aspect économique.

L’aspect politique proclame l’autonomie de l’individu sur la société, face à tous les despotismes dont elle est capable.

Alexis de Tocqueville écrira notamment ces lignes « La toute puissance me semble en soi une chose mauvaise et dangereuse […] Il n’y a donc pas sur la terre, d’autorité si respectable en elle-même ou revêtue d’un droit si sacré, que je voulusse laisser agir sans contrôle et dominer sans obstacle. Lors donc que je vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance quelconque, qu’on l’appelle « peuple » ou « roi », « démocratie » ou « aristocratie », qu’on l’exerce dans une monarchie ou dans une république, je dis là est le germe de la tyrannie. ».

Dans le domaine économique le libéralisme préconise la liberté des agents économiques selon le postulat de l’harmonie spontanée de la recherche des intérêts privés et de la formation de l’intérêt général. Il définit ainsi un «ordre naturel » efficace que le physiocrate Quesnay (1758) énonçait ainsi « Obtenir la plus grande augmentation de jouissance par la plus grande diminution possible de dépense ».

Les libéraux présentent la liberté comme ordonatrice et facteur de dynamique sociale. Cependant ils admettent que cette liberté, pour être partagée par le plus grand nombre doit être régulée par une structure devant compenser les risques momentanés d’exclusion des plus faibles et de domination des plus forts. Ainsi la plus part des courants libéraux historiques admettent une superstructure régulatrice de type  religion ou Etat. Les différents moyens de régulation sociale préconisés et l’importance de la régulation admise définissent  les différents courants libéraux, ceux-ci peuvent être nombreux. Le libéralisme américain rapporté notamment par Tocqueville préconise la religion, le courant français préconise la République. Un nouveau courant, notamment aux USA dit libertaire, néo-libérale ou ultra-libérale rejette toute régulation sociale.

Le libéralisme « véritable » se situerait au milieu  d’une échelle ou à chaque extrémité serait le despotisme. D’un côté, aucune régulation sociale, ce qui permettrait aux plus forts de s’imposer et de l’autre, un ordre étatique imposerait sa loi sur les individus.

Dans les deux cas, ulra-libéralisme et étatisme freinent les libertés individuelles, et se doivent d’établir un ordre moral pour se justifier et subsister.

 

Le combat libéral à revêtu des formes diverses selon les époques et les sociétés, combattant tout despotisme existant ou potentiel : absolutisme, autocratie, césarisme, corporatisme, dirigisme, étatisme, religion, collectivisme, socialisme, pan-capitalisme.

Le combat libéral ne se fonde pas sur une doctrine dogmatique ni même un dessein, il ne définit pas d’ennemi à priori, il s’adapte au jour le jour en dénonçant les adversaires des libertés individuelles. Associés aux socialistes un jour, adversaire un autre jour. Défenseur de la libre entreprise comme adversaire du financiarisme et des monopoles capitalistes.

Les libéraux n’ont d’autre projet social que de vouloir assurer le maximum de libertés pour un maximum d’individus.

Le concept républicain est fortement attaché au concept libéral. En effet, le contrat social peut être défini par le lieu de  «l’ordre naturel », la souveraineté proclamée du peuple interdit la prise du pouvoir par un despote et la laïcité de la République, interdit la mise en place d'un ordre moral justifiant un despotisme.

Un courant libéral moderne et de tradition française pourrait se définir « libéral républicain ».

Pour les libéraux la République ne s’arrête pas aux institutions législatives formelles elle se perpétue dans la vie associative et syndicale, dans l’action que peut mener chacun, groupes ou individus, pour faire entendre leur voix et défendre leurs intérêts.

Le mot libéralisme comme le mot communisme ayant beaucoup servi en politique  se trouve soumis à de multiples sens communs et parfois contradictoires. 

Le libéralisme est parfois assimilé faussement à capitalisme par ses adversaires. Depuis peu il prend l’acception  d’économie virtuelle spéculative. Pourtant les libéraux défendent une économie basée sur la marchandise seule capable de produire des richesses consommables, ils dénoncent l’inflation de la bulle financière spéculative qui concurrence gravement les investissements industriels et affecte la liberté d’entreprendre. Les libéraux modernes sont également les adversaires des entreprises monopolistes qu’elles soient d’Etat ou privées. Dans le domaine informatique par exemple ils défendent les «logiciels libres » face à la société Microsoft.

Le libéralisme historique ou moderne doit être défendu contre toute pollution sémantique ayant pour effet de permettre aux partisans d’une société soumise aux marchés financiers et à  son despotisme de se draper dans les plis de la liberté.

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22 février 2007 4 22 /02 /février /2007 18:28

Dynamique sociale et thermodynamique.

Un élément de la pensée Prigogine


 

Ilya Prigogine est pour moi le plus grand penseur du 20ème siècle position peut être partagée avec Harold Garfinkel l'inventeur de l'ethnométhodologie. J'ai eu l'immense privilège de rencontrer ces deux hommes avant leur décès

et de partager avec eux quelques idées et surtout d'avoir été encouragé par eux dans mes démarches qui cherchaient en utiliser le sens de leurs pensées pour aider à la compréhension des phénomènes sociaux de masse.

 

garfinkel2.jpgHarold Garfinkel

 

Prigogine.jpg

Ilya Prigogine

 

 

Concernant ce que l'on appelle maintenant la "pensée Prigogine" j'en ai tiré son adaptation suivante pour la compréhension du fonctionnement des sociétés humaines.


La thermodynamique est une branche de la physique dont le champ de connaissance concerne les échanges thermiques entre éléments de matières. Le seconde principe de la thermodynamique, celui de l’entropie démontré par Clausius, puis les études d’Henri Poincarré à la fin du 19ème  siècle offrent des paradigmes pour la compréhension des systèmes complexes, chaotiques, régies par un grand nombre d’éléments.


Partant des travaux de thermodynamiciens, Ilya Prigogine dans son livre: « La Fin des Certitudes» tente une approche plus générale qui fonde une conception du monde naturelle ou la probabilité n’est plus une « non-connaissance » mais la seule manière d’expliquer ces phénomènes chaotiques, irréversibles, hors de l’équilibre ou la « flèche du temps » est l’élément majeur. Par la même, il démontre les mécanismes qui régissent la complexification de la matière et le non-déterminisme de cette tendance.


La société humaine, comme la biosphère qu’elle intègre, est l’exemple d’un tel système.

La thermodynamique utilise deux grands concepts décrivant des échanges d’énergie au sein d’un système chaotique: l’entropie et l’enthalpie. Ces concepts sont ils applicables aux sociétés humaines?


Entropie.


A l’origine, ce concept évalue l’énergie produite par des molécules dans un gaz. L’énergie perdue par le choc de chaques molécules entre elles, dans leur mouvement perpétuel (mouvement brownien), mène au refroidissement du gaz et à la perte de l’énergie potentielle qu’il enferme, et ce pour tendre vers zéro degrès Kelvin ou, un état d’équilibre avec une autre source d’énergie avec laquelle ce gaz est confronté.


(il est nécessaire pour une meilleur compréhension de lire cet article sur le chaos créateur)

http://www.alain-benajam.com/article-14297191.html


En généralisant on peut également appeler entropie, la tendance que possèdent tous systèmes complexes à se dégrader vers la moindre énergie potentielle possible. Exemple: Un barrage érigé possède une énergie potentielle représentée par la masse et la hauteur d’eau entre l’amont et l’aval. Si le barrage est détruit les hauteurs d’eau s’égalisent et le potentiel d’énergie disparaît.


Le temps est le principal facteur d’entropie.

Avec le temps, si le barrage n’est pas entretenu, il finit par se rompre. Dans le milieu vivant l’entropie mène à la mort et à la disparition du cadavre. 

L’entropie amène tous systèmes à tendre vers un équilibre stable.


Enthalpie.


L’enthalpie est l’inverse de l’entropie, c’est de l’entropie négative. Cette tendance représente la possibilité que peuvent avoir tous systèmes complexes à s’auto-organiser et à produire ainsi un potentiel d’énergie. Construire un barrage c’est fabriquer de l'enthalpie.  La complexification de la matière ou enthalpie se réalise grâces à deux forces en dialectique: possibilité et nécessité, ces deux forces étant inscrites dans le temps.

 

L’apparition de la vie est le phénomène physique le plus remarquable mettant en œuvre des forces enthalpiques.

L’enthalpie conduit tous systèmes complexes à s’écarter de l’équilibre.


Equilibre.


L’état d’équilibre d’un système s’évalue par sa réaction à toute action pour le modifier.

Il est en équilibre si une petite action entraîne une petite modification du système et un retour prompt à l’équilibre. Par exemple un pendule que l'on frappe d’une pichenette.

Par contre, il est loin de l’équilibre si  une petite action entraîne une forte modification de ce système.

Supposons notre pendule en équilibre sur un point situé sous sa masse et non au-dessus comme classiquement, une pichenette détruit ainsi définitivement l’équilibre.

Un corps vivant est un exemple d'état loin  de l'équilibre et pouvant être détruit d'une manière irrtéversible  par peu de chose, un objet le pénétrant (balle, lame, etc.).

Un système loin de l’équilibre est perpétuellement actif pour se préserver, comme un homme en équilibre sur deux pieds d’une chaise tente de modifier perpétuellement son centre de gravité pour conserver l’équilibre.

Cette activité perpétuelle expérimente des solutions différentes qui, si elles se révèlent efficaces pour perpétuer cet équilibre, sont conservées, ainsi procède l’enthalpie.  

Pour produire de l'enthalpie, pour que la matière s’auto-organise, il est nécessaire:


- de multiplier les possibilités,

- de soumettre ces possibilités aux nécessités existantes dans l’ensemble observé.


On entend par possibilités toutes combinaisons survenues  à l’instant T1 plus complexes qu’a l’instant T0, c'est la flèche du temps . La complexité d’une combinaison pouvant être mesurée par le nombre de bits nécessaire pour la décrire.

L’ensemble observé est celui ou les éléments le composant possèdent une probabilité supérieure à 0 d’échanger de l’énergie. Cette probabilité ou chaos est également appelé mouvement brownien lorsqu’il décrit les échanges d’énergie affectant les molécules composant un état de la matière, gaz, liquide, solide. 


Les possibilités se multiplient grâce au temps, à la fréquence des interactions (échange d’énergie) entre éléments composant l’ensemble observé mais également à la diversité des éléments (possibilités primitives) composant cet ensemble, la diversité étant un facteur d’accroissement des possibilités de combinaisons.


La nécessité est une force entropique (de désagrégation) qui transforme certaines possibilités  en impossibilités par leur non-viabilité.

Le non-viable étant une impossibilité de perdurer  dans un milieu donné, une intolérance.

Un non-viable dans un milieu peut devenir viable dans un autre et vice-versa.


Ainsi tous systèmes loin de l’équilibre (systèmes complexes) sont soumis.


1- à la flèche du temps dont la définition est que l'état E1 d'un ensemble quelconque à T+1 est différent de l’état E0 de cet ensemble à T0 et que E1 ne peut revenir à E0. E0 et E1 sont les descriptions exhaustives des ensembles considérés (ethnométhodologie)


2-  au chaos, (probabilité d’interaction entre éléments),


3- à une tendance enthalpique vers l’auto-complexification et en conséquence un déséquilibre accru,


4- à une tendance entropique vers la désagrégation et en conséquence un équilibre accru.


Plus le système est complexe plus ces quatres forces sont tendues.


On peut dire également que l’enthalpie produit:

- de l’ordre (par ordonnancement),

- de l’information, (nécessaire à décrire l’ordre),

- de l’énergie potentielle, (non dissipée, par ordonnancement)

- de la différence (bio-diversité).


  Et l’entropie produit:

- du désordre (non-ordre, par désagrégation),

- de la non-information,

- de l’énergie dissipée (résultat de la désagrégation)

- de la conformité (poussière tu retourneras poussière).


En outre, les processus enthalpiques, procédant par expérimentations d’un très grand nombre de combinaisons dues au hasard, ne peuvent permettre de déterminations prévisibles. Chaque rencontre-échange  entre éléments étant elle même un phénomène complexe indéterminé notamment du à des phénomènes de résonance, aucun modèle mathématique déterministe réversible, non probabiliste ne peut rendre compte de la trajectoire de chacun de ces éléments. L’ensemble du système, hors de l’équilibre, est soumis à « l’effet papillon, (un papillon s’envole aux antipodes et le temps se modifie chez nous) », c’est à dire qu’une petite action sur le système peut produire de grands effets. 

 

Les sociétés humaines.


Les sociétés humaines sont des systèmes complexes, chaotiques, composées d’un très grand nombre d’éléments et loin de l’équilibre. Il est, par conséquent  vraisemblable, que ces systèmes soient soumis à la flèche du temps, au chaos, aux  tendances enthalpiques et anthropiques.


Comment mesurer l’enthalpie et l’entropie d’une société humaine?


Nous avons vu que l’enthalpie est synonyme de complexification, de diversité et de production de potentiel d’énergie. L’entropie, l’inverse, est synonyme de simplicité,  de conformité de l’ensemble du système et de tendance vers l’état de plus faible niveau possible d’énergie potentielle.


Le résultat, visible et mesurable du niveau de complexité d’organisation des sociétés humaines est la production de marchandises évaluées par leur diversité, (nombre de bits nécessaires pour les dénombrer), leur complexité (nombre de bits nécessaires pour les décrire) et le nombre d’intervenants dans leur production, en quelque sorte le niveau de technologie mise en œuvre. 


La capacité de production de marchandises en terme de quantité et de complexité est-elle dissociable de valeurs humanistes supposées être élevées, telle que le niveau d’éducation, de santé, de libertés individuelles? 

 

Questions.


- La marchandise complexe peut-elle être inventée et produite sans un niveau éducatif élevé ?


- La marchandise complexe peut elle être inventée, produite et consommée sans un niveau de santé élevé ?

Par ailleurs un grand nombre de produits de santé, parmi les plus complexes sont des marchandises (scanners, RMN, microscopes électroniques, ordinateurs, etc ..)


- La marchandise complexe peut elle être inventée, produite, consommée, sans les  libertés individuelles nécessaires à l’accomplissement de ces processus, notamment celui d’entreprendre une innovation de la réaliser de la posséder, d’en vivre  et la consommer ?


La monnaie représente des parts de marchandise, dans l’économie réelle. La complexité sociale, si elle est mesurable par la quantité de marchandises produites et consommées, peut donc être également mesurable par la quantité de monnaie échangée, (toujours dans l’économie réelle).


La complexité sociale, c’est à dire la complexité des marchandises complexes produites a également pour corollaire la quantité d’informations échangées par les individus. Plus une marchandise est complexe, plus le nombre d’intervenants est grand. Par exemple les pièces nécessaires à la construction d’une automobile sont produites pour PSA par 5000 entreprises sous-traitantes, chacune de ces entreprises peut posséder 100 à 200 fournisseurs, qui eux même en possèdent plusieurs centaines, ect... Plusieurs millions d’individus interviennent dans la fabrication d’une automobile. Ces individus communiquent, plan, prix, commandes, factures, achat, vente. Le niveau de complexité d’un groupe social est également et aisément mesurable par la quantité d’information (mesurée en nombre de bits) échangé à l’intérieur de ce groupe (ethnométhodologie).


On voit également, qu’échanger de la monnaie et de l’information suit le même processus.


Les flux d’échanges de monnaie et d’information sont donc les flux d’échange d’énergie d’un corps social complexe donné. Le chaos social, vu comme probabilité d’échange de « monaie-information »  entre individus régit donc la probabilité de complexification, ou enthalpie de la société.  Cette probabilité, comme nous l’avons vu plus haut est également soumise à la pression entropique de sa viabilité dans un milieu donné qui peut être plus ou moins tolérant.

La prévisibilité d’un tel système est impossible (donc inutile), comme peuvent le démontrer la non-prévision par les plus fins experts de la fin de l’URSS ou de l’effondrement des USA.  L’action sur un tel système, non prévisible, soumis à la loi «du  papillon » est susceptible aussi de produire une quantité d’effets non-prévus et non-souhaités. Au cours de l’histoire, il est observable que les grands desseins n’ont jamais  abouti aux buts souhaités.


Dans le cadre des sociétés humaines, comme dans le cadre d’autres systèmes complexes, possibilité c’est à dire liberté,  et viabilité c’est à dire tolérance sont les moteurs de la complexification sociale c’est à dire de l’efficacité économique, indissociable des plus hautes valeurs humanistes.


De multiples systèmes d’organisation sociale ont été expérimentés par les hommes depuis leur apparition dans la biosphère et beaucoup d’autres le seront. L’histoire nous raconte des empires qui s’écroulent, des civilisations qui perdurent des milliers d’années avant de disparaître, d’autres qui traversent le temps comme des feux follets. Certaines explosent, comme la civilisation dite « occidentale » d’autres implosent comme l’Empire romain chrétien, ou l’URSS et maintenant les USA.


La sclérose  s’oppose à la dynamique sociale. Dans les sociétés sclérosées, en cours d’entropie,  la « pensée unique » et l’ordre moral limitant les possibilités (comme la haine de l'argent et de la marchandise instituée par l'église catholique) précède toujours « l’horreur économique », puis l’état de plus faible niveau d’énergie, et la disparition suit.

Les sociétés dynamiques sont fortement monétarisées et l’échange d’information y est grand, les sociétés sclérosées sont démonétarisées, la marchandise y joue un rôle secondaire, l’information ne circule pas.

 

Le capital n'est pas l'argent.


Aujourd'hui l'ordre social fondé sur la marchandise à vécu dans le monde occidental car le capital n'est plus l'argent / marchandise comme au 19ème siècle  et pour accumuler ce capital, non seulement il n'est plus nécessaire de fabriquer et consommer des marchandises mais cela devient un handicap.

La marchandise a subi une baisse radicale de son taux de profit et sa fabrication est abandonnée aux sociétés dont le niveau social est faible comme la Chine.

L'accumulation du capital se réalise maintenant par spéculation et prédation sur les peuples par la dette et le vol des richesses naturelles, nul n'est besoin pour cette activité de la société dynamique libérale décrite plus haut. Ce monde occidental s'impérialise et l'entropie y devient la tendance la plus forte. L'argent est mort déjà ! et la pauvreté gette les occidentaux.


De la thermodynamique à la dynamique sociale, les lois de la nature soumises à la flèche du temps, nous indiquent un modèle ou la posture humaine qui semble la plus socialement efficace est  l’organisation de la liberté et de la tolérance, malheureusement c'est aujourd'hui une société totalitaire entropique qui est notre présent et avec, le froid et la mort. 


Entropie:
À la sueur de ton visage, tu mangeras du pain jusqu'à ce que tu retournes au sol, car c'est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras " (Genèse 3:19)

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22 février 2007 4 22 /02 /février /2007 18:26

Sexe et société.

 

Les rapports sexuels, chez tout être vivant sexué, ont pour but de procréer l’espèce. Dans un certain nombre de cas, surtout chez les mammifères et afin de faciliter la fréquence de la reproduction, la nature a pourvu l’aboutissement de l’acte, d’une décharge d’un psychotrope, la dopamine,  ceci ayant pour but de procurer aux actants une gratification. C’est le plaisir sexuel.


1863 Alexandre Cabanel - The Birth of Venus

La Naissance de Vénus - Alexandre Cabanel 1863


Plaisir sexuel et reproduction sont donc intimement et naturellement liés. Pour certains animaux supérieurs dont les hominidés, il est vite apparu que la gratification psychotropique propre à l’acte reproducteur pouvait être détourné et obtenu sans que cet acte  ne soit finalisé. Le coït interrompu, la contraception, la masturbation, la sodomie, la fellation, l’homosexualité, sont des méthodes de détournement de l’acte généralement utilisés par l’intelligence des animaux supérieurs afin de découpler le plaisir donné par le psychotrope de la charge de l’enfantement.


Cependant, la fonction reproductrice est apparue dans les tribus d’hominidés comme un élément de construction sociale. A qui appartient l’enfant ? A quel clan? Pour qui va-t-il rapporter la nourriture. Avec l’amélioration des conditions de vie de l’homme, apportée par la découverte de l’agriculture, les biens possédés par les individus, outils, armes, habitats ne sont plus seulement consommés jusqu'à la mort de leur possesseur, mais transmis aux descendants.  Il est donc devenu nécessaire de connaître avec la meilleure certitude l’identité génétique de l’héritier. Si la connaissance de la mère est simple, celle du père est beaucoup plus aléatoire.


Souvent, il a fallut ériger des règles strictes d’accouplement afin de marquer la continuité de la possession. Dans maints  sociétés, la femme va perdre son statut égalitaire d’humain pour devenir un instrument social, une génitrice déterminée, possédée et surveillée. Différentes techniques de répression seront utilisées dont une particulièrement radicale est l’excision du clitoris supprimant tout plaisir sexuel chez la femme donc le désir d’autres partenaires. L’asservissement des femmes est historiquement contemporain de l’apparition d’autres systèmes de pouvoir et de coercition, car il a fallut conserver et défendre l’excédent  produit.


Ainsi, l’organisation du pouvoir de l’homme sur l’homme se généralise à tous les niveaux des sociétés développées avec l’apparition de l’Etat. 

Les règles d’asservissement des femmes apparus dans les premiers Etats sont particulièrement violentes. La mort est la sanction généralement infligée aux femmes ayant des rapports sexuels hors des règles. Cette mort est le plus souvent atroce afin de frapper les esprits, au proche orient c’est la lapidation qui prévaut.  

  

L'Amour par Le Journal de Personne

 

Dans toutes les sociétés connaissant un Etat, les règles d’assujettissement des femmes dans leurs rapports sexuels sont explicites, décrites par la loi. Elles sont plus ou moins sévères et violentes mais elles disent toujours que la femme est déterminée à une possession masculine afin de pouvoir connaître l’identité de la lignée.

Le cas de l’Europe occidentale  chrétienne est particulier et unique dans l’histoire de l’humanité.

L’Europe occidentale se trouve au début de son histoire confrontée à des influences et traditions divers. L’empire Romain apporte déjà des règles coercitives sur la famille, le « pater familliae» possède droit de vie et de mort sur son épouse. Le christianisme romain, à ses débuts aggrave la situation des femmes en entraînant des valeurs proches orientales très sévères (lapidation).  D’un autre côté, les civilisations Celtes et Germaniques n’ayant pas encore aboutis à la construction de l’Etat, apportent des valeurs plutôt libérales et égalitaires pour les femmes.

Au 10ème siècle l’état carolingien s’effondre sous les coups des invasions Viking, Sarrasines et Mayars. Il s’ensuit une période d’anarchie ou le système féodale s’instaure. La violence règne partout, les règles précédentes disparaissent, le pouvoir ecclésiastique s’amoindri fortement. Les rapports hommes femmes, comme le reste de la société sont marqués par un retour au passé Celte et Germanique, polygamie, rapt des femmes, droit de cuissage, paganisme se généralisent. Il n’y a plus ou très peu de morale sexuelle pesant sur la société. Au début du 11ème siècle, sous la pression des peuples d’Europe fatigués de subir les guerres privée le Pape Grégoire VII instaure le mouvement dit de « La paix de Dieu ». Ce mouvement est fortement soutenu à ses débuts par les populations car il permet la mise à la raison des seigneurs féodaux qui menacés d’excommunication mettent un  terme à leurs excès. Cependant, l’église trouve dans ce mouvement populaire un moyen extraordinaire pour établir son emprise sur la société. 


Le contexte de l’occident est spécifique.  Au début de l’ère féodale, l’église ne possède pas de pouvoir temporel, ne dicte pas la loi, en occident à cette époque il n’existe aucune loi explicite. L’Europe occidentale est le seul endroit au monde ou pouvoir politique et pouvoir religieux sont dissociés contrairement à l’Islam à Byzance, ou à la Chine Impériale. Afin d’établir son pouvoir sur le corps social, dans le mouvement grégorien de « La Paix de Dieu » l’église se doit d’inventer un concept qui au début lui est étranger, le Bien et le Mal, dans un système quasi Manichéen. Le Bien est la morale chrétienne, le mal est ce qui diffère de cette morale et ne peut se faire que sous l’emprise du Diable, le Mal incarné. Les contrevenants à cette morale sont voués à l’Enfer éternel. 


  Qu’est ce que l’Enfer ? A partir du 12ème siècle, commence à apparaître une iconographie descriptive chargée d’édifier le bas peuple. On y voit des scènes d’horribles tortures corporelles subies par des damnés se tordant de douleur.  

Les populations pendant de nombreux siècles croiront sincèrement à de telles horreurs.

 

bosch7Jérome Bosch - L'Enfer


La morale sexuelle chrétienne a pour but, affirmé, de déterminer la femme comme génitrice unique de son époux et ce afin de pouvoir assurer l’héritage, sans contestation, des enfants. Elle se fonde ainsi sur une loi dite naturelle donc divine ou l’acte sexuel est exclusivement réservé à la procréation. Elle exclue et condamne le plaisir sexuel, surtout celui des femmes, elle interdit formellement tous rapports sexuels hors mariage (fornication) et tout acte sexuel destiné au seul plaisir, masturbation (mollesse), homosexualité confondue avec la bestialité. 


On le comprend aisément,  le génie ecclésiastique, va établir une morale impossible à suivre, sauf pour quelques marginaux fous de Dieu. La morale sexuelle sera le véritable et plus important vecteur pervers permettant l’emprise de l’église catholique sur la société. Cette morale a pour fonction de fabriquer des coupables voués aux Enfers, mais, c’est justement là, le génie car il y a possibilités d’absolution et de rédemption. L’absolution, c'est-à-dire le pardon des péchés n’est accordé par l’église que si le coupable fait allégeance. La rédemption est obtenue par des comportements conformes aux souhaits de l’église. Par exemple, les participants aux croisades organisées par l’église, peuvent connaître cette rédemption. Peut importe les crimes commis, c’est le « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ».

Pourtant la morale sexuelle chrétienne doit subir des assauts et se défendre. L’attaque la plus sévères viendra des intellectuels, des philosophes et des écrivains.

Philosophes et écrivains sont également créateurs de mythes sociaux au même titre que la religion, l’attaque est sévère et l’église doit se défendre.

 A partir du 12ème  siècle les romans d’amour courtois vont se répandre dans la noblesse, puis la bourgeoisie. Ces romans, poèmes ou chansons racontent presque toujours la même chose. Un jeune chevalier convoite la femme de son suzerain, celle-ci loin de le décourager lui confère un rôle de chevalier servant, lui confie des missions dangereuses lui prodigue des marques d’intérêt et de tendresse. Le jeune chevalier porte les couleurs de la dame au tournoi et au combat. Le jeune homme chante son amour pour la dame de ses pensées, il est amoureux, il rend hommage à la dame, comme il rend hommage à son suzerain.

 

amourcourtois7oz

Scène  d'amour courtois. Le chevalier rend hommage à sa Dame


Bien sure il n’est jamais question de sexe entre eux, l’église veille, mais la situation est équivoque, quasi adultérine. Les amoureux s’échangent des mots et des objets, ils brûlent d’amour. Aliénor, duchesse d’Aquitaine, fera la promotion de ces romans, des troubadours qui les chantent et des postures qui en découlent. Ces romans vont induire chez les nobles et bourgeois de nouveaux comportements de l’homme à l’égard des femmes. Ce sont des comportements policés, polis, des attitudes de cours, c'est-à-dire courtois. L’homme n’est plus un rustre, c’est un amoureux qui prend garde à sa personne et à ses comportements. Il courtise la dame de son cœur. L’amour courtois ou «fine amor» en occitan, révolutionne les rapports homme femme et la situation même de la femme. L’adultère se trouve mythifié la femme mise sur un piédestal. Cette situation de la femme est propre à l’occident chrétien dans les autres grandes civilisations, la femme reste un objet de plaisir sexuel et de reproduction. L’amour n’existe pas.  Etre amoureux implique la relation avec les mythes littéraires qui décrivent cette situation unique de respect à l’égard des femmes, ils n’existent et n’existeront qu’en Europe occidentale. L’église ne reste pas inactive face à cette menace.

 

Etienne tempierEtienne Tempier

 

En 1277 le « De Amor » d’André Champlain, traité d’amour courtois fait fureur, il est vu par beaucoup d’historiens comme un manifeste du libertinage, il sera censuré par l’archevêque de Paris Etienne Tempier en 1277  avec l’université de Paris. Une autre attaque viendra des philosophes qui contesteront la morale chrétienne. En effet la philosophie médiévale est emprunte de la philosophie d’Aristote revue et corrigée par les philosophes Arabes dont les plus célèbres furent Avicenne et Averroès. L’église appellera Averroïsme social par dérision cette contestation, en insistant sur sa provenance arabe.  Cette année 1277 donc verra également la censure de l’Université de Paris par la publication de 219 propositions sensées être enseignées, parmi ces 219 préceptes interdits 6 concernent la morale sexuelle. Ces 6 propositions censurées sont particulièrement intéressantes car elles désignent les axes du combat normatif et répressif de l’église. Elles sont les suivantes :

166 : Pour contraire qu’il soit à la nature de l’espèce, le pécher contre nature, autrement dit le mauvais usage du coït n’est pas contraire à la nature de l’individu.

 

La-condamnation-de-1277.jpg

La condamnation de 1277 - Enluminure


168 : La continence n’est pas essentiellement une vertu

169 : La complète abstinence de tout acte de chair détruit à la fois la vertu et l’espèce

172 : Le plaisir pris dans les activités sexuelles n’empêche pas l’activité ou l’usage de la pensée.

181 : La chasteté n’est pas un bien supérieur à la complète abstinence

183 : La fornication pure et simple, celle d’un célibataire avec une célibataire, n’est pas un péché.    

        

Comme le dit fort justement Alain de Libera qui commente cette censure dans son livre : « Penser au Moyen Age » : « C’est le travail et le privilège du censeur que de découvrir le fantôme de la liberté ».

Cette répression  contre l’usage du sexe a fin de plaisir et de loisir, marquera durablement  les hommes et femmes d’occident. Elle est encore aujourd’hui le fondement d’une morale sociale héritée du christianisme encrée profondément dans les esprits.

Au 20ème siècle les évènements de mai 1968 écorneront cette morale, sans réellement lui porter atteinte. Aujourd’hui la peur du Sida, habilement exploitée permet à la morale chrétienne de revenir sur le devant de la scène.

Pourtant, chez l’homme, la pérennité de la race, n’est aujourd’hui plus assurée par la fécondité des femelles, mais par son intelligence industrieuse. Bien au contraire, aujourd’hui, la fécondité humaine est souvent comprise comme une menace.

La dissociation du plaisir sexuel de l’enfantement apparaît donc comme un processus de civilisation accompagnant l’amélioration des conditions de santé et la prolongation de la longévité.

Pourtant, une morale sans objet, introduite en force, appuyée par des siècles de terreurs infernales perdure dans les esprits et clôt les âmes et les cœurs dans une prison de frustration.

Prostitution et crimes sexuels en sont le prix à  payer.


 La prise du pouvoir par l’église catholique grâce à la réforme grégorienne, sur la base d’un complot sur les âmes, présente une rhétorique similaire de celle entreprise par les USA aujourd’hui avec la théorie du complot musulman.

 

Il s’agit d’abord de terroriser, puis de proposer sa protection, contre une soumission totale. L’idée n’est pas neuve on appel cela du racket.

 

            

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22 février 2007 4 22 /02 /février /2007 18:24

La foi, la raison et le doute.

 

 La vérité fascine l’homme depuis qu’il pense, cette recherche de la vérité suit des processus divers, des arcannes tortueuses, peut se perdre dans des chemins obscurs et s’enliser. Au moment où les pouvoirs s’efforcent à faire prendre aux bas peuples du monde des vessies pour des lanternes il n’est pas inutile de s’interroger sur la meilleure méthode permettant de séparer le vrai du faux.

On peut définir plusieurs de ces chemins et en observer la validité. La foi, la raison et le doute font partie de ces voies que l’humanité explore pour tenter parvenir à La Vérité.

 

La  foi est une croyance totale et aveugle dans une vérité mythique transcendantale, la foi ne requiert pas de démonstration elle est construite avec des axiomes et des dogmes. Toute religion fonctionne sur une foi. Egalement tout ce qui est considéré comme vrai, a priori, sans démonstration peut être appelé foi.

La foi dans un mythe commun est vielle comme l’homo sapiens, elle permet de relier les hommes d’un même groupe (religion) et ainsi de les faire agir ensemble, notamment contre un autre groupe, ennemi car ne partageant pas la même foi.

Les grecs de l’époque classique se sont les premiers interrogés sur la foi et sa validité Aristote lui opposa la raison. La raison aristotélicienne fonctionne sur la logique pur, c'est-à-dire la tentative de démontrer une vérité par l’utilisation d’élément logiques, quasiment mathématiques comme par exemple  « Et », « Ou »,  « Egale », des inférences « j’ai vu un corbeau noir, tout les corbeaux sont noirs »  des syllogismes dont le plus connue est : « Tout homme est mortel, Socrate est un homme, Socrate est mortel ». Foi et raison serons depuis Aristote engagées dans une dualité souvent conflictuelle quand la raison pure contredit la foi, notamment dans la religion chrétienne créationniste : le monde fut créé tandis que la raison Aristotélicienne prétend que le monde est infini, donc n’a pu être créé. Cette dualité sera mise en évidence par les aristotéliciens arabes du 12ème siècles, Avicenne (Ibn Sinna ) et surtout Averroès (Ibn Rushd) qui donnera une philosophie supposée, l’Averroïsme. Celle-ci, recomposée par la scolastique parisienne du 13ème siècle en une sorte de d’agnosticisme sera fortement combattue par l’église qui va censurer l’Université de Paris en 1277, le déclin suivra.  

La raison, mythifiée au 13ème siècle puis au 18ème siècles avec les républicains et les Francs Maçons prend un R majuscule.  Elle atteint cependant  des limites comme outil permettant la description du monde. Elle utilise une rationalité simple voir simpliste, portant facilement à l’erreur grossière. Par exemple l’inférence : « j’ai vu un corbeau blanc, tous les corbeaux sont blancs ».  En effet cette Raison n’utilise pas l’expérimentation, elle est seulement une logique, un concept quasiment mathématique, enfin cette rationalité, comme tout autre est fortement liée culturellement au groupe qui l’utilise ici les européens, la Raison pure peut aisément se transformer en dogme quand elle prétend a l’universalité. Raison et foi s’accordent là parfaitement pour  prouver l’existence de Dieu comme le font Raymond Lulle au 13ème siècle et Descartes au 17ème. 

Ce qui va définitivement faire avancer l’humanité ce n’est pas seulement la raison, mais le doute, car seul  le doute engage l’expérimentation pour le lever.

La mécanique du doute intéresse déjà Aristote tout en n’étant pas le point central de sa philosophie. La théorisation du doute revient à Pierre Abélard au début du 12ème  siècle  qui écrit dans son ouvrage « Sic et Non » qui se traduit par « Le Pour et le Contre » :

 

« La première clef de la sagesse, c’est une interrogation continuelle, il n’est pas inutile de douter de chaque chose. En effet, qui doute conduit à chercher, qui cherche peut saisir la vérité ».

Puis le même Abélard dit dans son « Dialogue entre un Philosophe, un Juif et un Chrétien » :

 

« Quelle que soit l’objet de la discussion, la démonstration rationnelle a plus de poids que l’étalage des autorités ». 

 

Cinq siècles plus tard, c’est très long cinq siècles, Descartes reprendra les réflexions de Pierre Abélard et de la scolastique parisienne dans « Le Discours de la Méthode », ouvrage mi philosophique mi scientifique qui définit pleinement une méthode de recherche d’une vérité forcément en suspend puisqu’à la merci d’un doute. Cette méthode est basée sur l’expérimentation, la reproductibilité, elle est devenu le fondement de la pensée scientifique moderne.

Pourquoi invoquer aujourd’hui les penseurs d’autrefois? La pensée rationnelle n’a jamais été  une évidence naturelle pour l’homme, la foi dans un dogme est la pente douce de la paresse et du laisser aller rassurant. Suivre un chef, faire les mêmes gestes que les autres, ne pas se poser de questions se fondre dans la masse sont des attitudes de moindre effort. Ces penseurs ont pris des risques et marqués leur temps. Entre Aristote et Abélard il s’écoule environ 1500 ans entre Abélard et Descartes il s’écoule 500 ans, chacun en son temps connu les pires ennuis, Abélard n’eut la vie sauve plusieurs fois que grâce à la promptitude de ses fuites. Descartes du finir ses jours proscrit en Suède, loin de sa patrie ou il mourut de froid.

 Ces penseurs d’autrefois se sont donnés la main par dessus le temps, chacun améliorant la méthode précédente. Abélard au début du 12ème siècle enseignait la logique aristotélicienne mais en en privilégiant le doute, il fut le fondateur de la scolastique médiévale qui marqua une époque riche en révolution technologique et en progrès. La scolastique durement censurée par l’église sombra mais fut reprise 5 siècles plus tard par Descartes qui s’en inspira largement et la dépassa avec l’exposition de méthodes expérimentales.  Pourtant le cartésianisme ne cesse d’être aujourd’hui caricaturé, le doute cartésien, vidé de son sens laisse le champ libre aux diseurs de bonne aventure et charlatans de tous poils.

Maintenant la télévision sert chaque soir son sermon de terreur et nous exhorte à la foi ! L’ombre d’Al Qaïda plane sur nos tête, il nous est ordonné de  trembler et surtout de resserrez les rangs. Il y a tout à voir mais rien à comprendre, ayez foi dans vos chefs nous dit-on, ils  pourront peut être vous sauver si seulement vous leur laissez les pleins pouvoirs! Alors pour avoir un libre arbitre, pour rester un individu, conserver son âme et son corps, son  « habeas corpus », il n’est d’autre posture que le doute. 

Ce doute est profondément humain puisqu’il permet le progrès car provoque la recherche d’un savoir supérieur et de méthodes plus efficaces.

 

La raison est bien de n’avoir foi que dans le doute !

 

 

 

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